Vous êtes ici

« Bienvenue à Sans-Papiers Plage »

« Bienvenue à Sans-papiers Plage ». L’écriteau d’accueil du campement, boulevard du Temple, fait rire jaune. Et n’attire pas franchement les touristes en vadrouille. Pis, il pourrait être le point de départ d’un étrange circuit. Sur l’axe intérieur parisien qui relie la place de la République à la porte de Clignancourt. Avec pour horizon, le sac de nœuds des régularisations par des haltes sur trois lieux d’occupations.
Dont chacune a sa spécificité de lutte : battre le trottoir pour exister, tenir son lieu de travail avec l’aide de la CGT, fédérer les acteurs publics en créant un « Ministère de la Régularisation ».

Bakchich a mis les bottes. Sorti la machette de l’information. Prêt à arpenter la route pour prêter l’oreille à ces différents éclats de voix.

Campement de sans-papiers - JPG - 55.3 ko
Campement de sans-papiers
© Nardo

Bourse du Travail du IIIème : seuls contre tous

A deux pas de la Place de la République. Ils ne sont plus que 63 sans-papiers à occuper le bitume. Dont une femme était présente ce jour là. Après avoir été, il y a moins d’un mois, plus de 400. Délaissés par la Coordination Sans-Papiers 75 (CSP75) le 17 juillet dernier suite au retrait des lieux moyennant l’engagement pris par la préfecture de procéder à l’examen de 300 dossiers.

Une trahison pour les derniers occupants rebaptisés CSP Solidaires de Paris et pour son délégué Haidara qui « récuse le choix fait par la CSP avec qui nous n’avons plus rien à voir » car « ils ont dressé une liste de 300 noms tenue secrète ». Avant d’ajouter : « quand les premières convocations ont commencé à arriver, nous avons pu constater qu’il y en avait qui étaient pour des personnes que nous n’avions jamais vues, ni à l’occupation, ni aux manifestations, ni sur le trottoir. » Et se souvient du mot d’ordre de la CSP75 ce jour-là qui de son mégaphone prévenait : « Qui ne quitte pas le trottoir ne fait plus partie de la CSP 75 ! ».

Principalement d’origine malienne et sénégalaise, aucun des 63 sans-papiers n’a depuis reçu de convocation de la Préfecture. L’effervescence des premiers jours de l’évacuation est passée. Les caméras se font moins nombreuses et les soutiens rares. « Deux militants de la CGT sont venus nous parler », sans donner suite. Les sans-pap’ récusent la politique du cas par cas prônée par la CGT dont les aides matérielles, d’expertise, de montage de dossier se font sur les lieux de travail en grève. En affirmant ne pas bouger tant « que les 63 seront pas régularisés ».

Car la plupart n’effectuent que des tâches journalières de 2 à 3 heures. De cet isolement dans leur métier et des réseaux associatifs naît un dénuement et une précarité extrême sur le trottoir boulevard du Temple. Non loin de ressembler, pour certains traits, aux occupants intérimaires d’Adecco à deux pâtés de maisons. Qui ne se côtoient pourtant pas.

La longue marche des intérimaires

9 boulevard de Magenta. De l’autre côté place de la République. 32 salariés sans-papiers occupent depuis 11 mois le local de l’agence d’interim Adecco. 24 ont rempli des formulaires CERFA, ces actes à fournir en vue d’une régularisation par le travail. 6 sont en passe de les avoir pour monter un dossier et 2 n’ont actuellement rien. En plus d’une promesse d’embauche nécessaire de l’employeur dont aucun n’a trace.

Tous ont un arrière goût amer à la bouche. Car les preuves à fournir pour les demandes en CDD datent d’une circulaire de décembre 2008 qui exige en plus des requêtes habituelles : un contrat de mission en bonne et due forme, 910 heures de travail sur les six derniers mois et une présence en France depuis 5 ans. Pour obtenir une carte de séjour « salarié » qui n’a jusque alors jamais été accordée. Nicolas Sarkozy refusant d’ajouter des précaires aux précaires actuels dont il peine déjà à en limiter le nombre. Plus de 20% de la population active.

Et de se sentir doublement victime : face aux sans-papiers en CDI dont l’application de l’article 40 de la loi a facilité les démarches de régularisation. Peu étonnant donc, que les 2000 revendiquées par la CGT appartiennent à cette catégorie de travailleurs. Victimes collatérales également de la médiatisation des récents événements « boulevard du Temple » avec lesquels ils n’ont ni contact ni amertume particulière. Si ce n’est la détresse d’un abandon dans le temps dont l’un des grévistes nous dit « attendre des nouvelles de Michel Bulawa », le délégué syndicat de la CGT de la branche intérimaire. Avec qui nous n’avons pas réussi à prendre contact. Ce qui tranche avec l’effervescence du nouveau camp installé à moins d’un kilomètre en haut du boulevard Barbès.

Rue Baudelique : « Ministère de tous les sans-papiers » ?

Dans un énorme hangar de la Caisse primaire d’assurance maladie, près de 1200 sans-papiers, pour la plupart anciens du boulevard du Temple, campent depuis presque un mois sous l’œil attentif des délégués associatifs de la Coordination 75 (CSP75). Ceux-là même accusés de traîtrise par les 63 derniers occupants de la Bourse du Travail. Et ennemis congénitaux de la CGT. Par la revendication d’un droit à la représentation des travailleurs sans papiers isolés. Manière courtoise de dire que le syndicat cégétiste n’a pas le monopole du cœur du mouvement insufflé le 15 avril 2008.

10 des 300 dossiers sont actuellement à l’étude et 176 sans-papiers ont été convoqués à la Préfecture de Paris. Faible résultat au vu des promesses faites à Djibril Diaby, porte-parole de la CSP75, le 17 juillet dernier au moment de quitter le bitume de l’Avenue du Temple. Initiateur du « Ministère de la régularisation de tous les sans-papiers », la CSP75 souhaite modifier son image de mauvais garçon de la régularisation.

Ce slogan, censé fédérer les différentes sensibilités, du NPA aux Verts en passant par la CGT, « Droit Devant ! », RESF et le Parti de Gauche, montre que les acteurs qui ont soutenu l’occupation avancent actuellement à fleurets mouchetés. Humant la délicate et attentionnée tentative de récupération suite à la première phase de médiatisation.

Aux dires d’un des militants actifs en aide aux sans-papiers, il voit « passer de temps en temps des militants du NPA, de RESF, d’autres associations, de la CGT Nettoiement et de la section locale du XVIIIème ». Des drapeaux du NPA ornent la salle principale du hangar. Peu étonnant que le Parti de Gauche souhaite ainsi que « cette occupation initiée par le CSP75 […] s’inscrive dans un plus large rassemblement de toutes les formes de lutte pour la régularisation des personnes sans-papiers, sans exclusive d’aucun des syndicats, partis politiques, associations. Tous ont en revanche condamné la décision du Tribunal de Paris « d’exclusion des occupants » dans un délai de deux mois. Les sections locales CGT se disant prêtes à intervenir auprès de leur direction en cas d’expulsion.

Fin de circuit. De la triste affluence de « Sans-Papiers plage » subsiste l’humour, en cache-misère au désespoir.

A lire ou relire sur Bakchich.info


Près de trois ans après l’occupation du gymnase de Cachan par des sans-papiers qui réclamaient leur régularisation, la Bourse du travail du 3e arrondissement de Paris est le théâtre d’un étrange (…)
Je te tiens, tu me tiens… Après avoir utilisé pendant des années des sans-papiers, des petits patrons sont aujourd’hui « solidaires » et veulent la régularisation de leurs salariés sans-papiers. Les autres employeurs se taisent pour l’instant ou, comme (…)

C’est l’histoire de salariés sans papiers qui se battent pour être régularisés, d’un conflit social et d’un syndicaliste qui se retrouve attaqué en diffamation par l’employeur de ces grévistes d’un nouveau (…)

En matière de reconduite à la frontière, le ministre de l’Immigration s’est targué d’avoir pulvérisé ses objectifs. Brice Hortefeux a été plus discret sur les régularisations…