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Et si « le Point », pour une fois, disait la vérité!

Publiquement, Imad Lahoud a dit à peu près tout et son contraire. Et ce ne sont pas les deux juges d’Huy et Pons, chargés de l’affaire Clearstream et qui avaient trouvé dans les ordinateurs d’Imad, la trace des fameux listings Clearstream, qui nous ont aidé à comprendre le film.

Au terme d’une besogneuse instruction, Zig et Puce n’ont pas réussi à comprendre comment et par qui Imad Lahoud avait été instrumentalisé dans ce dossier.

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Imad Lahoud
© Kerleroux

Et voila aujourd’hui notre Lahoud, lui qui s’est obstinément tu devant la justice, qui explique benoitement, dans le Point, qu’il a ajouté le nom de Sarkozy au faux listing. Et cela dans le bureau d’Yves Bertrand, alors puissant patron des Renseignements Généraux…

Souvent Fog varie !

Saluons d’abord ce grand patron de presse qu’est Franz Olivier Giesbert, dit Fog, capable en 2004 de publier le faux listing Clearstream à la une de son hebdomadaire et dénonçant aujourd’hui, toujours à la une de son journal, la mascarade de Clearstream. Rappelons que lors de cette publication, le très chiraquien Marc Francelet, porte flingue d’Yves Bertrand et de quelques autres et aujourd’hui mis en cause par la justice dans de sombres affaires de comptes suisses, offrait le champagne à la rédaction de l’hebdomadaire. Souvenons nous que dans la foulée, Fog faisait venir du Monde, et avec les honneurs, le grand journaliste d’investigation, Hervé Gattegno, abreuvé d’informations par Yves Bertrand, Philippe Massoni et son ami Marc Francelet, qui l’emmenait, tous frais payés, rencontrer les affairistes libanais à Beyrouth.

C’était l’époque où Gattegno était promis à une grande carrière au sein de l’hebdomadaire. Cet automne, Fog a préféré le rétrograder. Comme le temps passe !

Le 12 octobre 2007, Bakchich consacrait à Yves Bertrand la une de son hebdo du vendredi, en rappelant les suspicions qui pesaient sur lui dans l’affaire Clearstream. - JPG - 60.6 ko
Le 12 octobre 2007, Bakchich consacrait à Yves Bertrand la une de son hebdo du vendredi, en rappelant les suspicions qui pesaient sur lui dans l’affaire Clearstream.

Souvent le coupable idéal est plus idéal que coupable !

Revenons à Lahoud. Pourquoi le croire aujourd’hui ? Et bien les déclarations de Lahoud sont crédibles pour deux séries de raisons.

Tous ceux qui l’ont rencontré en privé, notamment son éditeur Guy Birenbaum, qui publie ces jours-ci le cabinet noir, au coeur du système Bertrand (Les Arènes), savent qu’il ne variait guère dans ses confidences.

D’après ce témoin privilégié de cette machination, les inspirateurs de cette usine à gaz appelée Clearstream étaient connus au plus haut niveau du pouvoir chiraquien. Ce sont eux qui lui soufflaient des noms. Et Lahoud n’hésitait pas à les nommer : Yves Bertrand, Philippe Massoni et quelques autres. Et l’éditeur-écrivain et confident, Guy Birenbaum évoque dans son livre fort instructif « six rencontres » entre Bertrand et Lahoud, lors du montage de l’opération Clearstream.

Le 29 février 2008, le site d’information revenait sur les lacunes de l’instruction de d’Huy et Pons, qui n’ont jamais voulu s’interroger sur l’ombre d’Yves Bertrand et de son donneur d’ordres, Philippe Massoni, dans ce dossier délicat. - JPG - 61.8 ko
Le 29 février 2008, le site d’information revenait sur les lacunes de l’instruction de d’Huy et Pons, qui n’ont jamais voulu s’interroger sur l’ombre d’Yves Bertrand et de son donneur d’ordres, Philippe Massoni, dans ce dossier délicat.

Une certitude, Lahoud vivait dans la peur, voire la parano, d’éventuelles représailles, qu’il a même évoquées un soir à TF1, avant d’être hospitalisé le lendemain. Personne, à l’époque, ne s’en est vraiment soucié. A la remorque des juges et du Parquet, la plupart des journalistes voulaient voir en Lahoud le coupable idéal.

Jamais en revanche et toujours en privé, Imad Lahoud n’évoquait le nom de Villepin comme un des inspirateurs de cette farce. Fidélité ? Dissimulation ? Aujourd’hui, il n’est pas évident de cerner le rôle exact de l’ancien Premier ministre, malgré les certitudes des deux juges Zig et Puce, qui ont renvoyé Villepin devant le tribunal.

Souvent les juges bâclent leur instruction !

On va nous opposer : mais alors, pourquoi les deux juges de l’affaire Clearstream, d’Huy et Pons, n’ont-ils jamais mis en cause Bertrand , Massoni et ces grands flics qui constituaient le cabinet noir de la République chiraquienne. Et oui, pourquoi en effet ?

Les présomptions, ils en possédaient un paquet. En janvier dernier, ils perquisitionnent le domicile d’Yves Bertrand et trouvent les fameux carnets. D’où il ressort :

1) Qu’Yves Bertrand passait l’essentiel de son temps à fomenter des complots et à diffuser des rumeurs.

2) Qu’il rencontrait à peu près tous les journalistes dits d’investigation toujours prêts à répercuter ses invectives

3) Qu’il « cible » Lahoud, dès 2001, comme susceptible -ce sont ses termes- d’être utilisé contre Jospin.

Sa fidèle collaboratrice, Brigitte Henry, convoquée par les juges le 11 février dernier, reconnait qu’elle a rendu compte à Bertrand de ses dix rencontres avec Imad Lahoud. Et les juges le savaient bien, eux qui avaient épluché ses notes de téléphone durant les années 2003 et 2004 ! Convoqué à son tour le 12 février, Bertrand nie tout. Que croyez vous que firent alors les juges ? Ils ont bouclé leur instruction, trois jours après ce double interrogatoire. Confronter Brigitte Henry aurait été de bonne justice. Pas pour Zig et Puce, plus paresseux que gourmands au final.

Après les révélations de Lahoud dans le Point, il serait de bonne justice que les deux juges rouvrent le dossier. S’ils ne le font pas alors qu’ils ont perquisitionné la République au long d’une instruction aussi longue que bâclée, le procès qui pourrait se tenir dans un an sera plus digne de la comedia dell arte que de ce qu’on appelle encore la justice.

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