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Sarko cherche la sortie du maquis corse

Aux Gouvernants de tout temps, l’envie de maîtriser le paysage corse a valu plus qu’une rage de dents. Souvent un échec cuisant. Entre la structure clanico féodale qui domine la société, la galaxie nationaliste avec ses FLNC qui s’agitent dans le maquis et la solide présence du milieu qui s’investi dans les affaires tout comme en politique, nul exécutif n’a réussi à imposer la paix dans l’île. Tous, de Giscard à Chirac en passant par Mitterrand ou Jospin ou Pasqua, s’y sont brûlés les doigts. D’alliances avec les natios en bienveillance avec les affairistes, de paix armée avec les autonomistes en compromission avec les bandits, les nuits corses ont toujours été riches en cauchemars. 
Le passage en Corse de Sarko le 2 février a réveillé ces relents. Et à l’instar de ses prédécesseurs, le Président s’est fendu de triomphales et lapidaires déclarations.

« Nous ne laisserons jamais la Corse et ses habitants devenir la proie du banditisme et des mafias. Jamais, jamais, jamais, a pétaradé le Président. Que ce message soit bien entendu. Que chacun en soit bien conscient : ces dérives, ces "mafias", seront combattues sans merci ». Propos, ô hasard, tenus à Ajaccio… Dans sa stratégie électorale, si efficace en 2004 qu’elle permit à la droite de son ami Camille de Rocca Serra de conserver l’île, le chef de l’État a beaucoup misé sur la cité de Napoléon, et surtout sur le clan des natios modérés qui y a élu domicile à la chambre de commerce.

Le mauvais cheval natio de Sarkozy

Las… La branche ajaccienne du nationalisme modéré s’emmêle dans l’affaire de la SMS, une société de gardiennage Ajaccienne, qui raflait des marchés publics et stratégiques jusqu’à Marseille, Hyères Toulon. En cavale pendant 18 mois, Antoine Nivaggioni entraîne dans ses troubles Jean-Christophe Angelini. Les flics de la PJ le soupçonnent en effet d’avoir voulu fournir un faux passeport à son ami Antoine qui se cachait dans le maquis, mais aussi de s’être intéressé de trop prés à la SMS, une entreprise au carrefour de bien des contacts comme des affaires. Le leader du Parti de la Nation Corse (PNC) est mis en examen pour association de malfaiteur et complicité de faux. Un brin embêtant pour Sarko qui ne cachait pas sa sympathie pour cette jeune étoile montante du nationalisme new look.

Alain Orsoni clame son innocence depuis sa prison toulonnaise. Il est soupçonné de complicité de meurtre. Selon sa défense le dossier d’accusation serait complètement vide. Quant à Nivaggioni, sa sortie rocambolesque de prison en novembre dernier n’a pas effacé toutes les charges qui pesaient contre lui. Ni ses liens incestueux avec un brigadier de RG, Christian Orsatelli.

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Produit de l’Île de Beauté
© Nardo

De là à penser que Sarko Ier a misé sur le mauvais cheval…

Il faut dire que le Parti de la Nation Corse n’est pas le seul à avoir le monopole de la dénomination "natio modéré"… Le vieil Edmond Simeoni veut aussi sa part du label. Fidèle aux traditions clanistes il met son fils sur les rails. Gilles Simeoni, le bouillonnant avocat qui s’est illustré en défendant Yvan Colonna, est désormais intronisé à la tête d’Inseme pe à Corsica.

Un trio politique corsé

Camille de Rocca Serra, UMP, 56 ans, est président de l’Assemblée de Corse et député de Corse-du-Sud depuis 2002. Il est le fils de Jean-Paul de Rocca Serra, surnommé "le Renard argenté", figure marquante de la vie politique de l’île pendant 50 ans. Sa puissante famille règne, depuis sa ville natale Porto Vecchio, sur l’extrême sud de la Corse, la" terre des seigneurs" aujourd’hui promise aux pelletteuses des promoteurs immobiliers. Et c’est lui, "Camillou", qui a présenté Nicolas Sarkozy à sa première femme, Marie-Dominique Culioli.

Paul Giaccobi, PRG, 52 ans, est député de Haute-Corse et président du Conseil général. Son grand-père est l’un de ceux qui avaient refusé les pleins pouvoirs à Pétain, avant de devenir ministre du Général de Gaulle. Giaccobi est né dans les Hauts-de-Seine mais son fief est à Venaco, au centre de la Corse. A l’été 2009, il était donné futur secrétaire d’Etat dans le gouvernement Fillon. Sarkozy a finalement fait machine arrière, pour ne pas se brouiller avec Camille de Rocca Serra qui visait un poste semblable.

Ange Santini, 50 ans, est depuis 2004 le président UMP du Conseil exécutif de Corse (l’équivalent du conseil régional) et le maire-adjoint de Calvi, sa ville natale, en Haute-Corse. Avec Camille de Rocca Serra, il forme le duo contraint et souvent explosif qui verrouille la droite dans l’île. Les deux hommes ont été brouillés mais ils se sont opportunément réconciliés pour les circonstances électorales : "Camillou" est numéro un sur la liste UMP pour les régionales, et Ange numéro trois

Recomposition politico-clanique

Cette nouvelle formation, dont le discours est pratiquement identique, à une nuance populiste près, de celui récité par le Parti de la Nation Corse, porte désormais haut l’étendard de la famille Simeoni. Une famille qui veut, visiblement, marquer l’histoire de la Corse par sa propre dynastie. Entre ces deux formations, une seule contradiction, mais elle est de taille. Qui va paraître comme le leader des natios « non frontistes » cas d’union ? Gilles, le fils d’Edmond ou bien Jean Christophe, l’homme des Ajacciens ? La question semblait insoluble et donna vie à de nombreux, coups bas de part et d’autre. À la fin d’une longue bagarre, faite de rumeurs, d’intox et de bien des mesquineries, ce sera Gilles qui figurera en haut de l’affiche. La tradition clanique a encore gagné. Quant à cette nouvelle alliance elle présente un avantage de taille pour bien des clans traditionnels. Les « modérés », formellement opposés à la violence politique peuvent devenir des alliés fréquentables à qui nul besoin de demander un quelconque préalable avant de les inviter à participer à une coalition de circonstance.

Un homme est au centre des carrefours des alliances entre les « clans historiques » et le neo clan des natios modérés. C’est le très corsiste Paul Giacobbi. À première vue le président du Conseil général de Haute Corse n’est pas à une contradiction prêt. Au parlement ce député PRG siège avec le PS. Ce qui ne l’a pas empêché de jouer le premier rôle d’un grand feuilleton à rebondissement dont le leitmotiv était sa possible nomination au gouvernement de Nicolas Sarkozy. Le chef de l’État avait bien envie de se garantir Giacobbi dans son dispositif. En privant la gauche de l’appui du puissant clan du président du conseil Général de Haute Corse, difficile d’imaginer de déboulonner l’ UMP de la gestion de la Collectivité Territoriale.

« Giacobbi veut faire monter les enchères, à droite comme à gauche. L’homme est imprévisible et peut changer son fusil d’épaule à la vitesse d’un éclair », nous explique un homme d’affaires qui fut, autrefois, très proche du président du conseil Général de Haute Corse.



Monsieur Paul fait monter les enchères

Fin août le feuilleton s’est pourtant interrompu. Après différents tête à tête entre le président de la République et le président du conseil Général de Haute Corse, Paul Giacobbi a annoncé qu’il n’intégrera pas l’équipe gouvernementale. « Ce n’étaient que des rumeurs sans fondement aucun », plaide l’intéressé. Plus vraisemblablement Nicolas Sarkozy ne semble pas avoir été capable d’offrir un ministère assez important au chef de clan Corse. Mais ce n’est pas tout. Sarko Ier n’est pas resté insensible aux caprices de son ami Camille de Rocca Serra qui aurait tant aimé être propulsé, lui, dans un fauteuil de sous-ministre. Camillou a donc fait le siège de l’Élysée afin que Paul Giacobbi, le représentant du clan rival, ne puisse pas accéder à des tels honneurs… C’est ainsi qu’en cette fin d’été 2009, Giacobbi officialise son éloignement du dispositif sarkozyste. Désormais le patron du clan de Haute Corse n’a qu’un seul but : ravir le conseil exécutif a l’UMP et faire payer à Camillou tant d’hostilité. En choisissant de céder aux caprices de Camille, l’Élysée a perdu un appui stratégique, un appui qui risque bien de lui faire perdre l’île tout entière.
Pour une fois réactif, le PS n’a pas attendu que Giacobbi change d’avis.

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Sarko et les soucis corses
© Oliv’

Via ses relais franc maçons Patrick Mennucci, assisté du vénérable frère PS du Grand Orient à Bastia, Laurent Croce, a pris la direction de l’opération : il faut récupérer le soldat Giacobbi. Des socialistes d ’influence croient que Giacobbi pourrait bâtir une liste capable de devancer au premier tour l’ancien député PRG aux accents chevènementistes très prononcés, Émile Zuccarelli. De nos jours, ce dernier se contente de gérer avec la manne financière qui lui octroie gentiment la Collectivité Territoriale UMP, la ville de Bastia…Et ceci en échange d’une opposition visiblement inexistante à l’assemblée de l’île.

S’il venait à devancer la liste de Zucca, le corsiste Giacobbi, désormais investi par le Ps, pourrait rassembler tout le Prg insulaire et même s’assurer de l’appui du Front de Gauche, promis à un excellent score sur l’île. Ensuite le corsiste Giacobbi n’aurait pas trop de mal à récupérer aussi les voix des natios modérés et de s’asseoir, enfin, le plus tranquillement du monde sur le fauteuil de la présidence de l’exécutif territorial.

Les caprices de Don Camillou

Sarko comprend qu’il a commis un faux pas. Difficile pourtant à rattraper. D’autant plus difficile que ses poulains corses s’agitent dans tous les sens. Entre Camille de Rocca Serra, l’actuel président de l’Assemblée territoriale, et Ange Santini, l’actuel président de l’exécutif rien ne va plus. Camillou, déjà frustré de ne pas avoir été nommé à une place de sous-ministre, ne souhaite plus siéger à la présidence de l’assemblée de l’île, une charge, somme toute, honorifique . Désormais Camillou ambitionne à s’asseoir sur le fauteuil de son "ami" Ange…. Lequel ne l’entend pas exactement de la même oreille. La contradiction entre les deux hommes est étalée au grand jour. Une vraie guerre civile. Et, encore une fois, c’est Sarko Ier qui doit intervenir pour tenter de mettre de l’ordre dans ses propres rangs…et, encore une fois, le chef de l’État fait pencher la balance en faveur de son ami Camillou. Ange Santini est convoqué à l’Élysée. Sans employer trop d’efforts diplomatiques Sarko lui ordonne de s’écraser. Ange s’exécute, mais il y a des humiliations qui laissent des traces…

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Une insularité
© Pakman

Officiellement Sarko est venu annoncer le 2 février que l’île sera reliée, dans un futur plus qu’incertain, au Galsi, projet de gazoduc qui doit relier l’Algérie à l’Italie via la Sardaigne. En réalité le chef de l’État espère qu’avec son charisme ainsi qu’avec ses promesses d’aides économiques, il est arrivé, in extremis, à garantir au clan Rocca de Serra d’asseoir encore une fois son pouvoir sur l’île de Beauté, une île à laquelle le Président est si attaché. La mission semble pourtant bien compromise. Et le Président de payer très cher sa fidélité à Camillou. Un chef de clan visiblement pas à la hauteur de ses propres caprices. 

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Deux mois avant les régionales, le bon président s’en va visiter une île de Beauté dans laquelle il a beaucoup investi. Mais qui trop embrasse mal étreint, surtout avec les natios.

Paul Giacobbi, le président PRG du conseil général de Haute Corse, ne rejoindra pas le clan Sarkozy. Pas assez de garanties et surtout des rivalités insulaires.

Le nouveau plan d’aménagement du littoral corse devait passer à partir du 15 juin devant l’Assemblée de l’île. Un texte sur lequel se sont penchés tous les milieux…sans s’entendre. L’Executif de l’île a finalement retiré le texte (…)

Ange Santini, le président du conseil exécutif corse, n’aime pas qu’on parle de ses terrains. Et n’hésite pas à le faire savoir aux journalistes qui veulent en parler.

Jean-Guy Talamoni, jugé ce vendredi pour l’occupation de la villa de Christian Clavier, explique à « Bakchich » comment la colère de Sarko a servi la cause nationaliste.
Un journaliste de Bakchich agressé à Bastia. Un mensuel de l’île s’empare de l’affaire pour dire que tout cela n’est pas si grave…

Edmond Simeoni, figure tutélaire du nationalisme corse, se rêve en leader de la défense du littoral. Heureusement, ses amis se gardent d’évoquer ses villas et son goût du tourisme et du golf…