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GOUROUS

Je crois que si j’étais madrilène, ou même, soyons larges d’esprit, simplement espagnol, j’aurais moi aussi les patates dans le filet en voyant le pognon dépensé pour accueillir le berger allemand, pardon, le pasteur germain qui réside au Vatican. Après avoir fait le siège de la Puerta del Sol pour exprimer mon indignation et manger un super jambon dans une sorte d’épicerie que je connais par là, j’aurais même, qui sait, tendu ma tête innocente pour recevoir les coups de matraque que les flics locaux distribuent avec une extrême onction sur les râleurs. Bref, je croyais que Franco était mort, et que l’Eglise espagnole, qui lui a tant donné et qui a tant reçu de lui, avait de bonnes raisons de faire le canard encore pendant cinquante ans pour faire oublier sa légendaire putasserie. Eh bien non, dans un pays sinistré où sur quatre joueurs de guitare, un est au chômage, un de ces pays qui, selon Monsieur Standard et Monsieur Poor, les Dolce et Gabbana de la notation, a gaspillé son pognon et fondu les plombs en inventant le crédit immobilier sur cent ans, dans un pays, donc, où la vente des bretelles est tombée à CCC-, vu que tout les monde se serre la ceinture, dans tout ce noir, la soutane blanche du rentier de la Jesus Christ Inc. en jette comme une pub pour Persil.

QUAND LA CHARITE SE MOQUE DE L’HOPITAL

À l’heure où de plus en plus de milliardaires demandent, non sans gentillesse, à payer plus d’impôts pour soulager la crise des riches et éventuellement la misère du monde, le pape campe sur la position de missionnaire : laissez à Dieu ce qui est à Dieu, et rendre à César ce qui est à César. Comme César est décédé depuis le 15 mars 44 avant Jésus-Christ (le veinard !), Dieu garde tout, c’est bien connu. Certes, ici où là, dans nos ex-colonies et celles des autres, on trouve encore des religieuses, mais il y a aussi des babas et des nègres en chemise, et personne ne voit là un signe de la bonté divine. Les mercenaires ne s’y trompent pas, en cas de conflit, rien de plus décevant, pour le repos du guerrier, qu’un baba. Il y a aussi des mères Teresa, des sœurs Emmanuelle (pas celle de la chaise en osier), des Pères Kouchner portant des sacs de riz, tout le petit artisanat de l’aide aux démunis, la PME mondiale des ONG.

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Mais une grande machine style Vatican and Co pour distribuer des fonds, c’est pas le style de la maison. Comme à Paris, où l’archevêché possède un tas d’appartements (c’est un des plus gros propriétaires de la ville, Balkany en rêve la nuit), eh bien, pas question d’en faire des chambres d’étudiants, on peut à la fois laisser venir à soi les petits enfants et les renvoyer chez plumeau quand ils sont grands, avec une sexualité, des livres athées pleins d’équations et des cigarettes à l’encens.

SIR GAGA

Dans ces conditions, les journées mondiales de la jeunesse, ça fait un peu jamboree du Racing, même s’il y a là des gamins prolos que la vue du pape chavire, faut les comprendre, moi, à leur âge, je rêvais d’enjamber Brigitte Bardot, eux, ils rêvent d’être pris en stop par la papamobile, chacun son herbe, mon gars, mais faut quand même veiller à pas intoxiquer les autres.

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© Oliv’

Tous ces rassemblements sur places et pelouses, ça me file un peu les chocottes, même Johnny au Stade de France, c’est limite comme sensation quand on pense au Hitler Magic Circus et aux Red Papys de la Place Rouge, ces groupes réputés qui faisaient un tabac au début, puis beaucoup de fumée à la fin. Et je n’évoquerai pas les célèbres piétinés du festival annuel de La Mecque, pour qu’on ne m’accuse pas d’amalgame. Quelque part, dans un coin de ma conscience, une voix me susurre que 80 000 personnes pour applaudir UN gars, c’est la limite à pas dépasser, faut pas aller au-delà, regardez, au PSG, pour ONZE types qui courent, ils n’atteindront jamais ce chiffre, même si leur émir importe tout son sérail, ses beaux-frères et son pompiste favori. On me répondra que Benedetto Sedicesimo, c’est pas un gondolier éphémère pour slow de l’été, c’est comme lady Gaga, une star planétaire. Je répondrai que la planète en question, c’est à tout casser 5% de la planète réelle, déduction faite des hérétiques, des pédophiles et des orphelins d’Auteuil. C’est mieux que lady Gaga, à ce compte, on leur refile la Suisse pour rassembler le troupeau et ils organisent un spectacle permanent, avec des journées mondiales de la vieillesse, de l’hostie à la mozzarella, du vin bios de messe bio, de l’arthrose pontificale, et des zones sèches car, hélas, il existe déjà une journée mondiale des zones humides.

RESTONS BONZES AMIS !

Au programme, avant lui, il y avait eu la grande saucisse de Toulouse, le Dalaï Lama soi-même, qui expliquait dans la ville rose comment voir la vie de la même couleur. Lui, il est clairement dans le camp gourou, et depuis des décennies, je ne sais même plus depuis quand au juste, il est comme le prix des allumettes (dans la chanson), il ne change pas, il ne change pas même ses draps, un rouge sur un jaune, avec l’épaule dégagée comme Gilda (mais sans les gants) et mon beau-frère qui adore porter un Marcel (mais plus court), ce qui prouve qu’il est parfaitement isotherme. C’est un bon point : une religion qui te permet d’économiser du fioul, ça a tout de même une autre gueule que ces cathos qui squattent Madrid pour un plat de mantilles sous prétexte que l’évêque de Rome a le même maillot que le Real.

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Le dalaï lama
© Moreno

Il n’a pas changé de coiffure non plus, pour les sous-vêtements, on sait pas, il faut bien que la religion s’appuie sur quelques mystères, par exemple, il paraît que ses urines, comme celles de quelques cyclistes de renom, a des vertus pharmaceutiques. A priori, c’est le gars sympa, toujours le sourire, détendu dans ses pantoufles aérées, pesant ses mots (un mélange de stoïcisme soft et de compassion béate), chaleureux avec les journalistes et avec Bush, ennemi des chinois qui bouffent notre économie avec leurs tongs à 3 cents la paire, sûr de se réincarner en exil parce qu’il a pas fini son job au Tibet mais ça, c’est quand il voudra, il l’a dit au Figaro. Là, il a rempli le Zénith de la Haute-Garonne (10 000 bouddhistes, tout de même…) avec Stéphane Hessel en guest star, ce qui est un super coup éditorial, pour nous dire qu’on ne fait le bonheur des autres que si on est soi-même heureux. Ben voyons. Le problème, c’est : comment les autres feront-ils mon bonheur, si je ne peux pas faire le leur ? Autre musique, mêmes paroles : Benoît ou Tenzin (c’est son petit nom, ça fait Everest), c’est Laurel et Hardy et vice et versa, tous les deux ils se font appeler « ma Sainteté », tous les deux sont chefs d’Etat, tous les deux sont dans le show business – mais à la différence d’Eva Joly, ils savent leur texte.

EVA DONC, PATATE !

En effet, dans le camp gourou, je ne manquerai pas de relever l’aisance avec laquelle la candidate écologique, visiblement illuminée de l’intérieur, a envisagé sa propre élection à la présidence de la République, ce qui est encore plus marrant que lorsque Bayrou murmure à l’oreille de ses chevaux. Il y a, c’est sûr, un problème de positionnement pour les Europe – Ecologie, qui est devenu parfaitement sensible depuis quelques mois : avant, on ne savait pas où ils se situaient, maintenant, on se demande s’ils existent en tant que tels. Ils sont tout entiers dans le Verbe, et c’est embarrassant quand on voit leur pythie ânonner lamentablement les notes qu’un HEC militant a gribouillées à son intention (elles sont clairement posées sous la tablette du micro) pour expliquer ce qu’elle est supposée penser sur la crise financière, c’est-à-dire : pas grand-chose.

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Madone ou Maldonne ?

Et le lendemain, comme touchée par la Grâce, elle nous fait le coup de la divine surprise du 22 avril prochain, oubliant, comme le lui a sournoisement rappelé le gourou roux de son club (qui a pris un sacré coup de blanc), la diabolique surprise d’un 21 avril antérieur. En l’écoutant vaticiner, je me posais des questions : si elle n’y croit pas, pourquoi ce cirque ? et si elle y croit, où est la cellule de dégrisement ? Les Verts, combien de divisions (je sais, je suis parfois trop dur) ? On vit à la fois un réchauffement climatique, un énième krach financier, un massacre de sangliers à l’algue verte, une malbouffe qui rend nos pauvres obèses et phosphorescents, et l’écologie nous sert cette parodie de politique ? Serait-on entrés dans l’adoration religieuse, phase ultime de l’idéologie, où la foi du charbonnier reste la seule justification d’un militantisme de louveteaux ? Alors, Eva, madone ou maldonne ?

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