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Affaire de la DCN, la presse redécouvre les exclusivités de Bakchich
Papier publié le 7 octobre 2009
Ces derniers temps, en France, les grands commis de l’État sont saisis
par le démon de l’écriture. Après les ubuesques fiches du général
Rondot et les non moins célèbres carnets d’Yves Bertrand qui mêlaient,
à l’abri des spirales, le vrai et le faux, voilà que débarquent les
cahiers de Gérard-Philippe Menayas, l’ancien directeur financier des
Constructions navales, fabricant des fameuses frégates de Taïwan.
Pesant secret
Les brûlants feuillets sont aujourd’hui conservés dans de grands
classeurs du pôle financier, sous l’éloquente étiquette
« Verbatim ». De la TNT pur vélin que l’Élysée surveille de très
près. Des personnalités politiques, de gauche et de droite, apparaissent
sous la plume minutieuse du scribe Menayas : Édouard Balladur et
Nicolas Sarkozy, mais aussi l’incontournable Charles Pasqua, Élisabeth
Guigou, Jean-Marie Cambacérès et Jean-Yves Le Drian, alors députés PS.
Ce dernier était aussi maire de Lorient, ville qui abrite un chantier de
la Direction des Construction Navales (DCN).
On apprend donc qu’au début des années 90, presque tous les partis
politiques, de gauche comme de droite, ont reçu des commissions à
l’occasion de l’exécution des grands contrats de la DCN-Internationale
(DCNI). Notamment à au moment de la vente de frégates à Taïwan et de sous-marins au Pakistan.
L’existence de ces grosses gâteries a même pu, à l’été 2004,
rendre crédible le montage, totalement fantaisiste, du faux listing passé
aujourd’hui à la loupe dans le procès Clearstream. Ainsi, Eurolux et
Heine – les officines luxembourgeoises qui distribuaient les prébendes
au nom de la DCNI – passaient elles par les services de la fameuse banque de compensation plutôt que par les virements bancaires classiques, plus transparents…
À la manœuvre de tout le système servant à alimenter les caisses noires
des partis politiques, se trouvait un personnage forcément discret,
Jean-Marie Boivin, alias Bacchus. Un monsieur au mieux avec l’ensemble du personnel politique tricolore. Sous Chirac, Bacchus avait ses entrées à l’Élysée. Et ce sont les confidences de cet homme de l’ombre,
consignées par le scrupuleux Menayas, qui tourmentent un président de la République qui l’est déjà trop.
L’encombrant « Verbatim » signé Gérard Menayas est aujourd’hui
dans les scellés d’une discrète instruction menée par les juges
Françoise Desset et Jean-Christophe Hullin. Ouverte sur des faits mineurs, une histoire de barbouzerie pour le compte de la DCNI, l’enquête a conduit à d’innombrables visites policières chez les principaux patrons des constructions navales. En janvier dernier, les flics français partaient même au Luxembourg perquisitionner les officines chargées de distribuer la manne. Vaine balade, les autorités du Grand-duché les boutaient hors de leurs frontières sans un document à garder en souvenir.
Comme une opportune convention européenne les y autorise.
Depuis, les deux juges du pôle attendent toujours le retour de la
commission rogatoire adressée aux autorités luxembourgeoises via la voie diplomatique classique.
Rédigés jusqu’en mars 2008, ces écrits ne constituent que « des
allégations non vérifiées », comme le constate une note de la
Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), dont Bakchich a pu
prendre connaissance. Reste qu’à l’Élysée, mais aussi chez les
socialistes, on suit comme le lait sur le feu l’évolution de ce dossier
judiciaire explosif. Passionnants à décrypter, les cahiers Menayas
comportent de nombreuses initiales : « NS », pour Nicolas Sarkozy,
« JPP », pour Jean-Paul Perrier, président de Thalès International.
Des codes apparaissent également « Bacchus », pour Jean-Marie Boivin,
grand manitou des commissions ; « DD » pour Andrew Wang,
l’intermédiaire flamboyant qui reçut près d’un demi milliard de
dollars pour le contrat des frégates.
Balladur et Guigou mis en cause
À propos du contrat des frégates, les cahiers Menayas révèlent que
« l’un des principaux bénéficiaires […] serait Édouard Balladur.
L’autre, Élisabeth Guigou, grâce à un système élaboré de prêts
adossés ».
Toujours d’après les cahiers Menayas, « les masses financières dont
Andrew Wang assurait la circulation occulte étaient destinées à la
France et, pour une part substantielle, à l’Allemagne. Pour notre pays,
elles devaient revenir au parti socialiste, à des membres du parti
républicain et des balladuriens, via Charles Pasqua… ».
Notons qu’une des rares traces de rétro commission retrouvée par le
juge suisse Paul Perraudin concernait Étienne Leandri qui, jusqu’à son
décès en 1995, fut le grand argentier de Pasqua.
Ailleurs, Menayas note : « Les rétros JMP/Bravo (nom de code du procès
des frégates) ont été rétrocédées à J.Y Le Drian », ancien maire
de Lorient.
Enfin, « JPP [Jean Paul Perrier] a utilisé la société Lobbying
Transasia Développement présidée par Jean-Marie Cambacérès. […] »
Jean-Marie Cambacérès, ancien député socialiste, était un spécialiste
de l’Asie.
L’Élysée suit le dossier de près
« Les autorités luxembourgeoises auraient découvert que NS aurait été
intéressé à SW2 [le contrat de vente de frégates à l’Arabie
Saoudite] avec le concours de Nicolas Bazire, voire de JL Lagardère, dont
il a fréquenté les haras… », note Menayas.
Le nom de Nicolas Bazire, à l’époque directeur de cabinet d’Édouard
Balladur, n’apparaît pas par hasard. Un rapport de la DNIF (Division
nationale des investigations financières), daté du 5 mars 2007 et versé
au dossier des juges Hullin et Desset, revenait sur la création de Heine,
une des officines luxembourgeoises créées par la DCNI. « Une
chronologie fait apparaître que la création de la société Heine, au
deuxième semestre 1994, s’est faite après accord de Nicolas Bazire et
du minisre Nicolas Sarkozy », notait le rapport des flics financiers.
D’après les cahiers Menayas, Nicolas Sarkozy aurait envoyé deux
émissaires rencontrer Bacchus, l’homme clé des commissions des
constructions navales. Cette initiative, pouvons-nous préciser à
Bakchich, date de l’époque où Nicolas Sarkozy était ministre de
l’Intérieur. L’enquête préliminaire qui devait aboutir à
l’ouverture d’une instruction judiciaire était engagée. Il y avait le
feu au lac apparemment.
Par ailleurs, Bacchus aurait reçu plus tard un courrier à l’en-tête de
la présidence de la République, de Claude Guéant, bras droit de Sarkozy, « s’excusant que le numéro 1 n’ait pas le temps de recevoir
Bacchus », mais s’engageant « sur un RV avec Hervé Morin »,
ministre de la Défense.
Un Procureur de Paris Prudent
Dans un courrier interne daté du 22 novembre 2007 et que le site
Bakchich.info avait publié, le procureur Jean-Claude Marin avait
effectivement averti sa hiérarchie qu’il allait « circonscrire »
l’enquête aux éléments les moins sensibles… « JC Marin, petit
frère, pilote l’instruction, dont il a sérieusement réduit le
périmètre. Il y a malgré cela affecté deux magistrats de premier plan.
C’est un opportuniste, balladurien reconverti à NS. », note enfin
Gérard Menayas.
A lire ou relire sur Bakchich.info :
Les articles de Bakchich.info consacrés à la DCN
A voir sur Bakchich.tv :
Bakchich Hebdo promène son scoop au procès Clearstream
Droit de réponse d’Elisabeth Guigou
"Suite à notre article « L’affaire qui hante les nuits de Sarko », l’avocat d’Elisabeth Guigou nous a adressé une lettre :
« Madame Elisabeth GUIGOU, députée, n’a été concernée ni de près ni de loin par l’exécution de grands contrats de la DCN-Internationale (DCNI) dans les opérations de ventes de frégates à Taïwan et de sous-marins au Pakistan auxquelles elle n’a, en tant que ministre des Affaires Européennes, rien su, et n’a, a fortiori, en rien été associée. Elle n’a jamais tiré quelconque bénéfice à titre direct comme à titre indirect de la conclusion comme de l’exécution de ces contrats tant à titre personnel que dans le cadre des différents mandats qu’elle a exercés.
L’allusion reprise d’un extrait de phrase supposée avoir figurée dans les cahiers d’un ancien directeur financier de la DCNI selon lequel ’l’un des principaux bénéficiaires […] serait Edouard Balladur. L’autre, Elisabeth Guigou, grâce à un système élaboré de prêts adossés’ insinue que Madame Guigou aurait tiré bénéfice des contrats des frégates au moyen d’un montage financier. Cette insinuation ou allégation ne repose sur aucun fondement. »
Droit de réponse de Jean-Yves Le Drian
"Suite à notre article « L’affaire qui hante les nuits de Sarko », l’avocat de Jean-Yves Le Drian nous adresse une lettre :
« Monsieur Jean-Yves Le Drian, Président du Conseil régional de Bretagne, n’a été concerné ni de près ni de loin par l’exécution de grands contrats de la DCN-Internationale (DCNI) dans les opérations de ventes de frégates à Taïwan et de sous-marins au Pakistan auxquelles il n’a, en tant que député et maire de Lorient, en rien été associé. Il n’a jamais tiré quelconque bénéfice à titre direct comme à titre indirect de la conclusion comme de l’exécution de ces contrats tant à titre personnel que dans le cadre des différents mandats qu’il a exercé. »
Droit de réponse de Jean-Marie Cambacérès
"Suite à notre article « L’affaire qui hante les nuits de Sarko », l’avocat de Jean-Marie Cambacérès nous a adressé une lettre :
« Monsieur Jean-Marie CAMBACERES, gérant de la société SARL TRANSASIA DEVELOPPEMENT, n’a été concerné ni de près ni de loin par l’exécution de grands contrats de la DCN-Internationale (DCNI) dans les opérations de ventes de frégates à Taïwan et de sous-marins au Pakistan auxquelles il n’a, en tant que député et maire de Lorient, en rien été associé. La société qu’il dirige a été créée en 1993. Elle bénéficie de l’assistance d’un expert-comptable. Sa vie statutaire et ses comptes sont réguliers. Sa vie sociale et fiscale est parfaitement transparente.
L’allusion reprise d’un extrait de phrase supposée avoir figurée dans les cahiers d’un ancien directeur financier de la DCNI selon lequel ’JPP [Jean-Pierre Perrier] a utilisé la société Lobbying Transasia Développement présidée par Jean-Marie Cambacérès […]’ insinue que la structure professionnelle de Monsieur CAMBACERES a pu servir de sas pour des flux financiers illicites.
Cette insinuation ou allégation à l’encontre de Monsieur Jean Marie CAMBACERES et de la société TRANSASIA DEVELOPPEMENT ne reposent sur aucun fondement. Elle leur porte par ailleurs un évident préjudice commercial. La société travaille toujours comme conseil avec plusieurs entreprises françaises et notamment la société THALES. Leurs relations sont licites et conformes en tous points aux usages professionnels comme à la législation nationale ou réglementation internationale. »
A lire ou relire sur Bakchich.info
Le procureur de Paris Jean-Claude Marin alerte l’Elysée sur des enquêtes touchant au financement de la campagne d’Edouard Balladur en 1995 (26/01/09)
Sur la place de Nicolas Sarkozy dans un circuit de rétro-commission (12/09/08)
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