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Sarkozy en fait des (44) tonnes

Comment se mettre à dos les routiers en croyant faire plaisir aux paysans, tout en allumant le feu dans l’administration ? C’est l’exploit qu’a accompli Sarko avec une simple interview accordée fin avril. À l’époque, on s’en souvient, les agriculteurs préparent une grande manif à Paris – 1 500 tracteurs convergeront vers la capitale le 27 avril. Pour éviter qu’elle ne tourne à la jacquerie, l’homme de Neuilly lâche du lest. Dans l’hebdomadaire la France agricole, il annonce des mesurettes.

Parmi elles figure l’autorisation accordée « avant l’été » aux filières agricole et agroalimentaire d’utiliser des camions de 44 tonnes, alors que le seuil est fixé, en France, à 40 tonnes. À la clé, promet le Président, des gains de productivité de 11 % sur le transport par camion des denrées, et, du coup, des prix plus compétitifs à l’export.

En fait, comme souvent avec le client du Fouquet’s, ce cadeau devrait surtout avantager ceux qui sont déjà du bon côté du manche : les Danone, Lactalis et autres professionnels de l’agroalimentaire, qui étranglent les producteurs laitiers et les éleveurs. Eux pourront transporter pour moins cher.

Le pire, c’est que, de leur côté, au lieu de sauter de joie, les routiers font la grimace. Depuis des lustres, ils réclament pourtant le droit aux 44 tonnes, comme dans les pays voisins. Mais cette annonce divise et fait des jaloux : pourquoi les routiers spécialisés dans l’agroalimentaire auraient-ils cette faveur, et pas les autres ?

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Dessin d’Oliv’

La lumineuse idée de Sarko risque surtout d’affaiblir encore plus les transporteurs français face aux étrangers. Explication : la dernière mouture du projet de décret d’application – elle aurait dû être publiée en mai, mais se trouvait toujours en gestation difficile à la mi-juillet – devrait forcer les transporteurs à utiliser des camions à six essieux, ce qu’ils n’ont pas sous la main, contrairement à certains de nos voisins.

Dire que l’administration du ministère de l’Écologie, chargée de pondre le texte, « s’arrache les cheveux », selon les dires d’un intéressé, et maudit l’Élysée est un euphémisme. En découvrant l’interview présidentielle, ils ont compris que Sarko avait ruiné toute leur argumentation anti-44 tonnes, auxquels Borloo est opposé. Car, avec son Grenelle de l’environnement, il rêve de redonner vie au rail. Pour l’instant, c’est mal barré, la SNCF n’en finissant pas de perdre des parts de marché face à la route. Du coup, augmenter encore la productivité du camion – même si le 44 tonnes n’est pas généralisé – revient presque à envoyer un cadavre dans la tombe avec une pichenette.

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