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DE GAULLE ET LA CORBEILLE

Cependant que le parti socialiste continue de se ridiculiser sur la place publique, la crise se porte bien, merci. Elle affecte inévitablement ceux qui, en France, attendent le plus de ce parti en perdition : smicard, chômeurs et jusqu’aux titulaires du « salaire moyen » ; d’un montant variable selon les sources consultées, mais moyen, très moyennement moyen, toujours. On ne va pour autant comparer les intolérables frustrations de Ségolène Royal avec celles du citoyen lambda ; non plus que les ambitions longtemps refoulées de Martine Aubry avec les désirs de promotion du salarié de base.

Le plus étonnant de ce marasme mondial, c’est l’absence d’un sincère éclairage de ses causes par les dirigeants politiques. Un peu comme si un médecin dressait une ordonnance sans savoir de quoi souffre son patient ; ou bien, le sachant, en garderait le secret pour lui. Parce que le mal serait si grave qu’il ne pourrait être révélé, pas même à ses proches.

Certes, on entend, on lit partout que le désastre est né des subprimes pratiqué(e)s aux Etats-Unis. A savoir, la multiplication sans freins ni lois des prêts du marché immobilier au profit de gens que les banquiers savaient, pour la plupart, incapables d’honorer leurs dettes. L’imbrication des économies nationales a fait le reste ; cette mondialisation, parée de toutes les vertus au nom de la liberté d’entreprendre. Mais il faut en convenir ; saurait-on exactement d’où est né le désastre qu’on ne serait pas plus avancé.

D’autant qu’il est inutile de chercher une explication du côté des marchés, les anciennes Bourses des valeurs, qu’on appelait en France La Corbeille. Feu les agents de change y étaient réunis autour d’une balustrade circulaire au centre de laquelle se trouvait… du sable. Tout en négociant le cours des valeurs, lesdits agents de change y jetaient leurs mégots puisque, en ce temps-là, on fumait à la Bourse (et ailleurs).

Aujourd’hui comme jadis, les marchés montent, descendent, plongent, se redressent, flambent ou s’effondrent et bien malin qui dénicherait le motif sérieux qui justifierait un pareil yo-yo. Pour le commun des mortels, de l’OS de chez Bugatti à l’agrégé de gymnastique ou au docteur ès-machin, tous ont renoncé à discerner le pourquoi du comment d’un phénomène qui risque de broyer jusqu’aux nantis d’hier ; nantis, parce que, pour eux, la fin du mois ne commençait pas le 20.

Alors que, sur fond, déjà, de crise financière, la Bourse de Paris marquait le pas, Charles De Gaulle avait déclaré, non sans hauteur, le 28 octobre 1966, au cours d’une de ses conférences de presse dont il était friand : « La politique de la France ne se fait pas à la Corbeille. » Maintenant, si.