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Petit Fenech devenu grand entremetteur

Il y a Georges Fenech, ami désintéressé de Pierre Falcone dans l’Angolagate, principal acteur de cette affaire de vente d’armes illégales, de courtage en armement et de corruption généralisée, réalisée entre la France et l’Angola du temps de la guerre civile qui fit, au bas mot, un demi million de morts entre 1978 et 2002.

Il y a Georges Fenech, l’homme de la Tolérance zéro (Grasset, 2001), ex-président de l’A.P.M., l’Association professionnelle des magistrats, syndicat professionnel réactionnairement apolitique.

Il y a encore Georges Fenech, ancien député UMP du Rhône, élu en juin 2002, réélu en juin 2007, mais dont l’élection est invalidée en mars 2008 par le Conseil constitutionnel en raison d’infractions au droit électoral liées à ses comptes de campagne.

Il y a Fenech sur cour, atypique, magistrat mondain et président des Échanges franco-tunisiens (EFT).

Il y a enfin l’ex-magistrat et ex-député Georges Fenech, devenu sous Sarkozy grand patron de la Miviludes, la Mission d’évaluation des dispositifs judiciaires de lutte contre les sectes.

Fenech sur cour

Mais, d’abord, Fenech le Tunisien. C’est à l’Assemblée nationale, sous les ors de la République, que s’est fièrement tenu, le 17 mars 2008, le dîner des Échanges franco-tunisiens (EFT) à l’invitation de leur président, l’omniprésent magistrat, Georges Fenech.

Un dîner-débat, tout sauf discret, et pas vraiment frugal, sous les lambris de l’hôtel de Lassay. De nombreux pontes du monde de la politique, de l’économie et de la presse s’y étaient donnés rendez-vous. À voir ces échanges par le menu, à contempler la mine réjouie d’Hosni Djemmali, fondateur des EFT et P.D-G de Sangho [1], fraîchement décoré de la Légion d’honneur des mains d’Hervé Novelli, secrétaire français d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME et du Tourisme, les amitiés franco-tunisiennes sont au beau fixe. Grâce à Georges Fenech. Bien modestement.

Car, quoi de plus charmant que la crise financière mondiale ? Salade méchouia, tajine d’agneau et poulpes dans une main. Prix des EFT, créé en 2008 pour récompenser Siparex, une entreprise de fond capitalistique très présente en Tunisie, dans l’autre main. Georges Fenech assure aux convives que les fils aujourd’hui seront plus heureux que les pères hier… À l’écouter, on en arriverait à trouver l’état présent des amitiés franco-tunisiennes peu enviable puisque des lendemains encore plus chantant sont annoncés.

« L’Association, une association de droit privé, fondée il y a vingt ans, organise des rencontres d’ordre économique. Par exemple, entre femmes. Des chefs d’entreprises tunisiennes viennent en France rencontrer leurs homologues françaises. Et vice versa. » Georges Fenech est un convivial : « Cette année au dîner annuel, organisé il y a quinze jours sur le thème de la Santé, il y avait Roselyne. Roselyne Bachelot, je veux dire [..] Vous savez, la Tunisie, c’est d’abord un capital humain. Les dirigeants ont fait un effort colossal en matière d’éducation. Bourguiba, d’abord, pour l’égalité homme / femme. Ben Ali, ensuite, pour la laïcité. Vraiment, il y a eu beaucoup de fait pour l’éducation de la République tunisienne… »

Il poursuit in petto : « Bon d’accord, je ne vous dis pas que tout est parfait. Mais quand même, en matière de Santé et de nouvelles technologies (le bio-médical), ça fonctionne. Et le taux de croissance, vous avez vu le taux de croissance par rapport aux autres pays du Maghreb ». Toujours lucide, le bougre.

L’ami Ben Ali

Aux côtés des époux Fenech, en effet, on retrouve, à ce dîner de gala franco-tunisien, le sous-ministre français Novelli, le ministre tunisien de l’Industrie, Afif Chelbi, quelques galonnés de l’ambassade de Tunisie en France dont son Excellence Raouf Najar, Alain Le Roy, ambassadeur chargé du projet de l’Union méditerranéenne, beaucoup de chefs d’entreprise, de nombreux plumitifs, quelques rares journalistes. Et des photographes : « Vous m’avez demandé des photos. Pourquoi faire ? Il y a des droits sur ces photos. » Et même des droits très réservés.

L’association EFT est « logée » dans les locaux de la revue « Tunisie Plus », 28 bis rue Richelieu à Paris 1er. Également adresse-siège de la chaîne hôtelière Sangho. En y regardant de plus près, on lit avec stupéfaction que cette publication trimestrielle est la propriété des éditions du… Sangho, dont le directeur de publication n’est autre que le charmant Hosni Djemmali. On découvre alors, au détour de quelques gentils articulés, quelques belles plumes, de Jérôme Béglé (Paris-Match), à Michel Schifres (Le Figaro), en passant par Christine Goguet (Le Parisien), épouse de… Georges Fenech.

« Tunisie Plus » n°3 (janvier-février-mars 2009), page 47 - JPG - 47.8 ko
« Tunisie Plus » n°3 (janvier-février-mars 2009), page 47
« Des invités de prestige pour les 30 ans du Sangho ». Parmi lesquels on reconnaîtra : Hervé Novelli (secrétaire d’Etat chargé du commerce, de l’Artisanat, des PME, du tourisme et des services), qui en a profité pour remettre au président du groupe hôtelier Sangho, Hosni Djemmali, les insignes de chevalier de la Légion d’Honneur / Abdelwahab Abdallah (ministre des Affaires étrangères de Tunisie) / Jean-Louis Debré (président du Conseil Constitutionnel) / Etienne Mougeotte (journaliste, directeur des rédactions du Figaro), Marie Djemmali (directeur France du tour-opérateur Sangho, qui apparaît également dans cet article du Figaro), etc.

Notre ravissante consœur fut d’ailleurs l’une des « invités de prestige » d’une liste longue comme le bras de personnalités à être conviées, fin 2008 en Tunisie, pour les 30 ans du Sangho Club Zaris. La Tunisie, un petit pays d’amis qui voit grand.

« Tunisie Plus » n°3 (janvier-février-mars 2009), page 47  - JPG - 63.5 ko
« Tunisie Plus » n°3 (janvier-février-mars 2009), page 47
Christine Goguet, journaliste au « Parisien » et épouse de Georges Fenech, l’une des invités de prestige de la soirée…

Car il en a, l’ami Georges, des amis, et pas des moindres : en décembre 1998, Fenech, à la tête d’une équipe d’ « émissaires » français, s’est rendu au Gabon, à l’occasion des élections présidentielles d’Omar Bongo.

Sans transition aucune, il avait créé, avec son ami Francis Szpiner, une association qui avait pour objet, « la promotion et la défense de la démocratie dans le monde ». Pour l’occasion ils s’étaient rapprochés de Jean-Louis Voirain, un magistrat qui a mal tourné, et de Lionel Ghariani, un avocat mis en cause dans l’affaire dit du Sentier II. Rien que ça.

Fenech, homme orchestre

On retrouve Georges Fenech, dans la commission d’enquête parlementaire ouverte sur « l’affaire Outreau » qui fut, un peu, aussi, celle du « cas Burgaud », on le voit également membre fondateur de la très droitière Association « Droit à la sécurité », association type Loi 1901, née à l’automne 1995, suite aux attentats perpétrés en France par des Algériens.

« Je suis loin de tout ce monde associatif, maintenant, loin de tout cela, confie Fenech à Bakchich. À part mon mandat de conseiller municipal d’opposition à Givors, je ne fais plus de politique. Je ne dis pas "jamais plus jamais", non, car je compte bien me représenter dans mon ancienne circonscription. Mais pour l’instant, je me consacre pleinement à ma mission ministérielle. »

Quelle fausse modestie ! Magistrat de cour(se) jamais pris de vitesse, bercé par une sorte d’État nourricier protecteur, Georges Fenech est un fédérateur jovial.

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