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Les hôpitaux de Paris tirent sur l'ambulance

Plutôt que de vous époumoner en courses folles, à la poursuite de
l’Euro Millions, vous feriez mieux de faire une halte sous la façade de la
CPAM, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie, celle de notre belle capitale.

Car, si l’on en croit l’Union Syndicale des Ambulanciers de Paris, la Sécu
y jette l’argent par les fenêtres. Le gros lot est une somme de 15 millions
d’euros, payée chaque année, par les CPAM, pour le remboursement de frais d’ambulances dit « inter-sites ». Alors que ces mêmes transports sont déjà compris dans l’enveloppe globale qu’encaisse chaque année l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, la sainte patronne de nos établissements publics de santé.

Pour vous aider à comprendre, je vais tenter de faire simple, et
chic. Comme d’habitude, vous faites vos courses chez Fauchon l’épicier de
la crise. Votre maman vous a donné les sous qu’il faut pour ce faire mais,
néanmoins, vous demandez à votre grand-mère de vous rembourser. Avec la pyramide de Ponzi, si chère aux clients de Madoff, il n’y a pas mieux pour
gagner des sous.

Depuis des mois ces patrons de compagnies d’ambulances soucieux -
pourquoi pas et croyons les - des deniers publics, posent tous azimuts la
question de ces millions jetés au vent comme le pissenlit de chez Larousse.
Rien, pas de réponse.

L’Assistance Publique, trop contente de ce système de bonus sauvage, de ce don du trou de la sécu, reste sourde aux questions.
Quant à la CPAM, elle répond au syndicat, à l’aide de phrases lapidaires,
que l’on pourrait schématiquement traduire par un « casses toi pov’ con ».
La Cour des comptes ? Ne la réveillez pas, elle dort. Il faut dire que, la nuit, Seguin a du boulot avec sa chèvre ! Bref, l’hôpital se fout de la charité.

Pourtant ces organismes, CPAM et AP-HP sont hautement équipés en services de surveillance, soucieux du moindre euro dépensé, même s’il s’agit du nôtre.

Avenue Victoria, à Paris, règne Jean-Marc Morin, un magistrat qui a la main
sur la « Direction des affaires juridiques et des droits du patient », un
service de l’Assistance publique. Monsieur Morin, lui, ne décèle pas
malice dans ce micmac de double paiement, et il a écrit à l’Union syndicale
des ambulanciers sa satisfaction du monde tel qu’il est. Pendant un temps,
notre Union en quête d’interlocuteur à discuté, un peu, avec Wilfried
Smadja, directeur général adjoint de la CPAM mais hop, du jour au lendemain on a perdu la trace de ce bon Wilfried sans doute enlevé vers le Walhalla.

Ces quinze millions, donc, représentent la facture des transports «  inter
établissements
 », c’est-à-dire ce patient que l’on transfère de La
Salpètrière à Beaujon ou de Pompidou à Necker, par exemple. Naguère, à
Beaujon justement, pour certaines opérations on préparait le malade dans un corps du bâtiment, puis on le couchait dans une ambulance pour aller jusqu’à un bloc opératoire distant de 50 mètres.

Pim pom ! Pim pom !

Naïfs, nos ambulanciers estiment que, mieux géré, l’argent de la Sécu
pourrait permettre aux cotisants de payer moins et à eux, les clignotants
bleus, de gagner plus ; puisque les tarifs, il bien faut le reconnaître,
sont bloqués depuis longtemps et pas très élevé (80 euros de prise en charge pour une ambulance dans Paris). Mais le combat de nos vertueux ambulanciers ne s’arrête pas à leurs questions posées sur les millions perdus. Ils râlent aussi fermement contre le « dispatching » mis en place par l’AP-HP de Paris.

L’hopital public a une longueur d’avance - JPG - 125.4 ko
L’hopital public a une longueur d’avance
© Oliv’

C’est-à-dire le service de Gestion des Transports Sanitaires (GTS) celui qui
attribue du travail à telle ou telle société d’ambulance. Là, il semble
bien que, parfois, le standard téléphonique de ce service public tient plus
de la roulette du casino que du mode d’emploi cartésien. Ainsi, on a vu un
préposé au téléphone de cette GTS donner, en priorité, du travail à sa femme qui avait eu la bonne idée d’acheter une ambulance. Pour tout dire, il y a si peu de transparence dans tout ce trafic que la justice vient de déclarer recevable une plainte contre X pour « prise illégale d’intérêts,
favoritisme, pratiques anticoncurrentielles et discrimination
 ».

Les compagnies font poliment remarquer à la justice que le « dispatching
erratique de l’AP-HP » entraine la mort de toutes les sociétés les mieux
structurées, favorisant un problème sanitaire que nous verrons plus loin.
Dans la foulée de leurs avocats, Laurent Delprat et Jacques Vergès (dont on sait, lui, qu’il n’est pas du genre à tirer sur une ambulance), l’Union
syndicale a également déposé une plainte à propos de ces 15 millions qui
s’envolent chaque années. Sur ce chapitre, nos syndicalistes se sont fait
renvoyer à leur volant : peut être bien que disparaissent des millions, mais
vous n’êtes pas habilités à vous plaindre !

Et il est pourtant vrai que qu’un bon nombre de compagnies parisiennes qui
possèdent plusieurs ambulances sont déjà en redressement judiciaire ou pas loin de l’être. Outre ce satané « dispatching », il y a la sécu qui perdrait les factures ou oublierait de les rembourser. Ainsi, depuis trois ans, la CNAM aurait égaré, affirment les ambulanciers, pour 260 000 euros de notes de transport. Dans le même temps, une unique compagnie attendrait depuis plus de deux ans un remboursement de près de deux millions d’euros ! Pour faire court, si vous voulez être ambulancier à Paris, soyez d’abord riche.

A tombeaux ouverts

Et si vous être malade ou blessé, prenez donc une voiture ou un taxi pour
aller à l’hosto. Alors qu’il existe un règlement qui exige la désinfection
des camions à bestiaux, rien de tel pour une ambulance. Il faut rappeler ici
qu’à l’intérieur de notre exemplaire hexagone, 800 000 cas de maladies
nosocomiales sont décomptées chaque année, provoquant un total de 12 000 morts. Avant d’obliger l’automobiliste lambda à posséder un triangle et un seyant gilet jaune pour rouler sur les départementales, n’aurait-il pas été judicieux d’obliger les ambulanciers à passer leurs autos à la javel, à s’équiper de draps jetables et à ne plus porter de cravates.

Ce splendide ornement est interdit d’usage aux ambulanciers anglais, pourtant si chics, au prétexte que ce bout de tissu est un piège à microbes. Ici on rejoint le problème de la délicate gestion du parc des ambulances : difficile de passer au Kärcher© anti-microbes une auto qui roule tout le temps…

Pour ne pas terminer ce sujet maladif sur une note triste, l’ambulance est
heureusement génératrice d’histoires drôles. Il y a celle de l’ambulance
qui, sous le règne du grand écolo Denis Baupin à la mairie de Paris, a été
placée en fourrière. Une autre, réquisitionnée pour transporter un
prisonnier « sensible » de Fresnes à l’Hôtel Dieu qui, en bout de parcours
se retrouve avec 375 euros d’amende et 4 points de permis en moins alors que le chauffeur n’avait fait rien fait d’autre que de suivre à la baguette son escorte policière.

Finissons par une devinette. Qu’est-ce que l’oxygène ? Pour les médecins, ce gaz salutaire est médicament. Et, les médicaments, l’ambulancier n’est pas autorisé à les administrer. Mais, il doit avoir une bombonne d’oxygène dans son véhicule. Question du genre bac de philo : s’il y a malaise d’un
patient et que l’ambulancier lui colle un masque sur le visage, il y a
exercice illégal de la médecine. Si le convoyeur s’abstient, il est passible
de non assistance à personne en danger. On voit tout de suite, que dans de
douillets bureaux, des Courteline du droit et de la morale s’échinent chez
nous à établir des règles simples.

Quoiqu’il arrive, avec la montée en puissance de « Veolia Santé » qui, dans
la région de Marseille s’intéresse maintenant au bonheur des malades, le
problème des ambulances parisiennes sera bientôt réglé par cette compagnie qui aime les ordures, le transport et l’eau. Henri Proglio, le pdg de Veolia n’était-il pas au « Fouquet’s » le 6 mai 2007, le soir du couronnement de Nicolas Sarkozy.

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