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Dans les vergers, partie de cash-cash avec l'Etat français
La campagne européenne avait paru particulièrement morne : pas ou peu de débats, des enjeux difficiles à cerner … Et au final l’UMP qui fanfaronne sur une victoire « historique ». Sur tous les plateaux de télé, Michel Barnier, tête de liste, et plutôt discret ministre de l’Agriculture, affiche le soir des résultats un très large sourire. Il faut dire qu’il a su, juste avant que la campagne ne commence, déminer un dossier potentiellement explosif : celui du contentieux avec Bruxelles autour des aides versées aux producteurs de fruits et légumes. Une affaire plutôt embarrassante pour le gouvernement qui sait, depuis janvier, que Bruxelles l’a condamné à rembourser des sommes qui, intérêts compris, s’élèvent aujourd’hui à 500 millions voire 700 millions d’euros, selon Les Echos. Pas tout à fait une broutille pour une filière asphyxiée.
Des aides bien dissimulées
Versées par l’Etat français entre 1992 et 2002 aux producteurs de fruits et légumes, ces aides, initialement provisoires, ont un petit peu duré… et ont toujours été dissimulées à la Commission. Et pour cause. Dès qu’elle en a pris connaissance, alertée par un exploitant du Roussillon en bisbille avec un confrère, Bruxelles les a jugées anti-concurrentielles.
Depuis des années, les ministres de l’Agriculture successifs savent que la sanction est inévitable. Aussi, lorsque fin janvier la décision de la Commission de demander à l’Etat de se faire rembourser ces subventions déguisées, l’urgence est d’éviter que les agriculteurs défilent dans la rue à la veille du scrutin européen. Pour gagner du temps, alors que tout le monde sait que les jeux sont faits, Barnier dépose donc un recours début avril – bon timing les élections sont début juin - devant la Cour européenne de justice pour contester le montant exigé par Bruxelles. Un ministre aux côtés de ses agriculteurs, prêt à batailler contre l’infâme technocratie bruxelloise ! La profession attend et la question est tout simplement escamotée durant la campagne.
Mais voilà, une fois les places au Parlement distribuées, le discours change. Le tout nouveau ministre Bruno Le Maire qui a succédé à Barnier tranche le débat lundi dans Le Parisien, sans trop de précautions oratoires. « Il est certain que nous devrons engager une procédure de remboursements auprès des producteurs », indique-t-il avec aplomb. Certes, il continue à affirmer qu’il va tenter de négocier une ristourne et que la procédure se fera naturellement « au cas par cas » mais les producteurs se sentent, on s’en doute, roulés dans la farine.
Les producteurs en ont gros sur la patate
Pour se faire une idée, en images, de cette difficile situation, Bakchich a rencontré Joseph Rousseau, producteur de fruits et légumes en Bretagne. Egalement président du comité économique de la filière légumière bretonne, il entend discuter et trouver des solutions, mais prévient : les producteurs ne rembourseront rien et le feront savoir. Un reportage de Gaëlle Corvest.
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