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"Cette ville ne peut pas se passer de monsieur Dassault"

L’éternel retour. Pour la troisième fois en trois ans, l’UMP remporte les municipales de Corbeil-Essones. Avec 700 voix d’avance (53,71% contre 46,29% pour Bruno Piriou, le candidat communiste) pour la cuvée 2010 du scrutin.

Il fait nuit, les bars sont vides, tout est calme autour de la mairie de Corbeil-Essonnes. Sinistre dimanche soir.
Mais à l’autre bout de la ville, dans la très cossue villa de Serge Dassault, le milliardaire, avionneur, patron du Figaro et ex maire de Corbeil, l’ambiance est déjà à la fête. Les résultats du second tour des élections municipales sont attendus avec beaucoup d’impatience. Et dans une relative sérenité. A quelques minutes de l’annonce des résultats, les partisans de Jean-Pierre Bechter, le bras droit de Dassault, et candidat UMP à la mairie de Corbeil, croient déjà connaître l’heureux élu. « On a épluché la moitié des bureaux de vote, et on a déjà 800 voix d’avance sur Piriou ! » s’exclame un gardien. Dans le jardin des « Pinsons », autrement appelée « le château » de Dassault, des hommes attendent en discutant, d’autres surveillent l’entrée, dans l’obscurité.

A l’étage, le bureau de Jacques Lebigre, homme-lige de Dassault, ex adjoint du milliardaire, ex du SAC (le Service d’Action Civique), est plein à craquer. Assis au milieu d’une petite foule en délire, Lebigre épluche les résultats, et lance des pics contre l’adversaire communiste Bruno Piriou. Car comme au temps de l’URSS, ici, l’ennemi est communiste. « Ah, Piriou doit se ronger les doigts », déclare Lebigre. Avant d’annoncer les résultats définitifs : « on a gagné, on a gagné ! Avec 700 voix d’avance ! » Et les fidèles crient de joie. Puis descendent fêter la victoire dans le vaste living des Pinsons. Pendant ce temps-là, Jacques Lebigre charge tranquillement les journalistes « qui ont écrit des saloperies sur nous ». En référence aux dons d’argent de Dassault, révélés à plusieurs reprises par la presse.

Des dons d’argent qui ont coûté cher au milliardaire. En juin 2009, le Conseil d’Etat invalidait les élections municipales et condamnait le vieux Dassault à un an d’inéligibilité, pour « achat de voix ». Quant à Jacques Lebigre, surnommé le « porteur de valises », en septembre 2007, il s’est fait agresser (on l’a retrouvé à moitié fracassé dans le coffre de sa voiture). Ses promesses de dons d’argent n’auraient pas été tenues…

Dans la vaste salle de réception ornementée de photos et posters de Dassault, Serge Dassault et Jean-Pierre Bechter font leur entrée, en princes, sous les applaudissements du public. C’est le temps des félicitations. Et des longs entretiens avec les journalistes, venus nombreux.

Mais que dit Serge Dassault ? « Je continuerai à diriger la mairie de Corbeil comme je l’ai toujours fait depuis 1995 », lance-t-il sans complexe face aux caméras. Avant de poursuivre : « Jean-Pierre Bechter, c’est l’exécutif ». Un brin vexant pour Bechter ? Au contraire, le vieux fidèle intervient : « Serge Dassault est le véritable administrateur de la ville, moi je continuerai d’être le maire de terrain. Et bien sûr, Serge Dassault gardera son bureau à la mairie ».
Même Nicolas Sarkozy s’est fendu d’un petit coup de fil de félicitation à… Serge Dassault !
Pourtant, le milliardaire ne figure qu’en dernière position sur la liste de Bechter.

Pendant que les journalistes multiplient les interviews sans tellement oser demander si les dons d’argent allaient continuer, Jacques Lebigre se laisse aller à quelques phrases détonnantes. Dont celle-ci, qui vaut son pesant d’or : « Maintenant qu’on a gagné, on va être encore plus généreux ! » a-t-il ainsi déclaré à un adjoint de Bechter.

Soudain, une bande de jeunes entre dans la salle. Certains se disputent, deux se bousculent, commencent à se frapper. Je filme la scène. Mais un homme place sa main sur ma caméra. Un autre m’agrippe le bras. « Empêche-là de filmer ! », crie un troisième.
Ils partent. Puis, une femme, prévenante, s’approche : « Vous êtes folle, ce ne sont pas des gens fréquentables. Vous risquez d’avoir de gros ennuis ». Quelques minutes plus tard, l’équipe de France 2 se fera arracher un micro par un élu.

Des jeunes arrivent par grappes dans la résidence de Serge Dassault.
Nul doute qu’ils viennent féliciter leur maire !

Trois élections en trois ans

Les élections de 2008 puis de 2009 avaient toutes deux été annulées par le Conseil d’Etat qui s’était ému, dans sa grande pruderie, du déroulement des campagnes électorales. Notamment en cause, les méthodes fort dispendieuses de l’ancien maire Serge Dassault, adepte de la distribution d’enveloppes envers la jeunesse influente des quartiers sensibles. "Achats de voix" avaient traduit les pointilleux juges administratifs…et inéligibilité pour "Sergio".

Fidèle second politique, Jean-Pierre Bechter a alors chaussé les pantoufles de Papy Serge pour rafler la mairie en 2009. Las, le nom de Dassault apparaissait sur ses bulletins de vote. Invalidé…

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