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Avec Jean-Charles Marchiani, la libération d'otages est devenue une industrie

Bras droit de Charles Pasqua et aujourd’hui en détention pour avoir tapé dans les caisses publiques, Jean-Charles Marchiani aura toujours été un touche à tout talentueux, notamment en matière de libération d’otages. Proche du sinistre Sac (Service d’action civique) et chrétien intégriste, cet aimable corse débuta sa carrière à dix-neuf ans au Sdece, l’ancêtre des services secrets français – qui s’appellent maintenant la Dgse.

Hélas, il en fut évincé en 1970. Ce qui fut toujours pour lui un souvenir douloureux. Au point de tenter, durant la cohabitation 1993-1995, d’être nommé, avec l’appui de Charlie, patron de la Dgse. Hélas, ni Mitterrand, ni Léotard, alors respectivement chef de l’Etat et ministre de la Défense, ne voulurent de lui.

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Marchiani à l’ombre
© PieR

Libérons le libérateur

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En lot de consolation, l’ami Marchiani obtint, toujours grâce à Charles Pasqua, le titre de préfet, avant de devenir, après 1995, l’interlocuteur privilégié des hommes du président Dos Santos, Falcone et Gaydamak. Ce qui lui vaut de comparaître aujourd’hui, mais déja détenu dans d’autres dossiers, sur les bancs des accusés dans le dossier de l’Angolagate. Ame damnée de Pasqua, Marchiani a toujours maintenu le contact avec Jacques Chirac. Préfet dans le Var après 1995, il protégeait les sorties privées de Chirac, lorsque ce dernier voulait, discrètement, échapper à un face à face un avec Bernadette. Des services qu’on n’oublie pas.

Joli parcours, et l’ami Jean-Charles a toujours mis en avant le rôle qu’il aurait tenu dans les dossiers les plus sensibles, dont plusieurs libérations d’otages. Ce sont ces missions discrètes qui expliqueraient, selon lui, l’existence des discrètes cagnottes qu’il posséda longtemps en Suisse.

C’est aussi à ce titre, grand serviteur de l’Etat et amoureux des causes les plus nobles, qu’il demande aujourd’hui son élargissement. Son fidèle parrain en politique, Charles Pasqua, a fait, ces dernières semaines, le siège de l’Elysée pour plaider sa cause. « Jean-Charles a rendu des services immenses à la France », aime à répéter Charles Pasqua.

Disons de façon plus réaliste que Marchiani n’a pas son pareil pour taper l’incruste dans les affaires d’otages et s’attribuer ensuite le premier rôle. On découvre notre préfet sirotant, un jour, le thé avec les bédouins et le lendemain, havane au bec et chemise rose, parcourant le monde à bord d’un jet. Cet héros moderne tient de Lawrence d’Arabie et Max la Menace, plus proche du second que du premier.

Un baptème du feu à Beyrouth

En 1988, la libération des otages français par le gouvernement Chirac, à la veille des élections, fut le premier fait d’armes dont il s’est glorifié. Mais une remarquable enquête de Pierre Péan, dans son livre Manipulations Africaines ( Plon), montre à quel point cette action d’éclat était entourée d’un halo de mystère et de tromperie.

Dans les années 80, la France, qui soutient l’effort de guerre irakien, s’attire l’hostilité des mollahs de Téhéran. En 1985, plusieurs Français, dont le journaliste Jean-Paul Kauffmann, sont enlevés à Beyrouth par des groupuscules aux ordres de Téhéran. Arrivé à Matignon en 1986, Chirac confie à Marchiani le soin de négocier.

Mais le véritable négociateur sera le cheikh Zein, patron de la communauté chiite de l’Afrique de l’Ouest. C’est le dignitaire religieux qui, rencontrant Pasqua en juillet 1987, lui livre les clefs du compromis financier qui a été savamment élaboré.

Naturellement, c’est Marchiani qui apparaîtra sur la photo, le jour de la libération. Pas un mot de Pasqua et son second sur le rôle décisif du pauvre cheikh, dont l’émissaire est chassé manu militari par Marchiani de la voiture qui convoyait les otages. Apparemment, toujours d’après Péan, une rançon est négociée avec les Iraniens qui n’en verront jamais le premier sou.

Cette fois, il faut admettre qu’en plein Beyrouth livré aux bandes armées, le préfet Marchiani mouille sa chemise et vient cueillir les otages. C’était en 1988, voilà vingt ans.

Sur le front de moines de Tibhérine

Lors de la prise en otages des sept moines du couvent de Tibérine en 1995 et 1996, Marchiani s’agite, prend contact avec les Algériens, et reproche à Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, d’avoir fait capoter la remarquable opération qu’il avait montée pour sauver les religieux. Sauf que l’ancien patron de la Dst, Yves Bonnet, proche des services algériens et parfaitement au courant de cet épisode des relations entre Paris et Alger, qualifie Marchiani d’ « escroc du renseignement » et son rôle d’ « invraisemblable ».

Tout aussi invraisemblable est l’importance que se donnent Marchiani et son pote, le milliardaire russe Arkadi Gaydamak, dans la libération des pilotes français détenus en Serbie à la fin de 1995. Cette fois, c’est le général Gallois, qui, à la demande de la Dst et en raison de ses sentiments pro-serbes, rencontre le général Mladic, chef à l’époque de l’enclave serbe en Bosnie. Les deux hommes se connaissent bien, et Galllois obtient un engagement du chef serbe de libérer les pilotes. A condition, toutefois, qu’un signal fort vienne de Paris.

Au retour de sa mission, le général Gallois transmet son rapport au numéro deux de la Dst d’alors, Raymon Nart, qui venait expliquer à l’auteur de ces lignes : « Marchiani a toujours fait de la gonflette ». Et d’ajouter : « Avec lui, c’était les emmerdes assurés ».

Le signal fort demandé par les Serbes à Gallois sera la rencontre à Pale du chef français de l’armée de l’air, le général Douin, et le général Mladic. Mais c’est Marchiani qui, une fois encore, apparaît sur la photo. C’est lui qu’on verra, triomphant, accompagnant Jacques Chirac lors du retour des otages à la base militaire de Villacoublay.

« Les victoires ont beaucoup de pères et les défaites sont toujours orphelines », dit un proverbe serbe. En matière de captation d’héritage, Jean-Charles Marchiani est devenu un as !

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