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Eva Joly, les feux sont au vert
Avec son franc-parler, Eva Joly détonne dans un paysage politique pavé de langue de bois. Dopée par l’affaire Woerth-Bettencourt – du pain bénit pour celle qui incarna avec force la lutte anticorruption –, la Franco-Norvégienne est bien décidée à faire de nouveau parler d’elle. Chaperonnée par Daniel Cohn-Bendit, la « juge rouge » de l’affaire Elf pourrait bien être la candidate d’Europe Écologie pour la présidentielle de 2012. Un summum pour cette mamie aux petites lunettes rouges qui n’a pas été encartée pendant quarante ans.
Fleur tardive
À 66 ans, Eva Joly a beau avoir une petite voix, elle n’a pas la langue dans sa poche. Elle dit ce qu’elle pense et n’épargne surtout personne. « Woerth doit démissionner », réclame-t-elle à droite. « DSK ? Je le connais bien, je l’ai mis en examen », tacle-t-elle à gauche. En grande forme, la magistrate ne mâche guère ses mots et compte bien capitaliser sur sa réputation de « mère vertu » pour se faire une place dans l’arène politique. Dure, Eva ? Depuis qu’elle a instruit l’affaire Elf, la « fleur tardive » de la politique, comme elle se surnomme elle-même, est connue pour son intransigeance. Les politiques et les gros bonnets qu’elle passa sur le gril se sont plu à la dépeindre comme une juge froide et opportuniste qui abusait de la détention préventive pour « attendrir la viande ». « Avec Pasqua, tu vas trop vite, trop fort ! » dira-t-elle pourtant au procureur Philippe Courroye, en janvier 2001, lorsqu’il perquisitionne chez l’ancien ministre de l’Intérieur. L’ex-magistrate ne mérite peut-être pas vraiment la réputation impitoyable qui la précède.
Fille d’ouvrier, Eva Joly a toujours mené sa barque seule. Mariée à un Français malgré l’opposition de sa belle-famille bourgeoise, elle a patiemment gravi les marches qui mènent vers les hautes sphères du pouvoir. Catapultée au pôle financier de Bercy à 46 ans, elle le quitte précipitamment sans clore le dossier Elf. Joly passera ensuite sept ans à s’occuper de la lutte contre la grande corruption auprès du gouvernement norvégien pour se refaire une santé médiatique.
Femme de ménage
Transcendée par la crise financière, élue députée européenne en 2009, Eva l’ambitieuse brigue désormais… la présidence de la République. Rien de moins. Après avoir flirté pendant un temps avec François Bayrou, mais pressentant sans doute que ce n’était pas là le bon cheval, elle a séduit les écolos. Et peu importe d’ailleurs qu’elle n’y connaisse pas grand-chose. Les yeux rivés sur les sondages, les Verts voient en elle l’occasion de briller enfin à l’élection présidentielle. Doit-on pour autant croire qu’Eva Joly fera le ménage en politique comme elle le fit dans le milieu des affaires ? Ou bien, dans le marathon qui l’attend, finira-t-elle par ressembler à une Ségolène essoufflée sur le terrain économique et international ?
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