Vous êtes ici

Les élus à la casse

« Qu’on leur laisse leur bagnole ! ». Barre blaguait à peine quand on évoquait déjà dans la campagne présidentielle de 1988 l’urgence de réduire le nombre d’élus dans ce pays. Car s’ils se payent souvent de grands mots pour défendre leur condition, nos politiques, en réalité, ne tiennent jamais à hypothéquer leur confort. Plus de vingt ans après, l’urgence est toujours là. En pire !

Régions, départements, municipalités, communautés de communes, communautés de pays, communautés urbaines, parcs régionaux même : un véritable souk où l’on ne marchande pas la dépense. Il suffit de voir les panneaux au bord des routes : les communautés de communes ont surgi de partout logées parfois dans des hôtels d’un luxe inconvenant.

On ne sait plus à quoi sert un conseiller général mais subsistent encore plus de 4000 cantons hérités du Consulat. Paris, peu le savent, marche à deux vitesses : conseil municipal un jour, conseil général un autre jour, double mandat pour ses élus, par ici la monnaie ! Guyane, Réunion, Martinique, Guadeloupe : quatre départements d’outre mer, quatre régions ! Merci Mitterrand !

Nous détenons le record du monde du nombre d’élus au mètre carré que gauche et droite peuvent se partager. Sarkozy veut tailler dans le vif. Passer de 6000 à 3000 élus en cinq ans. S’il va jusqu’au bout de ce marathon, faudra lui tirer notre chapeau. Car on entend déjà les cries d’orfraie. La République menacée ! Nos élus martyrisés ! Le sénat outragé ! Dans ce sénat qui ne déçoit jamais, trente présidents de conseil général qu’on n’y voit rarement mais qui vont maintenant rappliquer.

Le corporatisme politique va se déchaîner. Osez le contester ? Ils vous taxeront de populiste. On connaît leur rengaine. Qu’avec ses 140 milliards de dette, la France vit au dessus de ses moyens, n’est pas leur problème. Certains de nos politiques ressemblent à ces petits bourgeois qui, selon le mot d’Emmanuel Berl, « ne prétendent pas que les choses aillent bien, simplement qu’elles ne peuvent aller mieux ! »

Tant pis, Sarkozy a raison : les Français là lui donneront raison. Que nos politiques nous épargnent le spectacle de leur indécence. Et puis si l’on ne peut pas leur laisser leur bagnole, contentons-les avec une prime à la casse !

 - JPG - 65 ko
Dessin de Nardo

A lire ou relire sur Bakchich.info


Pourquoi Nicolas Sarkozy est encore revenu, hier à Versailles, sur la réforme des collectivités territoriales ? Et cela malgré l’opposition de nombreux élus UMP.

La commission Balladur pour la réforme du territoire s’installe officiellement aujourd’hui. Derrière cette séduisante dénomination, un appétissant programme.

Nicolas Sarkozy a célébré, mardi, les 50 ans de la Vème République. « Bakchich » a retrouvé un réquisitoire d’Édouard Balladur contre la toute puissance présidentielle. Celle de Sarko ?

Le tabou des élections municipales est fiscal. Comme le révèle « Bakchich », les recettes perçues par les communes et les intercommunalités ont progressé de 46% en 6 ans. Principale explication : la création d’un nouveau niveau d’administration, sans que (…)
A la question « qui veut gagner davantage ? », les maires, présidents de conseils généraux, régionaux, et autres présidents d’intercommunalité répondent quasiment de concert : « nous ! » Et leur voeux se (…)
La France détient le triste record d’Europe des écarts de richesse entre communes, et les choses devraient continuer de s’aggraver. Que les amateurs de nuits chaudes se réjouissent. A n’en pas douter, d’autres « Villiers-le-bel » se profilent à (…)

Qui sait que le véritable enjeu des municipales se cache derrière un concept abscons mais au contenu bien réel ? Le fonctionnement de l’intercommunalité, puisque c’est de ces regroupements de communes qu’il s’agit, est trop complexe et trop coûteux (…)