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Maladresse de facteurs

Les journaux ont besoin de sottises. Je ne parle pas des discours d’Hortefeux, mais des « brèves » qui servent à caler un grand article, comme le sous-bock la table de bistrot. Avant, on découvrait régulièrement qu’une lettre expédiée en 1930 avait été distribuée cinquante ans plus tard. C’est fini. Les lettres et colis que La Poste n’achemine pas à bon port sont perdus pour toujours. Mais pas pour tout le monde.


Dessin d'Essi

La Poste, entreprise rigoureuse coulée dans le bronze du service public, inventé sous la IIIe République, est devenue, hurlent certains usagers, un foutoir. Bigre, que fait Besancenot, le facteur qui porte à gauche ? C’est vrai, pourquoi Bakchich n’est-il pas déposé, le samedi à l’aube, dans les boîtes de ses chers abonnés ? Il y a du mou dans le jaune.

À preuve, cette pharmacienne bien étonnée par un appel téléphonique d’un policier de Bagneux : « Madame, nous venons d’arrêter, à la caisse d’un supermarché, une femme ayant en main un chéquier de votre officine. L’avez-vous perdu ? – Non. » Mais alors ? Comment se fait-ce ? Tout simple. Quelque part dans la jungle postale se cache un réseau de malfaisants qui détournent des chéquiers. Ne reste plus qu’à faire des faux papiers, un jeu d’enfants pour ces experts.

Comme une lettre à la Poste…

Ainsi, la jeune femme arrêtée à Bagneux portait-elle, sur sa carte bidon, le nom de la pharmacienne, que le faussaire a fait naître à Abidjan. Treize chèques avaient déjà été tirés, pour un montant d’environ 5 000 euros. Pas de quoi fouetter une Bettencourt, mais quand même. La Poste ? Elle s’en fout. Accusant même la victime d’avoir récupéré ses chèques au courrier, avant de les perdre. Alors qu’ils ont été volés dans un centre de tri. La police ? Elle a autre chose à faire, puisqu’elle est en guerre, à Grenoble et dans le Loir-et-Cher. Et ce n’est pas avec la semaine de 20 heures qu’on a le temps de faire des enquêtes. Récemment, c’est dans un bureau de poste de Paris que des chèques d’entreprise ont disparu, sans faire de vagues. Allez sur Internet, vous lirez les cris de tous ceux qui attendent encore des billets de train ou un bel appareil photo. Disparus dans l’embuscade postale. Aux armes citoyens.

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Article publié dans Bakchich Hebdo n°34 (du 24 au 30 juillet).

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