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Sans-papiers algériens: ici boutés-fliqués, là-bas Bouteflika
Une banderole qui laisserait pantois un CRS à la charge : « Les travailleurs sans-papiers algériens doivent être AUSSI régularisés ». « Aussi » ? Encore un cauchemar de sous-préfecture et de groupuscules identitaires acnéiques ! La Bourse du Travail de Saint-Denis, haut lieu de la coordination syndicale parisienne, était le réceptacle ce mercredi 8 avril au soir d’une manifestation passée au cachot de l’information : la réunion de travailleurs sans-papiers algériens autours d’associations prêtes à porter leur voix sur le devant de la scène médiatique et politique. Parmi elles, « Le Comité des Sans Logis », « Coordination 93 », « APEIS » et « Droits devants ! » représenté par Jean-Claude Amara, co-fondateur de Droit Au Logement (DAL), appuyé du défroqué Monseigneur Gaillot et de l’éminence scientifique Albert Jacquard. Avec, en sus, un chiffre : le journal algérien El Watan dénombrait en 2007 environ 350.000 ressortissants irréguliers algériens sur le territoire français.
Pourtant ce soir, malgré la chaleur humaine et l’esprit de solidarité qui se dégageaient de la salle des fêtes, pointait au rendez-vous galant 200 à 250 participants, sympathisants ou clandestins venus témoigner. Pour M. Amara, une réussite compte tenu du statut particulier de ces ressortissants « qui ont peur ici, peur là-bas ». Et de souligner « que les algériens ont beaucoup plus de mal a s’organiser que les africains de l’Ouest à cause de 132 ans d’une histoire coloniale douloureuse » et du sentiment d’être un étranger chez soi. En quoi le cas de l’immigré algérien constitue-il une singularité méconnue (Lire en bas de page l’encadré sur le tombeau colonial) ?
Retour en 40
A croire que le sicaire de Sarkozy à l’Immigration en 2007, Brice Hortefeux, avait révisé ses fiches d’histoire coloniale : caresser dans le sens du poil l’algérien régularisé par la justification d’un logement décent aux normes, de ressources stables et non polygame, pour mieux faire succomber aux griffes du Ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité Nationale « le sauvageon » clandestin.
Preuve que la mesquinerie opère : l’article 40 du projet de Loi porte au pinacle les aberrations d’un système qui se mord la queue en excluant de son champ de tir la possible régularisation de 350.000 algériens sans-papiers. Ledit article autorise des employeurs à faire pression sur les pouvoirs publics en vue de régulariser dans des secteurs en difficulté, dits « en tension » (29 pour les pays tiers), des techniciens du BTP, des informaticiens d’études, des conducteurs de travaux, dessinateur de projet et j’en passe. Le bonheur des uns faisant le malheur des autres, la philosophie du gouvernement Sarko est simple : les Algériens irréguliers ne peuvent en bénéficier au titre qu’ils bénéficient déjà du regroupement familial par dérogation. La belle affaire ! Muet comme une carpe, le gouvernement algérien s’arroge le droit par ses consulats en France de fournir des laissez-passer en vue d’un aller simple direction le bled.
« Un tam-tam ici, c’est 10 tam-tams là-bas »
Ce qui fait pousser des cris d’effroi aux associations de défense des sans-papiers tel la « Coordination 93 » qui dénonce la « concurrence entre algériens » et la « nécessité de régulariser ces femmes de ménages, d’aide à domicile, à la personne sans protection, retraite ni assurance » et de Jean-Claude Amara de lancer, brûlant, « de sortir du carcan de la peur » car « on gagnera en plein soleil, en pleine lumière ». Malgré un premier mouvement de rue le 28 février dernier, des discussions et négociations avec le consul Général algérien en septembre 2008 et un rendez vous à l’ambassade qui s’est soldé par un échec, M. Amara espère pouvoir exorciser « la suspicion entre algériens ». Il sait en tant que natif algérien, qu’ « un tam-tam ici, c’est 10 tam-tams la bas », signe du regain d’intérêt outre méditerranée que suscite le sort de leur confrère en situation irrégulière.
Une absence de taille pourtant en ce lieu et en ce jour, celle de l’évocation même de l’élection présidentielle, et du nom de Bouteflika, le vieux coi. Ce jardin là où ne fleurit depuis longtemps, dans l’âme des algériens, que des espoirs sitôt déracinés.
Le tombeau colonial
Comprendre en quoi l’histoire coloniale pèse comme un tombeau sur le couple franco-algérien revient à dresser rapidement le statut des ressortissants du Maghreb depuis l’Indépendance en 1962. L’immigration algérienne est originale parce que polymorphe : paysanne au début, puis du travail avant de devenir familiale par l’instauration de la loi sur le regroupement familial. Ce sont véritablement les accords bilatéraux de 1968 qui scellent un régime favorable pour l’immigré algérien en marge du statut commun de l’étranger défini par l’ordonnance de 1945. Maigre soulagement contre la piqûre de l’Histoire qui hante plus que jamais les deux camps réconciliés, De Gaulle et Boumediene.
D’une politique de « dosage » jusqu’en 1974 pour fixer le nombre de travailleurs algériens nécessaires suit un statut de moins en moins favorable qui tend à s’aligner sur le statut commun de l’étranger. Si bien que ce qui apparaissait comme un privilège par la fixation de tels accords après l’indépendance de l’Algérie était en réalité un moyen de contrôler, gérer, surveiller l’immigration économique. Pompidou ce filou, Giscard ce brisquard !
Ce statut toujours en vigueur, bien que modifié par des avenants en 1974, 1995, et 2001, est le fruit d’âpres négociations entre les deux États. Si bien que la loi RESEDA de 1998, relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France et au droit d’asile, a du attendre 2001 pour que son application s’exécute aux ressortissants algériens, en vertu du sacro-saint commandement d’accord d’État à État. Et affirme par la sorte la supériorité du droit international sur le droit français, subtil distinguo qui a son importance aujourd’hui !
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