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Gogo Micro, la fable du chômeur-entrepreneur
Les chômeurs le savaient déjà : peu de chances de trouver un boulot au Pôle emploi. Mais pour éviter de désespérer les 4 millions de demandeurs d’emplois inscrits à l’ex-ANPE, rien de tel que de leur raconter une belle histoire.
Comme celle de cet ancien chômeur basque devenu « le n°1 du dépannage informatique à domicile », narrée dans le supplément Economie du Monde (03/02/10).
« J’avais 40 ans, un BEPC pour tout diplôme et, avec ma femme également licenciée, nous avions tout perdu, nous ne pouvions plus louer d’appartement », raconte André Combe. L’ex-chômeur en fin de droits devenu patron raconte volontiers ses déboires d’ancien pauvre.
On découvre même le patron de Go Micro, avec sa moustache et son accent basque, en « SDF qui crée une multinationale » au détour d’une vidéo diffusée sur le Web. Car André Combe se révèle aussi un excellent « client » pour les médias. Comme en témoigne le site Internet de son entreprise, où chaque article vantant sa réussite est soigneusement épinglée, à la façon d’une collection de papillons.
De TF1 à de Villepin
La « success story » de la PME basque a commencé par recevoir les applaudissements du bulletin de la Chambre de Commerce de Bayonne. Bizarrement, on n’y fait pas mention du passé de SDF d’André Combe, mais de ses « nombreux voyages en Europe, Etats-Unis et Amérique centrale ». Notre grand voyageur devenu SDF racontera ensuite son histoire sur TF1, avant d’être reçu à Matignon par Dominique de Villepin en 2005.
Selon la très efficace attachée de presse de Go Micro, le Premier ministre d’alors voulait savoir « comment quelqu’un qui était au chômage a réussi à créer plus de 100 emplois en 3 ans ». La réponse se mord la queue : après chaque article, chaque passage télé de l’ancien chômeur devenu patron, André Combe recrute de nouveaux adeptes. « Après le passage sur TF1, nous sommes passés de 2 à 5 candidatures par jour à 80 pendant les semaines qui ont suivies » raconte le patron de Go Micro, dans l’un des nombreux communiqués de presse qui rythment les épisodes de sa propre saga.
En toute franchise
Ce que ne disent jamais les articles, c’est qu’il faut payer plus de 15.000 euros à André Combe pour avoir le droit de jouer comme lui au « Darty » de la micro. Plus 6.000 euros par an de « redevance d’exploitation ». Go Micro est devenu une franchise. Un homme d’affaires bordelais a poussé l’ancien chômeur basque à développer une marque et un réseau national.
On est loin d’Anglet et de la petite affaire familiale, lancée en 2001 avec un micro-crédit parce qu’aucune banque ne voulait faire confiance à un quasi SDF.
Depuis, André Combe s’est séparé de son associé girondin, signale Le Monde. L’article reste silencieux sur les raisons de ce « bug-bizness ». Il apparaît que l’associé girondin était plus familier des comptes bancaires discrets au Luxembourg que de la finance philanthropique.
Épilogue : André Combe a revendu sa boîte à un concurrent de Rhône-Alpes, "pour un montant non divulgué". Jackpot !




