Vous êtes ici
Charlie Bauer ou la révolution en deuil
« Chez Mireille Dumas, ils avaient la trouille de me recevoir. » Le parcours de Charlie Bauer n’est pas fait pour rassurer les bourgeois.
Il n’avait pas 20 ans qu’il attaquait, arme au poing, des trains de marchandises pour en redistribuer le contenu dans les bidonvilles des quartiers nord de Marseille. On était dans les années 50. Né en 1943, ce fils de franc-tireur partisan a assumé l’héritage paternel. « Une enfance de classe », telle fut la sienne, vécue sous la double autorité du père et du Parti communiste, dont il est membre à 8 ans.
Il est adolescent quand la guerre d’Algérie se déclenche, opérant la fracture avec le Parti, « qui a voté les pouvoirs spéciaux au gouvernement Guy Mollet, en mars 1956 ». désertion organisée La valeur n’attendant pas le nombre des années, Bauer rejoint le FLN, et ce sont des convois ferroviaires de l’armée qu’il attaque avec ses amis pour refiler les armes dérobées à leurs camarades algériens.
Dans le même temps, ils organisent la désertion des pioupious qui ne veulent pas aller au front. « Tous les moyens étaient bons, j’ai même tiré une balle dans le pied d’un type pour qu’il se fasse réformer. » Il se souvient du « charnier de Kenchela, où était installé un camp militaire français, 1 200 corps suppliciés. J’ai vu parmi ces corps des hommes à qui on avait tranché les membres à la scie à bois. Et un corps qui avait une vrille énorme enfoncée à hauteur de l’entrejambe ».
Mesrine était con comme un balai
Parmi les tortionnaires, Jacques Mesrine. « Pendant la guerre d’Algérie, on aurait été face à face. » Bauer n’est pas tendre avec l’icône du grand banditisme : « Il était con comme un balai. » Mais l’expérience commune des quartiers de haute sécurité (QHS) les a rapprochés et ils s’associèrent pour les faire disparaître. « Les QHS étaient faits pour nous briser. » Il tempère : « En 1974, pendant les grandes mutineries dans les prisons, Jacques s’occupait plus de faire entrer du whisky et des cigares en prison. » Une grande partie de sa vie de résistance se déroula en prison. Vingt-cinq années au total, dont neuf en QHS.
Ceux qui vivent sont ceux qui luttent
Aujourd’hui retiré de la lutte armée, il évoque avec des trémolos dans la voix Monte Melkonian, combattant arménien né en Californie qui prit les armes contre les Aziris dans les années 70. En 1991 s’est posée la question pour Charlie Bauer d’aller combattre sur les plateaux du Haut-Karabakh, en Arménie. Il n’y est pas allé, son ami y laissa la vie en 1993. « Non, tu n’es pas mort, mon ami. Un obus ou une balle ne pourront jamais tuer celui qui, comme toi, transmet l’Idée. Cette idée universelle entre toutes qui traduit le devenir de l’humanité. Révolution ! » Idée que Charlie Bauer transmet aujourd’hui dans un livre, le Redresseur de clous (éd. Le Cherche Midi), et en paroles jusque dans les écoles. Cela effraie toujours autant le bourgeois. Ainsi, Luc Chatel, répondant à une missive du député UMP Luc Vanneste, s’est fendu d’une lettre, le 5 octobre, pour l’interdire de présence dans les lycées du Nord Pas-de-Calais. Il y aurait fait l’apologie de la « violence légitime » telle que la pratiquait Action directe. Bauer se défend, il n’a jamais rien dit d’autre que : « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent. » Hugo disait la même chose.
bauer_révolution_211010
envoyé par bakchichinfo. - L'actualité du moment en vidéo.




