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Remaniement
Je n’ai jamais aimé l’expression « chaises musicales ».
Cela sent les après-repas de noces, avec cousins bourrées à donf, gamins endormis sur deux chaises accolés, tantes à gros derrière qui dansent le paso doble pendant que le djeunes s’emmerdent sec et que les heureux nouveaux époux préparent leur première scène de ménage officielle (grâce aux conseils avisés des belles-mères). Cela sent le formica, Yvette Horner, les kermesses d’antan, les soirées musette à la maison des vieux, bref, le seul fait d’assimiler cette horreur à un remaniement ministériel en dit long sur les hauteurs politiques que l’opération permet de découvrir.
Heureusement, dans celui-ci, il y a un bon gars qui est venu avec sa chaise sous le bras (ce qui fait au moins un dossier, diront les mauvais esprits), une chaise taillée sur mesure, dans le style gros tabouret. A Bakchich, nous aimons beaucoup David Douillet. C’est pourquoi, et avant toute autre considération, nous le félicitons. Il n’a pris la chaise de personne, c’est dire s’il a de la classe, et on ne saurait en dire autant de ces chacal(e)s qui se sont disputé le coussin de Lagarde.
PILE POIL, L’AGENDA !
Le contexte de ce remaniement est étourdissant. J’écoutais à la radio un commentateur puissant, un de ces profs d’études politiques dont on aimerait savoir où ils enseignent pour éviter d’envoyer nos enfants étudier là, tant ils oscillent entre parade rhétorique, banalités affligeantes et considérations cosmétiques qui laissent le citoyen moyen stupéfait. Là, il disait, le docte, que la libération des otages allait permettre à Sarkozy de « reprendre en mains l’agenda politique », que ces sournois de socialos lui avaient dérobé avec leurs manigances de primaire à rebondissement (et encore c’était avant que DSK soit libéré).
Tu parles ! Grâce à ce come-back étourdissant (bien sympa, en tout cas), le remaniement ministériel a été relégué toute la journée au ruban de news qui défile sous l’image, avec des fautes d’orthographe à gogo, style tweeter, et comme si cela ne suffisait pas, dans un déplacement capital au fin fond du Lot-Garonne, un énervé a voulu filer une claque à notre Président, ce qui a donné des images en boucle, et sans qu’on puisse savoir si le commentaire « jamais ce n’était encore arrivé » insistait sur la faiblesse du service d’ordre ou l’intensité exceptionnelle de l’animosité suscitée par l’homme de l’Elysée.
En tout cas, on a pu voir que le « bain de foule » était presque sec, une cinquantaine de pékins sur un petit rang, en dehors de la zone normalement filmée. Et là, on a regretté que notre Président ne se soit pas fait accompagner par David Douillet, malheureusement occupé à porter sa chaise, alors qu’il aurait pu sans mal terrasser l’insolent. Les hommes indispensables, c’est ça le problème, il faudrait qu’ils soient partout à la fois…
LA REVANCHE DU TATAMI
Eh bien, dans ce contexte de pas de pot, tout le monde aura regretté que, sans être présent à Brax (Lot-et-Garonne), notre champion n’ait guère été mentionné, au début, dans les titres courants de la partie de chaises musicales.
Dans l’ordre, on voyait tourner : chantage réussi pour Baroin, lot de consolation pour Pécresse, recasage pour Wauquiez, l’intello de la bande, et banane pour Lemaire. En second plan, deux centristes génétiquement modifiés UMP, qui réussissent à poser leur gentil derrière sur un strapontin (avant, on donnait des médailles : maintenant, on refile un maroquin), plus deux fantômes dont on n’a pas vraiment retenu le nom, mais ils sont très connus pour leur compétence dans leur canton.
Et tout à la fin, quelle misère !, David Douillet, l’homme de nos gloires olympiques, un vrai champion , qui fait fondre nos mamies corréziennes et nos pièces jaunes, et qui n’a jamais réclamé de médailles, puisqu’il en avait déjà tout un tiroir. Voilà un homme qui incarne nos fiertés nationales, qui remplit l’écran de sa présence monumentale, et tout ce qu’on nous montre de lui, c’est un plan dans son auto quand il lit un journal (on dirait le Figaro, mais c’est pas sûr).
A qui on se contente de demander pourquoi les Français de l’étranger ont subitement besoin d’un ministre, et qui répond. Oui, il répond que puisqu’ils existent il faut s’occuper d’eux. On ne saurait être plus judicieux, et on imagine avec quelle allégresse les intéressés ont appris qu’ils étaient désormais sous l’aile de David Douillet.
On m’a rapporté des scènes de délire à Londres, une manifestation spontanée avec pleureuses à Pékin, une messe d’actions de grâces à Gstaad. Mais on veut tout gâcher : sur nos ondes, à peine quelques commentaires perfides, suggérant que cette couvade était bassement électolariste, ou, bien pire, comme l’a osé ce fourbe de Méhaignerie devant une caméra féroce, qu’on aurait imaginé que les compétences de David Douillet le prédisposaient à d’autres tâches, sans même préciser lesquelles (on voit bien qu’il n’aime pas le sport). Pas la moindre allusion à la période entre le tatami et l’Assemblée nationale, où il est pourtant passé de l’eau sous l’ippon. Et quand, à la télé, on a présenté le nouveau ministre en train de « monter son cabinet » dans son petit studio de député, le cadrage était si sournois que d’aucuns ont pu croire qu’il aménageait des toilettes dans le placard du couloir….
VAS-Y, DAVID, ON T’AIME !
Bon, on sent bien que c’est mal barré, et qu’il y va par pur dévouement. D’abord, parce que des Français à l’étranger, il y en a déjà deux de moins, depuis jeudi matin. Supposons que le mouvement s’acccélère, que tous ces gens dont les revenus, comme ce nom ne l’indique pas, ne reviennent pas toujours, prennent un billet de retour pour le Puy de Dôme : David Douillet risque de se retrouver sur le tapis, pardon, sur le tatami. Un vrai gaspillage. Les autres, les énarques, les agrégés, les sciences-policés, ils sont facilement interchangeables : tu me laisses Bercy, je te refile le budget, on met machin aux universités et on laisse truc aux céréaliers, ce n’est pas la danse des canards, la valse des chaises dites musicales ; Lagarde jouait les sirènes musicales, mais cartonnait à Bethesda et devenait avocate bilingue : Jouanno brillait en karaté, mais passait son permis de sous-préfète à l’ENA ; le David Douillet, lui, il est simplement licencié de judo et diplomé du Fouquet’s, il s’est imposé à la force du kimono, c’est dire son mérite, en fait, sur ces bases, il peut tout faire – et on lui met sur le bras des gars dont le seul intérêt, c’est qu’ils vont peser 13 députés, et qu’en principe ils votent plutôt à droite !
Et s’ils se mettaient à tomber à gauche ? Parce que le judo, cela consiste à déséquilibrer, pas à soutenir ; et les premières choses que l’on apprend, c’est à se serrer la ceinture, puis à tomber de haut. Ca, y a pas mal d’électeurs de Sarkozy qui n’ont pas attendu Douillet pour en tirer les conséquences. Ouais, c’est pas gagné.
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