Vous êtes ici

Charles Pasqua : "Les gens sont méchants"

« Il » va balancer. « Il » va faire trembler la République. Oyé. Oyé. Courrons ce jeudi 12 novembre rejoindre le prestigieux Press Club de France, rue Jean Goujon, à Paris. Révélations fracassantes. Grand déballage. À 14h50, l’officielle voiture déboule. Telle une super star, l’ex-ministre de l’intérieur se fraye un chemin parmi la foule. Bousculade. Pieds écrasés. Visages projetés contre les vitres d’entrées. « Bienvenue au Press Club de France M. Pas… », tente un inconnu, éjecté aussi sec. Rictus des mauvais jours, Pasqua est sérieusement encadré. Course effrénée vers les escaliers. Les plus pessimistes pronostiquent déjà le pire : « Il ne va absolument rien dire, glisse un confrère. Ou bien, il va nous refaire le coup de maître Gilbert Collard pendant l’affaire du cimetière de Carpentras : brandir une enveloppe, dire “J’ai les noms des coupables, ils sont là” – et ne jamais ouvrir le pli ».

« Je peux demander à la police d’intervenir »

La foule est invitée à rejoindre la salle du bas. Plus de 200 journalistes. Trois rangs de caméras aux premiers rangs bloquent toute visibilité. À l’arrière, les souliers crottés grimpent sur les sièges rouges et matelassés du Club. Pagaille. Voix féminine au micro : « Que tout le monde se calme, si on ne s’organise pas un minimum, on ne va pas y arriver. Les caméras ! Mettez-vous sur le côté ». Personne ne bouge. Vingt minutes passent. Les caméras prennent racine. À l’arrière, la mauvaise foi commence : « Y’a même les caméras de la presse étrangère, c’est eux qui gênent tout le monde ».

Charles Pasqua - JPG - 49.5 ko
Charles Pasqua
Dessin de Kerleroux

15h13. Crépitement des flashs. Aveugle, le fond de la salle en déduit que l’homme a fait son entrée. « Mesdames, Messieurs… » C’est elle : La Voix de Pasqua. Elle commence : « Il y a neuf ans, notre pays s’est engagé dans un marathon politico-judiciaire dont nul n’est capable de dire combien de temps il durera, ni comment il se terminera : le dossier des ventes d’armes à l’Angola ». Gênée par les chamailleries de confrères en lutte sur un champ de vision, La Voix interrompt sa lecture. Ton paternaliste de La Voix : « Messieurs, ayez un minimum de respect les uns envers les autres ». La bataille pour sauvegarder son angle de tir continue. La Voix, goguenarde : « Ecoutez messieurs, je peux demander à la police d’intervenir si vous voulez, c’est un peu ma spécialité ». Rires enjoués de la salle. Puis religieuse concentration. Buvons ces paroles censées tuer.

« Cela ne vaut rien »

« Un lynchage médiatique (…) un jugement qui me scandalise et que je n’accepte pas (…) j’affirme que les hautes autorités de l’Etat étaient informées (…) j’accuse Jacques Chirac de ne pas avoir assumé ses responsabilités (…) il en est de même pour Villepin (…) je lève le secret défense à votre intention, des documents vous seront remis tout à l’heure (…) est-ce qu’on m’a bien regardé, moi, me prostituer pour une décoration (…) j’ai décidé de déposer une plainte (…) je demande une déclassification générale pour en finir avec les dossiers qui empoisonnent ».

16h03. Fin de l’historique conférence de presse. Regards hagards et interrogateurs du public. Le débriefing commence : « Ca ne vaut rien, pas une ligne » ; « Il ne dit rien de plus que ce qu’il n’a déjà dit à l’audience ou en interview ». Rien, si ce n’est cette information peut-être : la décision de Charles Pasqua de porter plainte contre le juge Philippe Courroye, alors en charge du dossier.

Et puis, si bien sûr, cette phrase lâchée dans les toutes dernières minutes : « Les gens sont méchants, vous savez ».

A voir sur Bakchich.tv :

Un extrait de la conférence de presse et les dossiers de Pasqua

A lire ou relire aussi sur Bakchich.info :


Condamné à trois ans de prison dans l’Angolagate, dont avec sursis, Charles Pasqua menaçait de faire sauter la République, jeudi, lors d’un point presse. Allons Charlie, on se calme !

Condamné à un an ferme, l’ancien ministre réclame la levée du secret défense dans ce dossier comme pour celui des Frégates de Taïwan parce que "tout le monde était au courant" : Mitterrand, Chirac, Balladur, (…)

L’ancien ministre de l’Intérieur, ainsi que Pierre Falcone, Arcadi Gaydamak et Jean-Charles Marchiani ont écopé de prison ferme pour leur rôle dans ce vaste trafic d’armes avec l’Angola dans les années (…)

Philippe Courroye, qui a instruit l’Angolagate, témoigne devant le tribunal. L’occasion pour les avocats de Pasqua, Marchiani ou Falcone de tirer à vue.
Entre le n°1, Yves Bonnet, et son bras droit, Raymond Nart, les avis ont plus que divergé sur le milliardaire Arkadi Gaydamak. Usurparteur pour l’un, soldat de la France pour l’autre qui a témoigné hier, au procès de (…)
Dans de nombreuses publications fort honorables, de gauche comme de droite,on a assisté, la semaine dernière, à une véritable campagne de dénigrement contre le juge Philippe Courroye, qui a instruit le fameux dossier de l’Angolagate, jugé à partir (…)
Depuis le début des poursuites engagées par la justice dans le dossier de l’Angolagate et surtout depuis que le procès a été programmé pour le mois d’octobre prochain, le message des Angolais aux Français est clair : Si Pierre Falcone, l’homme clé de (…)

En 2008, comme en 2007, à l’occasion du 14 juillet, l’Elysée a renoncé à toute forme de grâce présidentielle. Toutefois, l’été judiciaire est marqué par de spectaculaires retours en grâce. Episode N°1 : l’affaire (…)
Mauvaise passe pour l’inspecteur du travail médiatique et prolifique. Il a reçu une lettre de mise en demeure de la part du quotidien économique, qui lui reproche d’avoir recopié des articles du journal dans son dernier livre, « Les caisses noires du (…)

En 1987, en pleine cohabitation, la bande à Pasqua s’agitait sur le front des questions internationales. En particulier Marchiani, en mission à Téhéran, pour sauver des otages. Mais Tonton, bien sûr, veillait au (…)

Le truculent Alfred Sirven fut l’un des protagonistes de la fameuse affaire des frégates à Taiwan, que le parquet de Paris cherche aujourd’hui à enterrer. Celui qui se targuait de pouvoir « faire sauter la République » avait commencé, à son retour de (…)
S’il ne lui reste qu’un îlot de pouvoir, c’est celui-là. Au pôle universitaire Leonard de Vinci (PULV), dans le quartier d’affaires de La Défense, le chef, c’est toujours Charles Pasqua. L’ancien parrain du 92 n’a d’ordre à recevoir de personne, et (…)