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Après le "père Noël", le cadeau d’anniversaire de Sarkozy
C’est son ouvrage préféré depuis que ce procès a commencé. Le titre : « Un coupable idéal ». L’auteur : Imad Lahoud. La date de sortie : février 2007. Les éditions : Privé. Ce livre-là, Me Paul-Albert Iweins, l’avocat de Jean-Louis Gergorin, l’affectionne particulièrement. A chaque fois qu’il veut torpiller son auteur, il s’y plonge avec délectation. Sa plaidoirie à peine entamée que, déjà, Me Iweins caresse affectueusement la couverture. Lahoud va y avoir droit.
Le père Noël est un escroc
« Le Père Noël est une ordure, lit-il d’un petit sourire ironique, c’est l’intitulé du dernier chapitre ». L’air fondamentalement réjouit, il marque une pause et lit : « Cette histoire (celle de l’affaire Clearstream, ndlr) est celle du père Noël, écrit Lahoud. Tout le monde sait que le père Noël n’existe pas, mais chacun veut y croire ». L’auditoire comprend la référence, chacun ayant effectivement pu croire dans cette affaire au petit papa qui venait du ciel : Villepin le moyen d’écarter son rival Sarkozy ; le juge Van Ruymbeke d’obtenir la vérité sur les frégates de Taïwan ; Denis Robert de continuer son combat contre Clearstream ; Gergorin d’évincer ses ennemis ; et Sarkozy d’opter pour la stratégie de l’arroseur arrosé.
Comme à chaque fois qu’il imite Lahoud, Me Iweins prend sa petite voix de victime et continue sa lecture : « Et puis il y a moi, au milieu, je suis le seul à n’avoir aucun intérêt sur ces listes, je suis le lampiste de service ». Iweins referme l’ouvrage. Pause. Et reprend sa voix de grand bâtonnier : « Non, Monsieur Lahoud ! Le père Noël n’est pas une ordure. Le père Noël est un escroc. Qui a su habilement jouer des attentes des uns et des autres pour leur offrir en cadeau ce qu’ils attendaient tous ».
Le monde de Oui-Oui
Tous victimes de Lahoud. Une thèse envisageable, aussi défendue par le clan Villepin, mais réfutée par le parquet pour qui Lahoud est un simple pion pour Gergorin. Les réquisitions à l’encontre de ce dernier sont d’ailleurs les plus sévères : trois ans dont 18 mois avec sursis et 45 000 euros d’amende. Or Me Iweins en est persuadé : « l’admirable escroc » qu’est Lahoud a pu berner seul ce joli monde. Sa plaidoirie reprend une à une les petites et grandes mystifications de l’homme surnommé Pinocchio qui, « comme tout escroc », en rajoute dans le mensonge quand on doute de lui.
« Heureusement que ces débats ont duré plusieurs semaines, lance Me Iweins. Sinon, Lahoud aurait ouvert ses grands yeux, il aurait un peu tremblé de la bouche comme il le fait, et on l’aurait cru. Il faut du temps pour cerner sa véritable personnalité ! »
Face à cet homme-là, Gergorin, « le grand patriote de son entreprise » a pu être crédule : « Crédule parce qu’il y avait un contexte », estime Iweins. Son client n’a pas évolué « dans le monde de Oui-Oui », rappelle-t-il. « C’est un homme au service de l’Etat, devenu spécialiste des questions géopolitiques, puis Directeur de la stratégie industrielle du groupe Lagardère ». Dans le monde de Gergorin, qui n’est donc pas celui de Oui-Oui, il y a la guerre froide, l’affaire Farewell, la guerre entre Thomson et Matra, l’affaire des Frégates, le scandale du Crédit Lyonnais, l’affaire Elf… « Est-ce “parano” d’imaginer qu’il existe de vastes réseaux de corruption quand on évolue dans ce monde-là ? », interroge Iweins, pour qui son client avait des raisons de croire aux fadaises de l’escroc. Pour finir, l’avocat ne citera pas Imad Lahoud, son auteur préféré, mais le Cardinal de Retz : « Les gens les plus défiants sont souvent les plus dupes ».
Joyeux anniversaire
A 18h30 le président Pauthe lève la séance : « Le jugement sera rendu le jeudi 28 janvier 2010, à 10h30, ici même ». Les confrères les plus pointus (les plus fous ?) remarquent déjà qu’il s’agit du jour anniversaire de Sarkozy. Villepin est déjà dans la salle des pas perdus, face caméras : « Je n’ai pas de rancœur au fond de moi et je veux servir les Français à la place qui est la mienne ». On se dit qu’après un très joli cadeau du père Noël, Nicolas recevra peut-être un moins joli cadeau d’anniversaire : un homme qui, grâce à ce procès, se hissera peut-être au rang de seul véritable challenger pour la prochaine échéance présidentielle. Happy birthday Mister President.
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