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Emploi : allo ici la taule !
C’est bien connu, l’oisiveté est mère de tous les vices. Fort de cet adage largement éprouvé, l’administration pénitentiaire s’efforce tant bien que mal à faire trimer ses ouailles. Le 28 mai dernier, le ministère de la Justice, l’administration pénitentiaire et le Medef ont signé un protocole d’accord pour encourager l’implantation d’entreprises dans les prisons. Avec pour objectif affiché de renforcer la politique de réinsertion. A la clé, une pincée de paix sociale et du profit à faible coût pour les entreprises concernées.
Dernière idée en date, installer des centres d’appel dans des établissements pénitentiaires. Déjà très bien implantée dans le domaine, c’est l’entreprise Webhelp qui a raflé la mise pour le centre pénitentiaire (CP) de Rennes. Fondée en 2000 par Frédéric Jousset, l’entreprise fait déjà travailler plus de 5500 personnes dont 4000 au Maroc. « Grand mécène du Louvre, Frédéric Jousset est très impliqué dans les prisons. L’action à Rennes est un vrai projet social », assure Webhelp.
Les détenues – pour l’instant, l’initiative ne concerne que des femmes – sélectionnées pour leur aptitude en informatique et leur capacité à se tenir tranquilles, seront récompensées de leur labeur 6 euros brut de l’heure. Soit 840 euros mensuels si celle-ci travaillent 35 heures par semaine. Une somme, quand on sait que le salaire des détenues tourne plutôt autour de 300 euros. Avec, qui plus est, une promesse d’embauche au centre d’appel de Vitré à la clé. Pour l’instant, seules 10 d’entre elles ont rempli les critères d’embauche et sont actuellement en formation. En revanche, impossible de savoir si, comme l’avait déclaré au Point Olivier Duha, co-fondateur de Webhelp, « les bénéfices, s’il y en a, seront intégralement reversés à la prison ».
Un système bien huilé
Un bien joli tableau qui ne saurait faire oublier que le projet ne recueille pas que des encouragements. Les syndicats de la pénitentiaire ont dégainé les premiers. Craignant notamment pour la sécurité des employées de la prison. Un problème accentué par le sous-effectif dont souffre le CP de Rennes. Sur ce sujet, Jousset se veut rassurant : « Les détenues, qui seront employées à la mise à jour de fichiers ou de bases de données, ne numéroteront pas elles-mêmes. Nous avons des automates d’appels pour cela, donc il n’y a pas de contact possible avec leurs familles, par exemple. De plus, l’ensemble des conversations sera enregistré. »
De leurs côtés, les syndicats représentant les salariés des centres d’appel s’inquiètent de l’arrivée d’une concurrence à bas prix… Alors même que la flexibilité et les conditions de travail dans ces plates-formes sont déjà connues pour leur âpreté. En outre, le « stress induit par l’activité de centre d’appels dans un contexte de confinement peut susciter un potentiel explosif », assure Xavier Burot, secrétaire fédéral CGT chargé des centres d’appels.
Par ailleurs, l’entreprise, qui a fait ses armes au Maroc, a déjà été étrillée par la presse locale pour ses conditions de travail contestables. Le Journal Hebdomadaire, il y a deux ans, assurait que le rythme de travail était infernal. Des libertés prises avec les conditions de travail mieux acceptées grâce aux salaires corrects – autour de 4000 dirhams mensuels – et des œuvres sociales, comme la construction de crèches. Tout cela appuyé par les autorités du pays qui saluent une grande réussite et veulent encourager les investissements dans le secteur fortement concurrentiel des plates-formes téléphoniques. Et pour assurer la publicité de ces bonnes œuvres, Webhelp s’attache à chaque fois les services des plus grandes agences de com’ locale. « Image 7 » pour la France, « Saga » pour le Maroc.
Webhelp promet que le projet n’est pas destiné à se généraliser, mais ce n’est pas le cas de l’administration pénitentiaire qui voit les expériences de Bapaume et de Rennes comme des galops d’essai.
Une nouvelle initiative qui risque une fois de plus faire écho à ce que dénoncent les associations de défense des droits des détenus depuis belle lurette. Dans un dossier consacré au travail en prison, paru en mai/juin 2006, l’Observatoire Internationale des Prisons écrit : « Chômage massif, tâches sous-payées, répétitives et abrutissantes, sans rapport avec le marché de l’emploi. (…) Conçu comme un instrument de gestion de la détention par l’administration pénitentiaire et laissé à l’écart du droit commun, le travail carcéral ne pourra devenir ce qu’il est pourtant censé être, un outil destiné à favoriser l’insertion ».
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