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Mourir d’écouter Maître Herzog

Son dossier de plaidoirie était plus épais que l’édition complète du Livre du Graal. A l’instant où Me Herzog a posé devant lui ses kilos de documents classés dans des chemises colorées, il aurait fallu s’inquiéter. Vite : s’enfuir avant qu’il n’enfile sa robe. « Je me lève pour représenter Nicolas Sarkozy, partie civile, commence-t-il. Je n’interviens pas ici comme ami ou porte-parole, mais comme avocat. J’ai pris connaissance des 42 tomes de la procédure et j’ai conseillé à Nicolas Sarkozy de maintenir sa constitution de partie civile ».

Il a dit quoi ?

Maître Herzog s’est donc levé à 14h05. Pour se rasseoir à 18h15. Et quand il dit qu’il a « pris connaissance des 42 tomes de la procédure », l’homme ne ment pas. Cote D776/2. Cote D1660/4. Cote D3891/2. Cote D4635. D2552. D1853. Pendant quatre longues heures, il n’épargne aucune référence à l’instruction. On savait qu’il avait potassé son dossier tout l’été, qu’il le connaissait sur le bout des doigts, que son argumentation allait faire mouche. Mais l’ingurgitation des 42 tomes est telle que l’avocat du président en oublie de mastiquer. Le résultat ressemble à un gros bout mâchouillé tout juste digeste. A force de démontrer, il en oublie la forme et la clarté. Me Herzog entame une démonstration (exemple : « Jean-Louis Gergorin a eu trois versions successives »), il commence son énumération (première version de Gergorin, deuxième version de Gergorin), et perd son auditoire en milieu de course. Voix dans le dos d’un confrère : « Il a dit quoi pour la troisième version de Gergorin ? »

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© Mor

A la quinzième minute de plaidoirie, déjà les premières inquiétudes. A voix basse, un confrère à son voisin : « Tu trouves qu’il est bon, là ? » Réponse de l’autre : « Si tu te poses la question, c’est plutôt mauvais signe ». A leur gauche, une consœur pique du nez. Réveils en sursauts à chaque lâcher de stylo. Reprise en main de l’outil de travail. Tentative de concentration – juste à temps pour entendre Herzog dire qu’il ne réclamerait qu’un euro de dommages et intérêts – et de nouveau, micro roupillon. Les cotes du dossier s’enchaînent. D1661/4. D3891. D1165. Pour éviter l’assoupissement, on compte les bougeoirs sur les chandeliers (144) ; les calvities d’avocats (6) ; le nombre de soupirs entendus en dix minutes (18) ; les sorties de secours (4).

Au peigne fin

Cent trentième minute. Me Herzog annonce avoir bientôt terminé la première partie de sa plaidoirie. Cris d’effrois au fond de la salle. Court silence de Me Herzog qui s’excuse : « Pardon d’être un peu long, mais je suis seul contre quatre », dit-il en pointant le nez vers le quatuor d’avocats de M. de Villepin. Cent trente quatrième minute. Récidive de Me Herzog : « J’en ai pratiquement fini avec la première partie ». Cent quarante-sixième minute. Le Président Pauthe, à la rescousse : « Vous avez pris deux heures trente pour votre première partie, je vous demande d’être plus bref ». Panique à bord. Thierry Herzog accélère le débit de parole. Point par point, cote par cote, il continue de passer le dossier au peigne fin. D3891. D1671. D859/33. D… A la 243e minute, enfin, cette phrase : « Dominique de Villepin est l’instigateur et l’origine de cette machination pour empêcher Nicolas Sarkozy d’accéder à l’investiture de l’UMP ». C’est clair. C’est net. On note. On est content. On a le message essentiel. Reste qu’on n’a pas tout compris du cheminement pour y arriver. Vous pouvez répéter ?

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Me Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy, se faisait fait porte-parole de l’Elysée lundi devant le tribunal correctionnel de Paris où se juge l’affaire des faux listings Clearstream.

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