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Sarko lance et relance

Nicolas Sarkozy est plus qu’inquiet sur l’évolution de l’économie. Après la crise financière, le pays s’enfonce dans la crise économique et les rapports qui remontent des préfectures laissent augurer d’une crise sociale larvée. A l’Elysée, on s’interroge sur une possible « dérive grecque » de la situation et le président rappelle volontiers que le slogan le plus populaire parmi les émeutiers d’Athènes était : « Nous ne pouvons entrer dans les magasins par la porte, alors nous allons entrer par la vitrine ».

En choisissant de nommer un ministre de la relance, Sarkozy a voulu affirmer que ce dossier était prioritaire et comme tel, devait échapper à Christine Lagarde, dont on n’en finit pas d’annoncer le départ. Elle est toujours là mais plus absente que jamais. Elle souffre suffisamment de la situation pour avoir demandé au service de presse de Bercy de recenser toutes ses interventions et d’en faire état sur le site internet du ministère, histoire de montrer combien elle est active…

Quoi qu’il en soit, c’est Devedjian qui est à la manœuvre. Le plan qu’il est supposé mettre en œuvre correspond aux propositions de Bercy et est de ce fait très orienté vers les entreprises et l’investissement, et assez peu vers ceux qui menacent de rentrer dans les magasins par la vitrine. Plusieurs des interlocuteurs de Sarkozy y ont vu une certaine incohérence et s’en sont inquiétés auprès de lui pour demander des actions en faveur de la consommation.

« Le keynésianisme grossier »

Pour l’instant, Devedjian et Sarkozy restent sur leur position : ils sont sensibles à deux arguments des technocrates de Bercy, à savoir, d’abord que le déficit extérieur de la France, supérieur à 40 milliards €, traduit une incapacité du système productif à répondre aux besoins en consommation des Français, si bien que toute relance de la consommation signifierait un creusement supplémentaire de ce déficit ; à savoir ensuite que l’Allemagne ne cesse de dénoncer « le keynésianisme grossier » qui serait en train de s’emparer de certains dirigeants européens et que cela ne sert à rien d’en rajouter alors que les relations entre Berlin et Paris sont déjà très mauvaises.

Mais il n’est pas dit que l’on en restera là. A ce stade, le déficit public serait en 2009 de 4% du PIB. Tandis que la tendance naturelle de la croissance serait une récession de -1,1%, le gouvernement espère que le plan de relance limitera cette récession à –0,4%, soit une augmentation du chômage de 200 000 personnes contre 360 000 sans plan de relance.

Si ces prévisions étaient rapidement infirmées et si l’augmentation du chômage devait dépasser les 300 000 avant l’été, Sarkozy est déterminé à faire un plan supplémentaire et à l’asseoir sur la consommation. Un coup de pouce aux allocations familiales et aux retraites les plus faibles est à l’étude. Quand il était ministre du budget sous Balladur, en 1993, le déficit avait atteint 6% du PIB et il rappelle à qui veut bien l’entendre que cela n’avait pas empêché le passage à l’euro six ans plus tard.

Référence à 1993 intéressante, car d’après l’Insee, l’indicateur dit « du climat des affaires » était, en décembre 2008, au niveau de décembre 92. Si l’année 2009 devait reproduire l’année 93, on irait vers un recul de la production de près de 2%…

Mais, comme on le souligne à Matignon, l’OCDE anticipe la reprise pour mi-2010, avec une assez forte croissance en 2011 : Sarkozy va trouver le moyen d’arriver au moment de sa réélection avec une économie en plein boom et une crise remisée aux oubliettes de l’histoire !

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