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Education, le très réac conseiller de l'Elysée est donné comme possible ministre

Xavier Darcos, pris en janvier d’un brusque et ultime sursaut d’orgueil, n’avait pas eu peur de lâcher, en conférence de presse : « J’en vois qui écrivent que ma mission est terminée. Une lettre de mission c’est une rampe de lancement que vous donne un président. Sur cette rampe, une fusée ne s’arrête pas en cours de route parce qu’elle a décollé. Il faut continuer. Ma lettre de mission s’inscrit dans une perspective beaucoup plus large ». Le caractère éminemment éjectable du fauteuil n’étant plus à démontrer, les interrogations vont bon train sur le nom du prochain occupant.

Fin février, c’est la secrétaire d’État Nadine Morano, qui rédigeait, encouragée par un Darcos pressé d’en finir avec sa mission-kamikaze, une note visant à convaincre le chef de l’État du bien fondé d’une idée de son cru : un grand ministère de la Famille et de l’Éducation, dont elle deviendrait la matrone. Mais la Mère Nadine n’a semble-il, pas été entendue. Le mammouth a eu chaud ! La saison de la chasse reste toutefois grande ouverte.

Morano contre le pote de Darcos

Un autre commandant de bord est pour l’heure, pressenti : Dominique Antoine, 50 ans, actuel conseiller éducation, jeunesse et sports à l’Élysée qui a succédé en mai au regrettable George-Marc Benamou, à la culture et à l’audiovisuel. Avec entre autres missions récentes : la rédaction d’un rapport sur la place du livre à la télévision, ou encore l’organisation d’un déjeuner à l’Élysée avec quelques télégéniques profs-auteurs de pamphlets sur notre « triste-système-éducatif-au-bord-de-la-faillite ».

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sieur Antoine, vieux compagnon de route de Xavier Darcos, a en commun avec son prédécesseur les mêmes instructions de pilotage, et au moins autant d’heures de vol au compteur, au sein des mêmes arcanes de la haute administration éducative. Proche conseiller de Nicolas Sarkozy donc, depuis mai 2007, Dominique Antoine, énarque, Chevalier de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du mérite, Commandeur des Palmes académiques, Officier des Arts et des Lettres, diplômé de l’ESSEC, Inspecteur, a rejoint la Maison éducation dès 1986 comme chargé de mission sous Monory.

A l’époque déjà, il s’en prenait avec zèle aux associations complémentaires de l’Education nationale, rudoyées comme jamais aujourd’hui. On retrouve Antoine au cabinet de François Bayrou entre 1993 et 1995, puis Dircab’ adjoint de Luc Ferry et enfin Dircab’ de Xavier Darcos. Lorsque ce dernier occupe en 2002, le fauteuil de ministre délégué à l’Enseignement scolaire. Il devient alors, en parallèle, directeur de l’Administration puis, successivement, directeur des Personnels, de la Modernisation et de l’Administration jusqu’en 2006. Postes stratégiques où il peaufine la réforme du ministère, dont il devient secrétaire général en 2006. Citons, entre autres missions menées à bien, «  la décentralisation au ministère de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche ». La lettre de mission, en 2002, signée Luc Ferry, Claudie Haigneré et Xavier Darcos précise : « Cette réflexion portera aussi sur la déconcentration des compétences au sein de l’appareil d’Etat et favorisera la contractualisation entre les acteurs locaux et l’Etat ». Tout un programme.

Quand les cathos font l’école laïque

Le même Dominique Antoine était en 1992, l’un des initiateurs, et le secrétaire général de l’association « Créateurs d’école », qu’a également fréquentée Xavier Darcos. Une association, créée en 1992 par des membres éminents du ministère, recteurs, universitaires, rejoints par des directeurs d’établissements privés cathos, des PDG, un avocat, un ingénieur, bref, une sorte de lobby de décideurs institutionnels, déterminés à mettre leurs idées en ordre de bataille, à l’assaut de la citadelle Education, en servant de boîte à idées à la droite appelée à reprendre du service au lendemain des élections législatives de 1993. D’ailleurs, Créateurs d’école a disparu au lendemain de ces échéances, tandis que ses membres les plus notables, Dominique Antoine et Xavier Darcos, infiltraient durablement le ministère, y propageant les idées de « Créateurs », comme le sucre dans le café.

Le journal Le Monde s’était à l’époque, fait l’écho, de l’aventure politique de ces Créateurs d’un nouvel ordre : « Retour aux classiques » ( !) « Ultraconservateurs partisans d’un retour aux valeurs des lycées classiques de garçons, libéraux raisonnables qui cherchent une troisième voie entre le statu quo et une décentralisation sauvage, partisans du "chèque-éducation" et nostalgiques des bons vieux internats catholiques, on trouve tout chez les Créateurs d’écoles. Résultat : la vingtaine de projets élaborés depuis un an sont à l’image de cet étrange melting-pot (…) D’un projet à l’autre, les mêmes "verrous" sont dénoncés. L’organisation pédagogique actuelle est, aux yeux des Créateurs d’écoles, trop rigide, l’autonomie financière des établissements trop limitée. Enfin, les chefs d’établissement ne peuvent recruter eux-mêmes leurs enseignants et constituer des "équipes" pour mener à bien des "projets". Pour les enseignants, les Créateurs d’écoles plébiscitent le recrutement sur profil, les rémunérations différenciées, le recrutement sur contrat à durée déterminée et la pratique du tutorat. »

On savait déjà Xavier Darcos « réac et fier de l’être », affichant sans complexe sa « foi catholique », au détour d’articles complaisants. Dominique Antoine passe lui aussi, pour un fieffé bigot. L’une des rares photos du bonhomme le montre posant devant sa bibliothèque, où trône en excellente place, un livre intitulé : « La Chapelle Sixtine révélée ». Pudique clin d’œil, pour un futur missionnaire ?

Donné à deux reprises par Le Parisien comme partant de l’Elysée pour d‘autres horizons, Dominique Antoine a opposé un démenti formel, s’inquiétant auprès de l’AEF, d’annonces « malveillantes ». Antoine ne serait plus en odeur de sainteté depuis l’apocalyptique voyage à Saint-Lô, qui a tant coûté à Darcos (et accessoirement, à un Préfet de la République).

Si les voies du Seigneur demeurent, pour l’heure, impénétrables, Dominique Antoine fait savoir, à bon entendeur, que sa carrière « est loin d’être terminée ». Grandeur et décadence des feux de la rampe (de lancement)…à suivre !

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