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En Languedoc, l'UMP en a plein les urnes

Telle une voiture de course sur une route de Camargue, le bolide Frêche fonce et se fout de ses adversaires comme on se fout des moustiques pulvérisés sur son pare-brise. En panne sèche dans les sondages, Mandroux bat de l’aile et à droite on continue de s’étriper. La voie est royale pour le « très catholique » Président sortant.

Battu aux primaires de l’UMP pour les régionales, le député-maire de Palavas-les-Flots Christian Jeanjean conteste via les tribunaux l’élection du sénateur-maire de Béziers Raymond Couderc. En cause le vote électronique. Mode de scrutin qui n’en finit pas, paradoxalement, de faire couler de l’encre. (Voir encadré ci-dessous).

Les fraudes virtuelles n’existent pas

En 2008, dans une étude du CNRS où 21 000 bureaux ont été passés au crible, le taux d’erreurs était estimé à 29,8% contre 5,3% pour les bureaux traditionnels. Pas glorieux. A l’UMP, premier parti à glorifier les élections immatérielles, on a déjà essuyé les plaintes d’Alexandre Galdin en 2008. L’ancien conseiller de Paris soupçonnait alors son parti d’avoir piraté le vote des militants, en juin 2006, pour l’empêcher d’être élu délégué de circonscription. « A l’appui de sa plainte, Alexandre Galdin a communiqué un document fort instructif. Il s’agit d’un tableau, établi par des responsables de l’UMP, qui recense les codes secrets attribués à plusieurs dizaines de militants pour leur permettre de voter par Internet. En face, une case indique l’identité des militants dévoués qui ont voté à la place et à l’insu de leurs petits camarades, [1]. » Quant à Roger Karoutchi, il déclarait avant sa défaite en Ile-de-France face à Valérie Pecresse : « Je souhaite que la démocratie militante s’exprime en plein jour. Le vote papier est plus visible, citoyen et sincère. Et incontestable. » [2] La CNIL dans divers avis avaient estimé qu’un agent de contrôle indépendant pouvait garantir l’indépendance de l’élection. Conseil resté lettre morte ou plutôt lettre virtuelle.

Jean-Jean sans terre régionale

Et c’est dans ce contexte de cyber-scepticisme et de guerre ouverte en Languedoc, toutes familles confondues, que déboule Jeanjean, sabre au clair. Exclu -avec 22 autres co-listiers- du parti le 3 mars dernier par Xavier Bertrand pour avoir monté une liste dissidente selon les petites coutumes locales, le maire de Palavas veut se remettre à flot et monte à Paris, ce 9 mars, prendre la Bastille-UMP.

En amuse-gueule conférence de presse et découpe en règle du rival Couderc suivie de la décision du Tribunal de Grande Instance de Paris ce 9 mars à 14h dans l’affaire qu’il l’oppose au parti majoritaire. En 2008, il avait porté plainte contre l’UMP pour fraudes lors des primaires aux élections régionales et a demandé l’annulation du scrutin. Ce sont essentiellement des arguments juridico-administratifs qui ont été avancés devant le TGI.

Le principal élément s’appuie sur les statuts de l’UMP. Article 4 : « Le vote par procuration est limité à un pouvoir par adhérent. » Or, avec un système qui permet de voter uniquement avec un code et un mot de passe, il est tout à fait possible qu’une personne ait pu voter pour plusieurs militants. Et par extension faciliter la récupération des codes et faciliter la fraude. Selon Maître Sheuer, « M.Jeanjean a été victime de fraudes, en particulier à Béziers, la mairie de Couderc, où 300 votes ont été lancés en une demi-heure ».

Contre-attaque de Maître Blanchetier qui défend l’UMP et assure qu’« un huissier vérifiait le bon déroulement de l’élection. Seuls 240 personnes ont voté de Béziers et dans une période de 24 heures. De plus, pas tous les votes ne sont allés à M. Couderc. On a mis en demeure M. Jeanjean de consulter le constat d’huissier, il ne l’a pas fait. Pas plus d’ailleurs qu’il n’a répondu à notre demande de se déplacer au siège de l’UMP pour constater sur place les disques durs de l’élection. Tout ceci ne rime à rien si ce n’est à faire parler de lui.
 »

Lettre virtuelle

En dépit des possibles fraudes, avec 1000 voix d’écart, Jeanjean n’aurait jamais pu représenter l’UMP pour les régionales. Reste que certains éléments sont pour le moins opaques.

L’huissier est-il une garantie de contrôle ? Pour l’attaque, pas du tout. « Un huissier constate ce qu’on lui demande bien de constater, surtout quand on s’appelle l’UMP. » Pour enfoncer le clou, « l’huissier Maître Puaux était aussi présent lors des élections contestées par Alexandre Galmin ». Élection dont il n’a pu en 2006 empêcher les fraudes. Au passage, feu Robert Pandraud, alors chargé de la commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales de l’UMP avaient reconnu quelques écarts et avaient apporté des rectificatifs.

Course à la fraude ?

Le dauphin de l’élection Jean Castex, qui perd de seulement 200 voix, était, dit-on, de la part de plusieurs sources politiques et journalistiques, le candidat préféré de Sarkozy, il avait alors obtenu un score « soviétique », 96%, dans son propre département, les Pyrénées-Orientales. Score pour le moins troublant même si l’on connaît la fierté catalane…

Les proches de Jeanjean avouent avoir fait appel à des hackers pour disent-ils « surveiller » le bon déroulement de l’élection. Selon ces mêmes proches, un homme Gérard Jean, conseiller de l’UMP, aurait fait une attestation selon laquelle 302 votes pour Jeanjean n’auraient pas été pris en compte dans l’Aude (seulement 96 voix officiellement pour le maire de Palavas). Motif : Les électeurs n’auraient pas été prévenus qu’on ne pouvait plus effectuer plusieurs votes par ordinateur personnel (seuls ceux des sièges officiels pouvaient en recevoir plusieurs suite aux mesures de Pandreau).

Gérard Jean et l’attestation des 302 militants perdus

Ajouté à 13H le 8 mars. Joint par Bakchich, M. Gérard Jean affirme qu’il a bien effectué une attestation à l’UMP. Qui est restée, elle-aussi, lettre morte :

"Je certifie, toujours sous serment, avoir prêté son concours, assisté techniquement, mis à disposition son ordinateur personnel afin de permettre à trois cent deux militants à jour de leur cotisation de voter par Internet.

Au moment de la validation des votes, les candidats étaient présentés dans un ordre aléatoire et la certification d’enregistrement se faisait par la reconnaissance nominative de l’électeur.

Sans trahir en aucune manière les intentions de vote, à seule fin d’éclairer la Commission d’examen du recours déposé après cette élection, le soussigné déclare avoir la certitude absolue qu’au minimum, trois cent deux (302) adhérents de l’UMP à jour de leur cotisation, domiciliés dans le département concerné, se sont valablement exprimés.

De façon tout aussi confidentielle, le soussigné certifie sur l’honneur qu’une très forte proportion de ces électeurs, sans équivoque largement majoritaire, s’est prononcée en faveur du candidat Christian Jeanjean.
Il est évident et absolument certain que les 94 voix obtenues dans le département de l’Aude par le candidat Christian Jeanjean, ainsi d’ailleurs que les 18 voix comptabilisées pour le candidat Christophe Rivenq, ne reflètent pas la vérité du scrutin sans aucun doute entaché de graves et sérieuses anomalies que le déclarant s’interdit d’analyser.

"

Chaises musicales

M. Jeanjean souffrirait-il de déni politique ? En 2007, il laissait sa place de député de l’Hérault à Jacques Domergue en échange d’une candidature aux sénatoriales mais en 2008, c’est Raymond Couderc qui lui fait une nouvelle promesse sous forme de deal. Tu me laisses les sénatoriales, je te laisse les régionales. Tope-là… Le maire de Béziers fonce alors au palais du Luxembourg. Entretemps les plans ont changé, notamment ceux du Château, et Couderc dont on dit qu’il est doué d’une«  baraka phénoménale » remporte alors les primaires de l’UMP. De quoi avoir la rage.

Selon une plume locale, « Couderc a bien essayé de faire la paix mais Jeanjean l’a renvoyé dans les roses faute d’accord ». La guerre est ouverte désormais entre les deux hommes. Triste spectacle d’une région divisée qui fait la une des journaux mais qui s’enfonce aussi dans les difficultés économiques et le chômage. Plus plus forte hausse nationale en janvier (+ 1,6%), près de 2,5 fois supérieure à la moyenne nationale (+0,7%) avec des quartiers où on dénombre plus de 40% de sans-emploi. Vous avez dit « priorité » ?

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