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Alain Bauer : « Les textes sur le terrorisme sont mal faits »

Le making-of

Trois questions à Alain Bauer

L’intégralité du chat d’Alain Bauer avec les internautes de Bakchich

Nicolas Beau : Bonsoir à toutes et à tous, nous avons le plaisir d’accueillir Alain Bauer. Bonjour à tous..

azerty : votre parcours ?

AB : J’ai été un étudiant en droit constitutionnel. Je me suis tourné vers la criminologie. J’ai été militant, notamment auprès de Jean-Pierre Chevènement, puis de Michel Rocard. J’ai quitté le PS quand ils ont viré Rocard. Je ne suis plus militant d’aucun parti. J’interviens dans des écoles, notamment, et je suis également consultant..

"L’insécurité est un thème sans contenu"

Toulonais : Alors ? Soyez une fois pour toutes clair ! L’insécurité est-elle en hausse ou pas ? Et est-ce que les politiques sécuritaires mises en place depuis Sarko place Beauvau ont-elles eu un effet bénéfique ?

Alain Bauer (AB) : L’insécurité est un thème sans contenu. Dans la criminalité il y a trois catégories : atteinte aux biens, atteinte aux personnes et escroquerie financière. L’atteinte aux biens diminue. L’atteinte aux personnes est plutôt en hausse. Il y a eu plus de violence physique. Aujourd’hui, c’est l’augmentation des violences non crapuleuses, c’est à dire sans volonté de s’emparer d’un objet ou d’argent. Une violence, pour un regard, par exemple. Cette violence augmente donc régulièrement depuis une dizaine d’années. Sarkozy a été efficace sur les atteintes aux biens. Il a été efficace dans les centre-villes également. Depuis 15 ans le problème de la violence physique n’est pas résolu..

LN : En quoi consiste exactement votre rôle ?

AB : L’Observatoire a le monopole du contrôle des statistiques sur la violence, la délinquance, les enquêtes sur les victimes, etc. Le criminologue explique ce qui change et ce qui évolue. On compare les témoignages et la chaîne pénale, par exemple. Nous allons avoir une continuité entre l’évènement et la décision définitive.

DELOS : Quel est votre avis sur la coïncidence quasiment permanente avec le parti au pouvoir de délivrer des chiffres (toujours en hausse) de l’insécurité les veilles d’élections ? De qui se moque t-on ?

AB : Nous livrons des chiffres tous les mois, élections ou pas. Ce qui compte, en matière d’influence sur l’opinion publique, c’est le fait divers. J’habite à Littleton dans le Colorado ; il y a eu un massacre là-bas. Pourtant, la même année, la violence dans les lycées avait baissé. C’est le problème des médias…

"Je suis surpris que le PS perde la moitié de ses voix"

josé : que pensez-vous des résultats des élections européennes ?

AB : Je suis surpris que le PS perde la moitié de ses voix et de ses sièges alors que nous sommes en période de crise et que nous avons un gouvernement qui annonce clairement sa politique…

poussin : par rapport aux dernières élections européennes, existe-t-il à votre niveau une collaboration avec d’autres services de pays de l’UE pour trouver des solutions communes et intelligentes sur la question des sécurités intérieures ? LOveU : Vous êtes la cible de beaucoup de critiques, vous atteignent-t-elles ?

AB : Je trouve cela bien que l’on me critique. Avec certaines personnes, nous avons des désaccords, mais leurs arguments sont respectables. En revanche, il y a parfois des commentaires sur ma propre vie, et là, c’est une déception. J’ai rendu publique mon appartenance à la franc-maçonnerie. Je suis contre la clandestinité…


poussin : par rapport aux dernières élections européennes, existe t-il à votre niveau une collaboration avec d’autres services de pays de l’UE pour trouver des solutions communes et intelligentes sur la question des sécurités intérieures

AB : Il y a plein d’outils, mais un peu bureaucratiques, lourds. D’autres sont plus légers, plus souples, qui fonctionnent à partir du réseau professionnel. Pour ce qui est du travail en commun, les observatoires se rencontrent régulièrement. Les plus intéressants sont au Canada et aux États-Unis. La statistique criminelle est un univers plus large que l’Europe. Il y a aussi des travaux au niveau ministériel pour ce qui concerne l’Europe…

"Nous sommes dans un système qui parle beaucoup et qui fait peu"

zozo : pensez-vous qu’il faut toujours stigmatiser les mineurs ou faut-il aussi condamner les parents ?

AB : Je ne pense que l’on ait des parents laxistes ou démissionnaires, nous avons des parents licenciés de leurs activités de parents, au chômage, par exemple. Il y a des ghettos spécifiques qui génèrent de la violence. Nous sommes dans un système qui parle beaucoup et qui fait peu. L’exclusion, par exemple, il faudrait faire l’inverse ! Il faut les obliger à venir à l’école le week-end et les vacances. L’absentéisme scolaire est important, même s’il est difficilement quantifiable. Pour la violence de voie publique, il y a une corrélation entre absentéisme dans les écoles voisines..

raymond : On vous prête un rôle important dans la mise en avant médiatique de la "mouvance anarcho-autonome" . Que pensez vous du maintien en détention de Julien Coupat pendant 6 mois pour une affaire qui a tout du montage policier ?

AB : Je ne connais pas Julien Coupat. Mon activité essentielle d’universitaire a été de lire un livre. J’ai trouvé ce livre très bien. Il y a une partie théorie sulfureuse et une partie mode d’emploi. Cela ressemblait beaucoup aux textes des premières Brigades rouges, celles qui ne tuaient pas. Cet ouvrage me rappelle cela. Je n’utilise pas ces termes tel que « anarcho-autonome ». Je dis aux gens autour de moi de lire ce livre d’ailleurs. Je ne suis pas magistrat, je ne peux pas dire s’il devait aller en prison. Il y a la loi pour définir le terrorisme. Les criminologues, eux, ont une idée de ce qu’est le terrorisme. La frontière entre résistance et terrorisme est difficile à définir. L’article du Code pénal consacré au terrorisme est mal rédigé. Personne n’a traité ce sujet. Et ce sujet ne semble intéresser personne. En l’état des textes, le juge peut faire ce qu’il veut d’une certaines manière. Les journalistes et les commentateurs devraient s’intéresser au texte…

"J’ai une relation amicale avec Nicolas Sarkozy, mais il n’est pas mon patron…"

Babcoucka : Avez vous une satisfaction personnelle à être le "monsieur sécurité" de l’Elysée ?

AB : Je n’ai pas cette fonction. J’ai une relation amicale avec Nicolas Sarkozy, mais il n’est pas mon patron.

P.R.O.F.S : Je suis professeur de géographie à Torcy et avec mes collègues, nous regrettons que le gouvernement songe à la mise en place de portiques à l’entrée des écoles et collèges ? Le gouvernement a t-il renoncé définitivement à la prévention ? Merci monsieur.

AB : Il y a une sorte de sur-mesure dans les dispositifs de prévention. On retrouve déjà beaucoup de choses et il y a des endroits où cela est nécessaire. Il faut trouver un équilibre, dans le système éducatif, comme ailleurs. Il faut construire un outil adapté au problème..

gloria : Pour ou contre la détention des mineurs de 14 ans ? Votre position sur l’intervention de policiers capables d’interpeller des enfants en âge d’aller en classe de maternelle ?( !)

AB : On peut déjà enfermer des mineurs de 14 ans. La loi fixe un niveau de discernement. Il faut réduire au maximum la faculté de mise en détention des mineurs. Le niveau de discernement est à l’appréciation du juge. On peut imaginer que l’on peut aller jusqu’à 12 ans. Le Code pénal donne déjà beaucoup d’outils. Je ne suis pas favorable à ce que l’on mette les mineurs en prison, mais cela dépend de ce qu’ils ont fait. Il faut une politique cohérente avec le fait tel qu’il a été enregistré…

Ggeg : Des terroristes comme Carlos ou ceux du Hezbollah qui communiquent avec les représentants d’une certaine liste candidate aux européennes, ca vous inspire quoi ?

AB : Le Hezbollah, c’est très compliqué, il ne faut pas le mélanger avec le reste. Carlos s’est beaucoup expliqué. Je ne suis pas choqué que des prisonniers s’expriment. C’est le cas de Rouillan par exemple.

Rateau07 : Bonjour, faites-vous une différence entre travailler pour un gouvernement de gauche ou de droite en matière d’insécurité ? En quoi le PS et l’UMP abordent la question différemment ?…

AB : La droite a pensé que l’insécurité était un élément naturel de son champ et donc n’a pas vraiment réfléchi dessus. Et la gauche a pensé longtemps que ce n’était pas son sujet. Quelques parlementaires, pourtant, comme Manuel Valls, ont pourtant de bonnes connaissances à ce sujet. Les grands ministres de l’intérieur, c’est Joxe, Chevénement, Sarkozy.

K. : Avez-vous peur de l’extrême gauche ?

K. : Pensez vous qu’on puisse qualifier de terrorisme le fait de couper le courant sur une ligne de trains ? Ou alors est-ce vouloir renverser l’Etat qui est du terrorisme (et alors il faut enfermer le NPA) ?

AB : Les organisations ne sont pas terroristes. Elles le sont quand elles veulent tuer quelqu’un. Pour ce qui est du sabotage, la loi fixe des limites.

Merci Alain Bauer. Le mot de la fin ?

AB : Je trouve intéressant de pouvoir dialoguer directement avec des gens et de répondre à leurs questions..

À lire ou à relire sur Bakchich.info :


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