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Benoît Hamon : « Les médias valorisent l'agenda de Sarkozy »
Le making-of
Benoît Hamon répond à trois questions posées par notre journaliste politique
L’intégralité du chat
Bakchich : Bonjour à toutes et à tous, nous avons le plaisir d’accueillir Benoît Hamon, porte-parole du Parti Socialiste et Troisième sur la liste Ile-de-France.
Benoît Hamon : Bonjour à toutes et à tous.
Bruno : Bonjour Monsieur Hamon. Craignez-vous un échec (probable, à en croire les sondages) des listes socialistes aux Européennes ?
Benoît Hamon : Cela dépend de ce que vous appelez un échec. Ce n’est pas parce qu’il y a un consensus médiatique pour dire que le PS va connaitre un échec aux élections qu’il faut oublier la réalité. Cette réalité c’est d’abord l’UMP qui va la connaitre à travers un échec électoral car ceux qui vont s’exprimer vont faire de la gauche la force majoritaire du pays. Je pronostique pour ma part un score pour le PS qui sera supérieur de un à deux points par rapport aux intentions de vote publiées.
« Dans ce pays, tout le monde va mal et nous les écoutons »
Judith : Le duo Dati-Barnier, bien que comique, fait parler de lui. Mais on n’entend nulle part parler de Harlem Désir ! Je n’ai d’ailleurs appris que cette semaine que c’était lui la tête de liste sur des affiches dans Paris. Je n’avais jamais vu son nom dans les médias, et je ne pense pas être la seule…
Benoît Hamon : Je suis déjà très heureux que Dati et Barnier vous fassent aussi beaucoup rire, ça fait beaucoup avancer l’Europe… Je voudrais rappeler que Michel Barnier va démissionner car, une fois élu, il veut déjà devenir commissaire européen et que Rachida Dati s’annonce comme une des plus grandes intermittentes du Parlement que l’Europe n’ait jamais connue. Quant à Harlem Désir, il mène une campagne pour la survie des services publics, des transports, dans les banlieues, là où les Socialistes sont les seuls à aller, à écouter le ras-le-bol des Français. Dans ce pays, tout le monde va mal et nous les écoutons, ce n’est visiblement pas le cas de tout le monde.
Madelaine : A votre avis, sur qui se porte le report des voies que le Parti socialiste semble être entrain de perdre selon les sondages ? A Europe Ecologie, au MoDem, au Front de Gauche, à l’extrême gauche ?
Benoît Hamon : Pour l’instant, les intentions de vote situent le PS autour d’un score tout à fait normal, mais je ne m’en contente pas. Je me battrai pour démontrer qu’il existe des votes alternatifs mais, s’ils sont respectables, le vote vert ou le vote front de gauche ne pourront en aucun cas permettre un changement de majorité. Pourquoi ? Parce que le seul groupe qui a la possibilité d’avoir un député d’avance sur le PPE (la droite européenne) et donc de devenir le groupe numéro 1 au Parlement européen, en charge de constituer une nouvelle coalition majoritaire, c’est le Parti Socialiste Européen (PSE). Si l’objectif européen du 7 juin c’est de dire « Stop Barroso », l’honnêteté c’est de dire haut et fort, que cela plaise ou non, que le seul vote efficace c’est véritablement le vote socialiste.
scipion13 : Ne croyez-vous pas que ce qu’on attend de la gauche ce sont des positions clairement à gauche (syndicalisation obligatoire, sur l’international, altruisme plutôt que realpolitik, SMIG européen, …) plutôt que de « chasser » au centre ?
Benoît Hamon : Nous nous avons fait adopter par 27 partis européens l’adoption d’un SMIC dans chaque pays européen et la création d’un SMIC européen pour lutter contre les délocalisations et le dumping social. Qui d’autre à gauche peut dire la même chose ? Qui d’autre peut démontrer que quand il fait des propositions, il le fait avec l’assurance de disposer d’une majorité européenne derrière ? Hélas personne à l’exception du Parti Socialiste.
BHforever : Monsieur Hamon bonjour, que comptez-vous faire exactement si vous n’êtes pas élu le 7 juin ?
Benoît Hamon : Ce serait un échec, mais là d’où je viens, on m’a appris à ne pas gémir. Je me remettrai au travail à gauche comme toujours. Je serai peut-être amené à remettre en question mon poste de porte-parole du Parti Socialiste, à changer de travail. Ce serait tout à fait logique.
« J’en ai marre de ces dirigeants politiques qui ne parlent bien que d’une chose : d’eux mêmes. »
Ornella Rossi : Madame Aubry continue à taper sur Bayrou, pourtant il semble évident qu’un rapprochement vers le centre ferait du bien à tout le monde au PS et permettrait de rompre avec les fâcheuses tendances du passé. Est-ce que les ambitions présidentielles obstinées du maire de Bagnères de Bigorre qui constituent un frein à ce rapprochement ?
seb : Pourrait-on avoir un discours clair sur le Modem et François Bayrou ?
Benoît Hamon : Le rapprochement avec le MoDem ne sera faisable que sur des bases programmatiques, car, pour le moment, le MoDem est une des composantes du groupe libéral au Parlement européen, soutenant souvent les orientations libérales européennes. Je suis pour le rassemblement de la gauche, je considère que c’est le moyen de reconquérir le pouvoir, je ne vois pas en quoi François Bayrou, obsédé par son seul sort, représente en quoique ce soit un vent frais dans la vie politique française. J’en ai marre de ces dirigeants politiques qui ne parlent bien que d’une chose : d’eux mêmes.
laurette : Quel sens a une rencontre « au sommet » entre Ségolène et Martine à ce moment de la campagne ?
Benoît Hamon : L’unité de socialistes.
Keller : Heu quand Ségolène Royal se déclare « disponible » pour le PS surtout quand ça va mal, elle joue à quoi ? C’est de la provoc’ permanente non ?
Benoît Hamon : A la base, les militants qui s’engagent ne se posent pas la question de savoir quelle est la sensibilité de leurs voisins socialistes. Les Socialistes qui parlent d’eux mêmes je n’en peux plus. Ce qui est valable pour Bayrou est valable également pour nous. Ce qui m’intéresse c’est de rencontrer et de parler à ceux qui sont victimes de licenciements, à ceux qui prennent la crise sociale en pleine figure et qui se sentent abandonnés de tous. La place de la gauche est aux côtés de ces millions de Français qui souffrent, nulle part ailleurs…
Liloo : Votre éventuelle accession au siège européen vous obligera-t-elle à vous défaire de vos responsabilités nationales ?
Benoît Hamon : Je suis en mandat unique, je n’ai que ce mandat. Je suis député européen sortant et je m’applique à moi-même ce que je demande aux autres, le mandat parlementaire unique.
Liloo : Un porte-parole a-t-il vocation à devenir premier secrétaire ?
Benoît Hamon : Non, il n’y a pas vocation.
Pierre : France 2 a montré que le PS avait tendu un traquenard à Monsieur Besancenot. Au PS, on en est là ?
Benoît Hamon : Un, il n’y avait pas de traquenard. Deux, je trouve qu’Olivier Besancenot a bien répondu et moi, j’ai pour habitude de ne jamais chercher querelle à un dirigeant ou à un militant de gauche quand il est aux côtés des salariés en lutte et je trouve que ces images n’étaient pas bonnes pour la gauche.
facce : Bonjour, où en est-on et quel est l’avenir du PSE ? Les Delors et Rocard y sont –ils toujours autant écoutés ?… À bientôt.
Benoît Hamon : Cela fait maintenant quelques années que Michel Rocard ou Jacques Delors ont laissé leur place à des plus jeunes quelque ait été leur contribution considérable à la construction de la sociale démocratie européenne.
« Je souhaite un candidat unique de la gauche rassemblée en 2012 »
lilian : Bonjour ! Pourquoi le PS ne s’allie pas avec les Verts ?
Benoît Hamon : Au Parlement européen, il est souvent allié avec les Verts, et mon souhait est que nous ayons en 2012 un candidat unique de la gauche rassemblée pour la prochaine élection présidentielle.
Anaïs : Le Parti socialiste est bien silencieux depuis le début de « l’affaire de Tarnac ». Vous êtes son porte-parole, pourquoi cette retenue ? Julien Coupat est emprisonné depuis plus de six mois, alors que le dossier est vide, ce que tout le monde sait grâce aux fuites publiés par Le Monde, Libé, Mediapart, Bakchich, Rue 89 … Demander sa libération serait un symbole politique fort !
Benoît Hamon : On s’est exprimé sur le sujet, sur la faiblesse du dossier, sur le fait qu’il n’y ait pas assez de charges pour qu’il soit retenu en prison et qu’à nos yeux, ce dossier relève davantage de la manipulation politique.
rezak : Il ya quelque chose que je ne comprends pas dans les attaques du PS sur le gouvernement en place : c’est que ce serait les droites européennes qui sont les responsables de la crise actuelle par la dérégulation pratiquée depuis des années, mais les Socialistes européens ont pourtant été et sont encore également les premiers à signer des deux mains les traités. Quel est le sens de cette critique si on assume pas nous-mêmes cet état de fait ?
Benoît Hamon : N’importe quoi ! Si on ne sait pas aujourd’hui regarder qui a voté des directives (les traités n’ont rien à voir avec ça), les libéralisations du rail, de la poste, des services de santé, des services sociaux, c’est à dire la droite et regarder qui s’y est opposé c’est à dire le PSE, on passe totalement à côté du bilan de la législature, on repart pour continuer comme avant ! Il ne faudra pas se plaindre dans un ou deux ans quand il y aura davantage de concurrence sociale et moins de service public. J’en ai marre de ceux qui font la leçon au PS, qui veulent « se faire » le PS parce que c’est « à la mode » et prépare, de facto, la victoire de Sarkozy.
« Les médias valorisent l’agenda médiatique de Nicolas Sarkozy
»
Liloo : Sentez-vous une pression qui tend à étouffer l’opposition en France désormais ? On entend de moins en moins la gauche sur les prises de positions gouvernementales… Un effet Sarko ?!
Benoît Hamon : Il y a clairement aujourd’hui une complicité des grands médias à valoriser l’agenda médiatique de Nicolas Sarkozy. Peu de médias exercent un réel droit de suite sur les discours, sur les promesses tenues par le candidat et les déclarations qu’il fait. Il a échoué sur le pouvoir d’achat, sur l’emploi, sur l’insécurité et pourtant les critiques s’attardent au mieux sur le style, mais jamais sur les conséquences dramatiques dans la vie des Français ou sur les choix politiques injustes qu’il a effectués.
simsim : Claude Allègre au gouvernement, c’est une bonne idée d’après vous ?
Benoît Hamon : Prendre au gouvernement le seul scientifique qui pense que le réchauffement climatique n’est pas lié aux activités humaines, en matière de profession de foi écologique, on a là la vraie révélation des convictions écolos de Nicolas Sarkozy. Bienvenue chez eux !
Mr B : Pourquoi cet assourdissant silence du PS sur TOTAL, la Perfusion Financière de la junte birmane, alors qu’en interne est disponible toute l’information sur le soutien qu’apporte cette firme française aux généraux ? Pourquoi le PS ne se désolidarise-t-il pas de la ligne Kouchner-de Margerie, qui ridiculise la diplomatie française et européenne ?
Benoît Hamon : Un, le PS a dénoncé le rapport Kouchner, ministre de Nicolas Sarkozy. Deux, nous avons dénoncé le comportement parfaitement scandaleux de la politique menée par TOTAL qui licencie mais qui continue quand même à distribuer des dividendes. Trois, c’est pour ça que nous prenons une directive européenne pour lutter contre les licenciements boursiers.
La Vast : Benoit, ne pensez-vous pas que les dernières élections pour la direction du Parti Socialiste ont traduit un conflit générationnel ? N’avez-vous pas peur que les jeunes vont, finalement, s’éloigner du Parti. Pour ma part, je suis adhérent socialiste depuis 3 ans (j’en ai aujourd’hui 25) et je ne me suis jamais senti accueilli par les "anciens" lors des réunions de sections. On a l’impression que le Parti Socialiste ne veut pas de « ses » jeunes.
Ahmed : J’ai l’impression que depuis la presidentielle, les jeunes n’ont plus trop leur mot à dire au PS. Najat, Razzy, Thomas… ils sont plusieurs à être capable de proposer mais peu d’écoute en face, mais la cata de Reims semble avoir refréné les ardeurs. J’en suis désolé, pas vous ?
Benoît Hamon : Jamais la direction n’a été aussi jeune, elle compte parmi elle des responsabilité aussi importante que Razzy Hammadi, Sibteh N’Diaye, Bruno Julliard ou encore Najat Belkacem. Ce sont les nouvelles voix du PS. Sans doute, ces voix ne portent pas encore suffisamment, sans doute, va t-il falloir accélérer le changement. Comptez sur moi.
mery stephane : Vieux militant fidèle s’ennuie de + en+ au PS. Donnez vite vos solutions avant défection. MERCI.
Liloo : L’avenir du PS vous le voyez comment, Rose ou Rouge ?
Benoît Hamon : Je vois l’avenir du PS en rose, ce qui n’empêche pas au rose parfois d’être rouge.
« Les dirigeants socialistes doivent prendre exemple sur les militants »
euskadi : Je suis socialiste et je vous demande solennellement quand notre parti et ses militants vous arrêter de faire les marioles ! Vous êtes prié de répondre sans langue de bois ni faux fuyants…
Benoît Hamon : Moi, je pense que les dirigeants socialistes doivent prendre exemple sur les militants qui n’en peuvent plus des divisions et je vous prie de croire que je suis sincère quand, de Trappes à l’Aveyron, de La Courneuve à Saint Denis de la Réunion, je rencontre des militants socialistes qui réclament seulement de pouvoir militer sans que leur paroles soient polluées par la querelle des égos de certains qui a tout miné au sein du PS, comme il y a encore quelques mois, à la fin de l’année 2008.
remez : Toujours pas de leader désigné pour 2012 ! Une élection présidentielle ne se prépare pas en quelques mois. Mitterrand a mis 10 ans pour y arriver, dès lors, ne faut il pas considérer déjà que nous aurons le choix entre la droite et la droite ?
dédé : Bonjour… Ségolène et Martine, le calumet de la paix jusqu’au 7 juin !!!! Le 8 juin de nouveau la GUERRE ???
Benoît Hamon : Je suis favorable à l’organisation de primaires à gauche pour choisir un candidat unique de la gauche, adossé à un programme commun à toute la gauche et je pense que c’est la tache urgente à laquelle le PS doit s’atteler désormais. Nous y avançons grandement actuellement grâce au travail de rassemblement consenti par Martine Aubry. Cela commence déjà à payer.
Pour dédé : Tout le monde a compris, je le crois en tout cas, que chaque épisode de division des socialistes désespère l’électorat socialiste, et que l’intérêt général est de se rassembler. S’il devait en être autrement à partir du 8 juin, sachez que je m’y opposerai de toutes mes forces.
Bakchich : Merci Benoît Hamon. Un mot de conclusion ?
Benoît Hamon : Le 8, au matin, la droite reprendra son programme de casse sociale auquel elle n’a jamais renoncé. Un dimanche électoralement chômé le 7 juin, c’est la promesse de beaucoup de dimanches travaillés à partir de cette date. Donc, le 7 juin, voter social, c’est voter socialiste. Merci à toutes et à tous. Bonne journée !
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