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Comment Sylvestre Verger, ancien camionneur, a mis la main sur le musée du Sénat

Décidément, on écrit trop à la Haute Assemblée. Durant la campagne pour la présidence du Sénat, durant l’été dernier, Georges Eric Touchard écrivait une longue note confidentielle à Gérard Larcher, alors candidat aux fonctions de Président du Sénat, deuxième personnage de l’Etat.

Cette missive comprenait de judicieux éclairages sur les dissensions du camp adverse (mais de droite quand même) et sur le jeu trouble de l’ancien conseiller de Christian Poncelet, le très chiraquien Philippe Massoni., à mi chemin des Loges et des barbouzes. Depuis, Massoni a été congédié. Et au détour de cette note, Georges Eric Touchard conseillait à Gérard Larcher d’être très prudent sur un certain nombre de dossiers sensibles. Dont celui, ô combien délicat, du musée du Sénat.

Le 7 août 2008, dans une note à Gérard Larcher, alors candidat à la présidence du Sénat, son conseiller, Georges-Eric Touchard lui signale que la gestion du musée pouvait faire l’objet de vives critiques à l’avenir. - JPG - 81.3 ko
Le 7 août 2008, dans une note à Gérard Larcher, alors candidat à la présidence du Sénat, son conseiller, Georges-Eric Touchard lui signale que la gestion du musée pouvait faire l’objet de vives critiques à l’avenir.

Raspoutine chez les Medicis

Dès l’été 2008, les mises en cause du gestionnaire du musée, Sylvestre Verger, étaient en effet nombreuses et graves. La principale commissaire des fort belles expositions du Sénat (Raphael, Veronèse, Botticelli, Titien…), Patrizia Nitti, qui a ses entrées dans les plus grands musées italiens, avait démissionné de ses fonctions et porté plainte devant la juridiction administrative. Les surintendants des musées italiens, qui avaient rendu possible ces opérations prestigieuses, avaient démissionné, eux, en bloc du comité scientifique.

Ne restait en piste que Sylvestre Verger, à l’origine camionneur, par ailleurs rusé et actif, qui se retrouve, par les hasards de l’histoire, projeté au Royaume de la Renaissance italienne, à laquelle est dédié le musée du Sénat. Rastignac projeté chez les Medicis, est devenu, en tout cas au fil des années, le seul maître à bord dans ce superbe musée. Madame Nitti concevait les expositions et lui, vendait la billetterie et comptait les sous.

Gérard Larcher était prévenu, le dossier ne sentait pas bon. D’autant plus que le départ de madame Nitti avait été suivi par celui du conseiller culturel de Christian Poncelet, Yves Marek, énarque et fin diplomate. Lequel Marek, scandalisé par les agissements de Sylvestre Verger, portait plainte, lui aussi, contre lui.

Et bien, depuis son élection à la tête du Sénat, le président Larcher ne s’est pas montré, outre mesure, troublé par tout ce charivari. Préparant d’ores et déjà sa réélection, le patron du Sénat ne veut rien faire qui puisse fâcher les grands féodaux. Et ces derniers sont plusieurs à protéger le gestionnaire du musée, Sylvestre-Rastignac, qui a su se rendre indispensable au sein du sérail.

Des Medicis aux Borgias

Pour l’instant, Gérard Larcher s’est donc contenté, depuis son arrivée, de commander un audit sur le fonctionnement du musée. Ce qui était bien le moins, alors que des plaintes pour escroquerie et abus de confiance avaient été déposées et que la preuve était apportée que le domicile de madame Nitti avait été surveillé par des détectives privés. En Italie, les conservateurs qui l’ont approché ne l’appellent plus que « Silvestre, le pittoresque ».

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Gérard Larcher, un esthète au Sénat
© Nardo

Interrogé sur l’avenir du gestionnaire actuel, Sylvestre Verger, par les journalistes du Bakchich, qu’il recevait le mercredi 20 mai à la Présidence, Gérard Larcher répondait : « J’attends les résultats de l’audit pour me déterminer ; le rapport devrait être début juin » Le même Larcher se montrait beaucoup moins bavard sur la lettre de quatre pages, publiée par Bakchich, que lui avait adressé son secrétaire général, Alain Delcamp. Lequel expliquait benoitement qu’il fallait, préalablement aux résultats de l’audit, obtenir un accord entre le bureau du Sénat et Syvestre Verger. « Cette note n’engage que son auteur », se contentait de nous répondre Gérard Larcher.

Pas sûr qu’il soit, sur le fond, très éloigné de son secrétaire général. Monsieur Larcher écrivait en effet, le 10 février 2009, au ministre italien de la Culture, que les difficultés rencontrées par le Musée ont eu pour origine « une dissension purement privée » entre M. Verger et Mme Nitti. Qu’en termes courtois, « une dissension privée », sont présentées des plaintes pour escroquerie et violation de vie privée !

Discrètes protections

Étrange maison, où les audits supposent l’accord préalable de la personne auditée. Surprenante gestion sénatoriale, où l’on assiste, ce mardi matin, à une conférence de presse de Silvestre Verger à la Présidence du Sénat. Et où on l’entend annoncer une exposition « Louis.C Tiffany, couleur et lumière » pour l’automne 2009. Et cela, avant même que les résultats de l’audit sur la gestion contestée du musée aient été rendus publics. Et avant que ne soit connu, fin juin,le rapport d’expertise, demandé par le Parquet dans le cadre d’une enquête judiciaire !

Le bureau du Sénat doit se réunir, le 3 juin, qui devrait donc avaliser les projets de monsieur Verger. Comme le confiait ce dernier récemment à un proche, « je ne crains rien, je suis protégé par les Francs Maçons » C’est dire si au Sénat, la fraternelle la plus puissante de la République, le sieur Verger n’est pas isolé.

Ces dernières semaines, le questeur René Garrec a apporté un soutien inconditionnel à Verger, comme en témoigne la note manuscrite ci dessous. L’auteur en est le directeur de cabinet de Gérard Larcher, Jean Louis Schroedd-Girard, après un entretien avec Philippe Roux-Comoli, l’ancien directeur de cabinet adjoint de Poncelet placé par ce dernier à un poste sensible dela Chancellerie. Un petit monde. On y apprend au passage qu’Yves Marek, l’allié de madame Nitti, se bat pour une juste cause !

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Dans une note du 13 octobre 2008, le plus proche collaborateur de Gérard Larcher souligne les liens entre Verger et un des trois questeurs du Sénat - JPG - 51.8 ko
Dans une note du 13 octobre 2008, le plus proche collaborateur de Gérard Larcher souligne les liens entre Verger et un des trois questeurs du Sénat

Ces protections ne datent pas d’aujourd’hui. Durant l’hiver 2008, Madame Nitti, toujours en fonction, commençait à trouver saumâtre que son « associé », le bon Sylvestre, ne lui fournisse toujours pas les comptes de l’exposition Titien et prétende s’octroyer un salaire exorbitant.

Le 9 avril 2008, Christian Poncelet, alors président, réunissait l’ensemble des responsables du musée en présence de la questure et leur demandait de respecter le contrat passé. A ces mots, Sylvestre Verger fait un bond, se lève et martèle : « Quand je dis non, c’est non » Un peu étonné, Poncelet se penche vers son directeur de cabinet, Jean Cabannes, échange quelques mots et se rallie finalement aux thèses du gestionnaire du musée. Madame Nitti sera condamnée au départ.

Et la superbe exposition sur « le Trésor des Médicis » , que madame Nitti avait commencé à mettre sur pieds, perdue à jamais.

Lire ou relire sur Bakchich :


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