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Marchiani, un amour d'otage

Le hasard a voulu que, dans un passé si lointain qu’on l’a perdu de vue, Amad Hedari, un Iranien du genre toxique m’a confié les clés qui permettent de mieux comprendre les mystères entourant les prises d’otages au Liban. Je vous parle ici du déluge, genre années 86-88. En gros, les experts (du type DGSE) savaient alors parfaitement qui détenait les-dits otages et avec qui il fallait négocier pour espérer le retour de nos prisonniers… Pourtant, sans qu’on puisse l’expliquer, la bande à Pasqua, alors ministre de l’Intérieur et son Jean-Charles Marchiani, ont verrouillé le dossier « otages ». Les deux Corses (ou assimilés), telle la poule sur son nid, n’ont laissé personne approcher du sujet, comme si les œufs couvés étaient en or. Ce monopole, cette privatisation au profit de Marchiani d’une affaire d’état, et l’éternité mise pour dénouer la crise, étaient très surprenant. Plus tard, un religieux libano-sénégalais, le Sheikh Zein, vrai libérateur de Kauffmann et de ses amis, a rapporté dans le détail la vérité d’une l’histoire qui n’était pas celle écrite par Charles et Jean-Charles.

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© PieR

Dés cet instant la plus grande perplexité a présidé face au rôle joué, dans cette affaire, par le duo corse et ses amis philanthropes, les frères Safa, des libanais plaqués or. Voilà donc l’état des choses, celui que l’on garde à l’esprit quand la France, au garde-à-vous, apprend près de dix ans plus tard, en décembre 95, que, cette fois encore, c’est le même Marchiani, toujours attelé à son Pasqua, qui a « fait libérer » deux pilotes français dégommés dans la banlieue de Pale, capitale de la Bosnie serbe dans une Yougoslavie en cours d’implosion.

Vu la transparence de la diplomatie, vert dollar, de Marchiani au Liban, il était permis de douter de l’exactitude du nouvel exploit de notre entremetteur national.

Pericic au créneau

Gardant ce point d’interrogation dans un coin de ma cervelle, en mars 99, je me baladais à Belgrade et au Kosovo, les pas accompagnés par le son allègre des bombes de l’OTAN. C’est le hasard qui m’a fait asseoir dans le bureau du général Pericic, ancien chef d’Etat major de l’armée yougoslave et candidat aux premières élections démocratiques. Au fil de l’entretien, Pericic me lance : « Comme tous les Serbes, j’aime la France qui fut notre alliée en 1914, puis contre les nazis. Et c’est avec joie que j’ai fait libérer les pilotes français abattus à Pale… ». Quoi ? On nous aurait donc menti !

Et ce serait ce minuscule Pericic et pas le grand Marchiani qui aurait libéré nos deux prisonniers de guerre retenus entre les mains de Mladic ?

Pericic m’explique qu’il connait d’autant mieux le général Mladic, le chef des armées serbes de Bosnie (et criminel de guerre), qu’il a longtemps été son patron. Pericic a donc tiré l’oreille de ce gros subordonné, et assassin, pour qu’il rende à la France ses aviateurs tombés du ciel. Deux choses sont merveilleuses avec les militaires, s’ils sont faits pour perdre les guerres, et c’est avec précision. Car ces hommes en galons notent tout. Entre un bouquet de fleurs offert à sa femme et un dîner dans une ambassade, Pericic tient le verbatim de « l’affaire des pilotes ». Il me cite le nom du général français Pierre Gallois et celui d’un autre étoilé tricolore, Jean-Philippe Douin, le chef d’état-major de l’armée de l’air. Ces deux militaires ont joué un rôle dans la libération des pilotes.

Rentré à Paris, c’est un Gallois meurtri qui me raconte son périple en Yougoslavie ; dont il n’a tiré aucun merci. Il faut savoir que Gallois, le « père » de notre force de frappe nucléaire, a jadis connu Mladic à Paris quand ce doux jeune homme était en stage à l’Ecole de guerre. Ami des Serbes et anciens prof de Mladic, Gallois s’imposait donc pour obtenir la liberté des deux pilotes tombés sur le territoire de ce seigneur de la guerre. Fort d’une lettre de mission de la DST, le général Gallois, pourtant en retraite, part pour une Yougoslavie en ruines. A Belgrade il rencontre ses amis militaires, dont Pericic, puis se rend en hélico vers le sud, en République Serbe de Bosnie où il négocie longuement avec Mladic. Le criminel de guerre est d’accord, il va libérer les pilotes, au cours d’un dialogue « d’officier à officier », du genre « La Grande Illusion », Mladic exige en échange que Douin expédie des avions pour participer à un meeting aérien prévu à Belgrade… Cette histoire guerrière s’achève sur le mode Tanguy et Laverdure, ou Foire du Trône.

Une V.O. devenue fiction

Le rôle de Gallois, qui depuis Pale et faute d’hélico, a été contraint, sinécure, de rentrer à Belgrade en voiture, est si primordial dans ce dossier que, l’affaire réglée, Yves Bonnet patron de la DST se fend d’une lettre à Chirac. Le président, amis du cul des vaches et de l’appartement d’Hariri, est alors convaincu, comme TF1, que c’est Marchiani qui a « arraché » les pilotes aux griffes serbes. Que pour ce faire, il a été aidé d’un autre philanthrope exemplaire nommé Arcady Gaydamak, un oligarque russo-ukrainien qui sera bientôt, en guise de remerciement, décoré d’une médaille de l’Ordre du Mérite retenue sur le contingent du ministère de l’Agriculture ! Mais Bonnet, dans sa lettre, met un gros bémol dans l’enthousiasme de Chirac en lui expliquant le rôle de Gallois, et qu’il faudrait peut-être lui dire merci … Ah bon !

Quand cette histoire, celle de la vraie libération des pilotes, est publiée dans Paris Match, Gaydamak, bien qu’en cavale, attaque le journal. Et son vieil ami Raymond Nart, ancien numéro 2 de la DST passé au business privé, revenu témoigner à l’audience de l’Angolagate mardi 3 février, en dépit de ses efforts, ne pourra rien pour sauver le scénario de ce mauvais film d’espionnage, où l’on voyait Marchiani, Gaydamak et des officiers de l’ex-KGB voler au secours de nos pilotes tombés à terre… Et c’est ainsi que la V.O. est devenue une fiction.


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