Vous êtes ici

Quai d'Orsay: la peur de Wikileaks

La cause immédiate en demeure incertaine : Sont-ce les petits et grands secrets de la diplomatie américaine offerts en première exclusivité par Wikileaks à la curiosité gourmande et incrédule des citoyens du monde ? Ou le printemps arabe et les retournements de veste spectaculaires voire obscènes qu’il a suscité dans un certain nombre de chancellerie ? Ou bien encore la révélation début mars sur le site Internet de Paris-Match d’un piratage sans précédent de 150 ordinateurs de la Direction du Trésor, suivie de la grosse colère et la tirade du député UMP Bernard Carayon déplorant que «  …cette affaire (le piratage de Bercy) souligne la vulnérabilité des systèmes d’information publics »  ?

 - JPG - 63.1 ko

Toujours est-t-il que le 4 mars 2011, le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes lançait un appel d’offre tout à fait instructif : «  définition, pilotage et renforcement de la sécurité des systèmes d’information du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes  ».

Bug au démarrage pour sécuriser les systèmes d’information du ministère

Victime d’un léger bug de démarrage (la date limite de réception des offres était fixée au 18 mai à 17h30 au lieu du 30 juin à 12h00 indiqué initialement par erreur) le marché consiste en une mission de 5 lots [1]) dotée d’un budget total compris entre 1 050 000 et 4 000 000 d’euros selon les solutions techniques prodiguées par le prestataire.

A en juger par l’excellent «  rapport de cadrage du projet de mise en œuvre d’une politique de sécurité du système de sécurité du Ministère des Affaires Etrangères » remis dès janvier 2006 aux décideurs du « Quai » par les experts du cabinet SOLUCOM consultés sur le sujet dès fin 2005, l’idée était dans l’air depuis un bon moment.

Avec une exquise discrétion, SOLUCOM fondé par Michel Dancoisne et Pascal Imbert, omet d’ailleurs de mentionner le ministère des Affaires Etrangères sur son site Internet parmi ses références-clients. Las, un bug informatique dans la place des marchés publiques, avait laissé libre accès au dossier pendant quelques jours. Et avait permis à tout un chacun de se servir..

89 pages pour le dire

Télécharger l’Analyse des risques pesant sur les systèmes d’informations du Quai d’Orsay en cliquant sur l’image - PDF - 892.1 ko
Télécharger l’Analyse des risques pesant sur les systèmes d’informations du Quai d’Orsay en cliquant sur l’image

Même épuré, son rapport de 89 pages d’analyse des risques et vulnérabilités du ministère laisse toutefois entendre que l’adjudicataire du marché à 4 patates va avoir du pain sur la planche.

Bien entendu, s’agissant de protéger des secrets dits d’Etat, le Cahier des Clauses Administratives Particulières du marché comporte quelques dispositions garantissant que le lauréat ne va pas embaucher des vauriens d’Anonymous pour faire le boulot : le contrat est réputé « sensible ». Il oblige donc le titulaire à prendre des mesures de précaution y compris dans les contrats d’embauche de ses ingénieurs informatiques, pour s’assurer que le travail sera fait sans nuire à la sûreté ou aux « intérêts essentiels » de l’Etat : certains des consultants employés «  pourront faire l’objet d’une demande d’habilitation Confidentiel Défense soumise au Haut Fonctionnaire correspondant de défense et de sécurité ».

Télécharger le CPPAP du Marché en cliquant sur l’image - PDF - 189.5 ko
Télécharger le CPPAP du Marché en cliquant sur l’image

Nommé aux commandes du navire le 27 février pour boucher le trou dans la coque creusé par Michèle Alliot-Marie à coups de relations tunisiennes inappropriées, Captain’ Juppé doit trépigner d’impatience : le redéploiement radical et précipité des relations diplomatiques avec les régimes ensoleillés du Maghreb, de Libye, d’Egypte, de Cote d’Ivoire et demain de Syrie et d’Afghanistan va d’évidence laissé de traces. Les applications informatiques comme « DiploNet », la gestion du télégramme diplomatique sous « Sartre » ou « Schuman », « Phèdre » qui traite des plans de sécurité, « Tova » et sa valise diplomatique et surtout « Archibal » qui assure l’archivage des courriers et des notes, sont des maillons faibles qu’il convient semble-t-il, de renforcer au plus vite, selon le rapport de Solucom.

Nul doute qu’elles ne résisteraient pas longtemps aux assauts de hackers d’Etats. Et que leur défaillance serait de nature à affaiblir l’image de la France et de son gouvernement vis à vis des opinions publiques tant en France qu’à l’étranger. Sans parler de la capacité d’influence de l’inspiratrice de l’Union pour la Méditerranée…Par les temps qui courent, retrouver sur le site de Wikileaks une copie de la lettre d’invitation de Bachar El Assad au défilé du 14 juillet 2008 ferait peut être un peu désordre. Un risque inacceptable à moins d’un an d’une élection présidentielle à l’issue des plus incertaines.

A lire ou relire sur Bakchich.info


817 000 euros, c’est la somme qu’a réglé en 2008 le Gabon à une boîte de conseil pour laquelle a bossé Bernard Kouchner. La diplomatie française fait encore recette.
Breaking news : Michèle Alliot-Ben Ali a fui son ministère et quitté Paris à bord d’un jet qui l’a conduite vers Saint-Jean-de-Luz, selon notre envoyé spécial depuis son canapé.

Face aux trop nombreuses fuites dans la presse française, en particulier dans "Le Canard Enchaîné", de notes classées "top secret", le Quai d’Orsay a décidé de ressortir les grands moyens, à savoir la "plainte contre (…)

WikiLeaks.org met le feu aux poudres. Ce site s’est donné pour mission de révéler les secrets les mieux gardés de la planète. Peu au goût du gouvernement américain.