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La pénurie de logements va s’aggraver, n’est-ce pas madame Boutin ?

«  Le taux des loyers que demande un propriétaire n’est pas déterminé par la somme qu’il a dépensé pour construire sa maison, mais par le [niveau] de rareté des logements », reconnaissait en 1861 le préfet Haussmann. Celui qui remodela Paris en chassant du centre de la capitale la foule des artisans et des ouvriers ne se payait pas de mot. Logiquement, il a combattu avec fougue un «  odieux projet de loi » qui tentait d’instaurer un «  maximum en matière de loyer », tout en s’opposant à « cette autre chimère, de la ville constructeur de maison » . Pour le bon baron, le marché reconnaîtra les siens.

Progressivement, un puissant mouvement s’est développé contre la vision qu’illustrent les propos d’Haussmann. Cela a abouti au milieu des années 1950 à un système de financements publics de la construction.

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Vive la cagnotte du logement
© Pakman

Outre les mises à dispositions de terrains par les collectivités locales, un logement social peut comprendre des subventions du budget de l’Etat, assortis de prêts consentis sur les fonds du Livret A et complétés si besoin par des prêts accordés sur les fonds du 1% logement, un système dont les recettes proviennent de cotisations prélevées sur la masse salariale et le remboursement des prêts consentis ces dernières années.

Ce système de financement public est le seul permettant, en amont, d’abaisser les coûts de production du logement et donc, en aval, de proposer des loyers ou des prix de vente suffisamment faibles pour pouvoir loger tous les Français. Les ressources de 70% d’entre eux sont d’ailleurs si faibles qu’elles leur ouvre le droit de bénéficier, sur le papier, d’un logement social.

Camdessus et Boutin, dignes héritiers d’Haussman

Le problème c’est que le baron Haussmann a de nombreux héritiers. L’un d’eux, Michel Camdessus vient de livrer le Livret A aux banques, prises les doigts dans la confiture de la spéculation la plus effrénée. Une autre s’apprête a entrer en action : Christine Boutin, «  La-mère-tape-dur », comme l’appellent les militants de Droit au Logement, va achever la remise en cause des financements publics entamée dès les années 1970, sous l’impulsion de Jacques Barrot et de Valérie Giscard d’Estaing. Si elle était adoptée en l’état, la loi Boutin va littéralement étrangler ce qui reste du système de mutualisation de la production de logements.

Le parc de logements sociaux va être démantelé, notamment à cause de l’augmentation des surloyers, qui feront fuir une partie des locataires, ou en privatisant des dizaines de milliers d’appartement en les bradant auprès de leurs occupants. La loi Boutin prévoit aussi de réduire de plus de 7% les subventions en provenance du budget de l’Etat. «  Une diminution sans précédent ! », s’alarme la Confédération nationale du logement. On pourrait passer en revu bien d’autres aspects des projets de Christine Boutin, mais il faut donner un coup de projecteur sur la mort programmée de la construction financée par le 1% logement.

La loi Boutin prévoit en partie la diminution du budget logement par une ponction de 850 millions d’euros dans les caisses du 1%, c’est-à-dire dans les poches des salariés. Mais, ce n’est pas fini. Le ministère du Logement veut que le 1% octroie moins de prêts afin d’utiliser ailleurs ses ressources. Résultat, dans quelques années les remboursements de prêts vont diminuer et donc les recettes du 1% devraient chuter de 4,5 à 2 milliards d’euros, selon les estimations de l’un de ces organismes. La pénurie qu’observait déjà Haussmann va donc s’aggraver avec la bénédiction de Christine Boutin. Pour se loger, la seule solution risque de devenir propriétaire… Pour une fois que Sarkozy tient ses promesses !

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