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Ils vendaient des « opportunités de squats » à des « blacks »

Une filature bien orchestrée

Cet après-midi du 4 décembre, une surveillance policière remarque le « bien curieux manège » de deux hommes. Durant trois bonnes heures, la police les suit à distance dans un périple qui les mène du troisième au cinquième arrondissement. Elle observe les deux hommes « munis d’un pied-de-biche » pénétrer dans des halls d’immeubles à l’aide d’un passe RATP. Ils se « promènent dans les étages » et repartent « comme s’ils cherchaient un lieu à cambrioler ». Après chacun de leur départ, la police vérifie systématiquement l’immeuble visité, ne remarque aucune infraction, et reprend sa filature.

Rue Galande, dans le Ve. Eddy et Kader, RMIstes de 29 et 33 ans, frappent à la porte d’un appartement situé au cinquième étage d’un immeuble cossu. La locataire est dans sa salle de bain et n’entend rien. Les deux hommes pensent que la voie est libre, ils enfoncent la porte au pied-de-biche. La jeune femme entend alors un énorme bruit, elle accoure, vêtue d’un peignoir, et surprend « deux costauds » dans son salon – « la trouille de sa vie », dira-t-elle aux policiers. Eddy et Kader décampent aussitôt. Quelques minutes plus tard, ils sont cueillis dans la rue par la police. Une fausse arme de poing est retrouvée dans la poche de Kader – « un jouet en plastique qu’il n’a jamais exhibé », rappelle l’avocat de la défense.

« Mettez ça sur le dos de la bêtise »

Les prévenus reconnaissent l’infraction, mais nient l’intention de vol : « Nous ne savions pas qu’il y avait quelqu’un qui habitait là, on cherchait un lieu de squat ». Le Président du tribunal semble avoir du mal à accepter cette version : « Accordez-moi que le quartier de la Sorbonne n’est pas franchement connu pour regorger d’appartements inhabités… Au contraire. Ce sont plutôt des habitations bourgeoises où l’on cherche de quoi voler ». Les prévenus campent sur leur version : «  Mettez ça sur le dos de la bêtise si vous voulez, mais nous recherchions des chambres de bonne inhabitées. C’est bien dans les quartiers bourgeois qu’on les trouve ».

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Inscrit à l’ANPE du spectacle, Kader est régisseur dans le cinéma et touche le RMI depuis peu : « Par dépit, je me suis tourné vers les agences d’intérim et je vis actuellement chez ma mère », explique-il. Eddy habite lui aussi chez ses parents. Issu d’une fratrie de cinq enfants, il est sans emploi depuis 2004. Chacun d’eux a six condamnations à leur casier judiciaire, principalement pour vols et petits trafics de stupéfiants. Pour cette nouvelle infraction, la Procureur demande au tribunal « d’entrer en voie de condamnation » et requiert sept années de prison. L’avocat de la défense plaide « la simple effraction avec dégradation »  et demande au tribunal de bien vouloir requalifier les faits en ce sens.

Verdict : le délit ne sera pas requalifié. Six mois de prison ferme tombent avec mandat de dépôt et mille euros à titre de dommages et intérêts à l’intention de la victime.

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