Vous êtes ici
Bakchich et Dédé Santini, une histoire d'amour vache
André Santini a perdu, lors du mini remaniement ministériel de Nicolas Sarkozy en juin dernier, son poste de Secrétaire d’Etat à la Fonction publique. Une sacrée perte ! Mais qui s’est associée à une récompense des plus bienvenues. Le maire d’Issy-les-Moulineaux, bourgade de la banlieue sud parisienne, vient de récupérer son maroquin de député des Hauts-de-Seine – qui était occupé depuis juin 2007 par Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Une consolation, qui, fut-elle maigre, a l’avantage du prestige du titre : député-maire, de l’attrait de la fonction, et surtout de l’immunité parlementaire.
Fort sensible à ces changements, André Santini a eu un léger coup de sang. Suffisant en tous cas pour se lancer dans une attaque forcenée contre ses tourmenteurs, à commencer par Bakchich.
Car Dédé n’a pas apprécié que, dans un article paru le 1er juillet dernier dans Bakchich et Siné Hebdo, intitulé : « André Santini, par Issy les amis fayots », on s’intéresse à sa ville. Dédé n’a pas goûté que dans cet article, soit mentionnée la triple fonction d’une de ses proches, Mme Claire Guichard, à la fois adjointe déléguée à l’Office de tourisme, Présidente dudit office et de l’Imcal, deux associations de voyage et loisirs d’Issy. Dédé n’a pas plus apprécié que soient indiquées, dans le même article, les subventions municipales, conséquentes – autour de 250 000 euros chacune par an –, perçues par ces deux associations. Et Dédé n’a pas apprécié non plus que, documents à l’appui, soit indiqué comment Présidente et directrice de l’Imcal et de l’Office de tourisme (Mmes Claire Guichard et Marie-Claude Bellon) gèrent, assez mal, cet argent public.
Tout énervé et délesté de son légendaire sens de l’humour, Santini a, avec Mmes Guichard et Bellon, déposé une plainte pour recel et vol de documents à la mairie d’Issy-les-Moulineaux, au commissariat d’Issy. Des documents dont feraient partie ceux publiés dans Bakchich et Siné. Et c’est ainsi que, à peine l’enquête préliminaire ouverte, dans l’après-midi du mercredi 22 juillet, deux policiers frappaient à la porte de nos bureaux pour remettre une convocation à l’auteur de l’article insolent. Un « rendez-vous » avec la section enquêtes et recherches de la Police Judiciaire (PJ) des Hauts-de-Seine, fixé vendredi 24 juillet, et auquel Bakchich s’est rendu. Et bien entendu, s’est borné à invoquer le secret des sources. En attendant la suite.
Ce n’est que le début de l’enquête. Et la continuité d’une histoire, déjà ancienne, entre Santini et Bakchich : six articles, deux droits de réponse, une journaliste sèchement éconduite, et désormais, une plainte. Voire plus, si affinités. Car selon le commissariat d’Issy, Santini aurait en fait déposé, non pas une, mais trois plaintes, suite à la publication de l’article. La première pour vol et recel, donc, une autre pour « diffamation », et l’ultime pour « atteinte à la personne ». Il faut croire que Môssieur nous en veut… A cause de notre dernier article bien sûr, mais aussi, sans doute, des précédents. L’occasion de s’offrir le rappel de nos aventures passées.
Ode à l’odieux Santini
Tout a commencé par un portrait. Ou plutôt une ode à « l’odieux » Santini, publiée le 13 octobre 2007. Où l’on rappelle quelques-unes de ses manoeuvres, politiques et financières, soupçonnées ou avérées. Exemple, la construction, plus que bancale, à Issy-les-Moulineaux : « À force de construire à tout va, il reste peu de place pour les services publics - largement privatisés (crèches, ressources humaines de la mairie, parkings, piscines…) via des contrats de délégation qui, selon la cour des comptes, « préservent mal les intérêts de la commune » et présentent « des incohérences » dans leurs « comptes-rendus financiers ». » Et Bakchich de rappeler l’intérêt, ancien, d’André Santini pour la pierre. Dédé avait défendu un amendement, qui fut voté en 1994, et qui constituait concrètement une amnistie des délits commis entre janvier 1993 (loi Sapin) et février 1994 (nouvelle loi).
Notre portrait relatait également « l’affaire Thinet » (1991). « Une feuille du pavé Elf », ou les petits arrangements entre André Santini, Elf et Thinet, qui rapporteront 95 millions de bénéfices à Thinet, une entreprise où a travaillé Dominique Santini, le frère d’André.
Une autre affaire dont notre ode s’est fait l’écho, et qui valu à Dédé Santini une mise en examen, un sinistre jour de juin 2006, l’affaire Hamon :
« En 2000, pour gérer une collection d’oeuvres d’art contemporain donnée par Jean Hamon (un riche promoteur immobilier), le conseil général et la ville d’Issy, avec toujours Pasqua et Santini aux manettes, avaient créé un syndicat mixte chargé de monter un projet de fondation culturelle. La justice soupçonne des malversations au fil des années, avec notamment le versement, pour des raisons obscures, de 750.000 euros par le syndicat mixte au donateur. Le projet de la « fondation Hamon » semble définitivement bloqué depuis 2004 après des recours d’écologistes locaux. Le maire n’est pas le seul enchristé puisqu’à ses côtés sont mis en examen Hamon lui-même, Pasqua, Bernard Bled (ex-bras droit de Jean Tiberi à la mairie de Paris et DGS du conseil général au moment des faits) et quelques autres vertueux. »
Une affaire qui n’a pas empêché André Santini d’être nommé, en juin 2007, secrétaire d’Etat à la Fonction publique. Pourtant, l’affaire Hamon n’a pas encore été jugée. Et a peu de chances d’aboutir rapidement. Car, comme l’indiquait le JDD dans son édition du 21 mars 2009, « la cour d’appel de Versailles vient quasiment d’enterrer le dossier. »
Les mauvais gaz de Dédé
Notre ode à « l’odieux », qui met franchement en cause André Santini, n’entraîna, de mémoire, aucune réaction de sa part. La chance de la première fois, peut-être… Car notre deuxième article, publié dans Bakchich en novembre 2007, provoqua, lui, plus de remous. Intitulé « Les mauvais gaz d’André Santini », l’article relate une bizarrerie qui interpelle. La location, par Santini, d’un « prototype, propriété de PSA, inlouable, à une société qui ne loue pas de véhicules particuliers mais fournit une facture (sans contrat de location) pour une somme modique. » Et l’article d’expliquer : « De là à en déduire que le bon Dédé a bénéficié d’un gentil prêt de l’engin de la part de PSA et qu’il a maquillé l’opération en location, il y a un pas. Qui, s’il est franchi, aura de fâcheuses conséquences. Car si prêt il y a eu, de la part d’une entreprise, Santini a enfreint le code électoral qui proscrit tout don ou prêt de personne morale. Sous peine d’inéligibilité… ».
Suite à la publication de l’article puis du rendu du jugement du Conseil Constitutionnel, Dédé nous adressait un droit de réponse, que nous publiions. Dans sa lettre, Santini se plaignait d’abord que Bakchich n’ait pas davantage relaté la décision du Conseil de débouter « ses adversaires socialistes » qui l’avaient poursuivi. Et laissait sous-entendre que nous nous étions acoquinés avec le parti socialiste des Hauts-de-Seine.
Rien de trop méchant pour un pas content.
Pas d’eau dans le vin de la mairie
Suite des aventures, en février 2008. Lorsque, pour la première fois, nous rencontrons Dédé. Un tête à tête mémorable, qui ne dura malheureusement que quelques trop courtes minutes.
L’interview portait, entre autres, sur le coût de l’eau en Ile-de-France, jugé beaucoup trop élevé par la chambre régionale des comptes et l’association de consommateurs UFC-Que Choisir. Coût dont il est en partie responsable, en tant que Président du syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif) depuis 1983.
Sans pouvoir poser plus de trois questions, la journaliste de Bakchich s’était rapidement fait allumer :
« Mademoiselle, je vous en prie, vous êtes d’une rare grossièreté, alors renseignez-vous avant de nous insulter. Mais oui, qu’est-ce que c’est que ce… hein ! » (voir la vidéo).
C’était en février 2008, Dédé était encore au sommet de sa forme. Apparemment, la perte de son maroquin de Secrétaire d’Etat à la Fonction publique l’a rendu un peu plus chatouilleux.
Lire ou relire sur Bakchich.info :














