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Pour Betancourt, Sarko Ier était prêt à rencontrer Marulanda
Dans l’indifférence quasi générale, Wikileaks poursuit la publication des câbles émis par les ambassades US dans le monde. Le 11 mai, est paru l’un de ceux émis le 6/12/2007 par l’ambassade américaine à Paris à destination de sa maison-mère de Washington ; le sujet : « Sarkozy désireux d’agir sur la situation des otages en Colombie ». Pas triste. Une parfaite illustration de la « diplomatie spectacle » dont les enjeux échappent au commun des mortels…
Référence 07PARIS4650 2007-12-06 10 :35
« Résumé. Le lettre ‘preuve de vie’ de l’otage Franco-Colombienne Ingrid Betancourt a eu un impact profond sur le président Sarkozy et a renforcé son engagement personnel, selon son conseiller pour les affaires américaines Damien Loras.
Sarkozy examine les options disponibles à la suite d’un entretien téléphonique du 1er décembre avec le Président Uribe, lequel a rejeté la suggestion de Sarkozy d’une médiation par le Sénateur Cordoba et a au contraire, renouvelé sa demande d’une médiation française.
Bien que Sarkozy ait décliné un tel rôle sans un contact préalable avec les dirigeants des FARC et de disposer de quelque chose à mettre dans la balance comme des libérations de prisonniers, Loras a indiqué que le président français est prêt à faire quelque chose de « spectaculaire » dans les jours à venir, laissant présager de messages diffusés à l’attention de Betancourt et des FARC. Sarkozy met la « preuve de vie » attendue depuis longtemps au crédit de l’intervention de Chavez, point de vue partagé par Uribe.
Sarkozy s’interroge sur la manière d’exploiter discrètement l’influence de Chavez envers les FARC à l’avantage de la France (de la Colombie et des USA).
Commentaire : étant donné l’engagement personnel de Sarkozy, nous devons rester en contact aussi proche que possible des français pendant ce processus – un avis que Sarkozy partagerait nous a-t-on dit. FIN DE RESUME.
L’intégrale
Le 4 décembre, le Conseiller présidentiel pour les Affaires Américaines Damien Loras a indiqué que Sarkozy redoublait d’effort pour Ingrid Betancourt à la suite de la lettre de ‘preuve de vie’ adressée à sa mère. Loras a dit que Sarkozy est prêt à faire quelque chose de « spectaculaire ». Il a noté que le président français a envisagé de rencontrer le dirigeant des FARC Manuel Marulanda, mais s’en est finalement abstenu. Sarkozy est prêt à agir ‘dans les jours qui viennent’.
Sarko veut taper la discute avec les maquisards
Loras s’est félicité de la proximité du dialogue avec les américains sur ce point, précisant que Sarkozy a l’intention de discuter de la situation des otages avec le président Bush. Loras nous a alerté le 5 décembre dans la soirée pour nous indiquer que Sarkozy était sur le point d’enregistrer un ‘message de compassion’ destiné à être radio-diffusé à l’intention des otages, de manière à ce qu’ils sachent que la communauté internationale est mobilisée pour obtenir leur liberté, ainsi qu’une déclaration vidéo à destination des FARC leur demandant la libération humanitaire de Betancourt. Loras a déclaré que la présidence était inquiète et considérait que son état physique et psychologique s’était à ce point dégradé que sa vie était en danger.
Loras a indiqué que lors de l’entretien téléphonique entre Sarkozy et le président Colombien Uribe, Sarkozy a dit à Uribe qu’il existe maintenant des ‘preuves de vie’ qu’il attribue à l’intervention de Chavez. Sarkozy n’a pas demandé à Uribe de reconsidérer sa position sur la médiation de Chavez, suggérant plutôt qu’Uribe envisage d’autoriser celle du Sénateur Cordoba.
Selon Loras, Uribe a répondu négativement, demandant à Sarkozy que la France reprenne sa propre médiation. Sarkozy a répondu qu’il n’en ferait rien – au moins jusqu’à ce qu’Uribe permette : a) un accès à tous les dirigeants des FARC et b) une monnaie d’échange, sous la forme de libérations de prisonniers FARC ou tout autre outil de négociation du même type.
Loras a précisé que sarkozy ne pousse pas le gouvernement Colombien a rétablir Chavez dans le rôle de négociateur en chef, comprenant bien que cela est politiquement inacceptable pour Uribe. Dans le même temps, le Gouvernement français estime qu’Uribe plombe les efforts de Chavez précisément parce qu’ils paraissent donner des résultats. Les Colombiens craignent que Chavez rendent les négociations trop politiques et trop publiques. Loras a laissé entendre qu’il comprenait pourquoi les méthodes de Chavez étaient inacceptables pour Uribe ; il a toutefois mis en garde (sans entrer dans les détails) sur les problèmes qui pourraient survenir au cas ou Uribe prendrait des mesures contraires aux efforts du Gouvernement français. Loras a confirmé que les français recherchent toujours comment utiliser discrètement l’influence avérée de Chavez sur les FARC à l’avantage des français (et des américains et des colombiens) d’une manière qui ne rencontre pas d’opposition de Bogota.
Loras a souligné l’importance d’un travail conjoint avec les américains et les colombiens sur ce dossier. Il a ajouté que Sarkozy s’en entretiendrait avec le président Bush durant leur prochaine conversation téléphonique. Observant que Sarkozy ne manquerait pas de demander de l’aide, il a indiqué que ce dernier demandera au président Bush d’user de l’influence américaine sur Uribe de manière a donner à la France une liberté de manœuvre pour la libération des otages et pour intensifier les échanges d’informations sur le sujet. Loras a admis que les informations dont dispose la France dans la région sont minimes : la France veut améliorer sa connaissance des FARC. Il a spécifiquement fait mention du fait que des dirigeants des FARC ont de la famille en Europe, ce qui pourrait constituer un moyen de négociation le moment venu. »
Les Farc éiminés grâce aux indiscrétions françaises ?
L’Histoire s’avère donc d’une cruauté sans borne pour les idéalistes. A plus forte raison lorsqu’ils font preuve d’amateurisme ou de naïveté : Les gesticulations de notre diplomatie à l’aube de l’année 2008 resteront sans lendemain. Le 7 mars 2008, lors d’une conférence de presse, Dr Kouchner, ministre des affaires étrangères clairvoyant et emphatique, confirme que le gouvernement français est en rapport avec Luis, Edgar Debia Silva, alias Raùl Reyes ; autrement dit quelques heures avant sa mort, d’une balle en pleine tête. ANNCOL l’organe des FARC ne se gênera pas, un peu plus tard, pour affirmer que c’est à cause de ce bavardage, que l’armée Colombienne bien aidée par les « grandes oreilles » de l’Oncle Sam, est parvenue à localiser le camps de Reyes et à le rappeler brutalement à Dios. Quant à celle de Pedro Antonio Marin, alias Manuel Marulanda, alias « tir précis » elle, sera officiellement annoncée par les FARC le 25 mai 2008 avant qu’il n’ait eu la chance de rencontrer El Presidente…
Ingrid Betancourt est finalement libérée avec 14 autres otages le 2 juillet 2008 par l’opération « Jaque » menée avec brio par l’armée colombienne et ses discrètes amies. Sans rancune pour le traitement diplomatique que lui inflige le Pays des Droits de l’Homme depuis des mois, Uribe fait passer l’information au Quai d’Orsay 2 heures seulement avant l’annonce officielle de la libération des otages…
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