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Un café avec Nono Guérini
La phrase a glissé. Avant l’audience du 4 juillet, au tribunal de police de Paris. Jean-Noël Guérini attaque Arnaud Montebourg pour diffamation privée. L’exiguïté de la salle facilite le contact.
Un rang devant, "Nono" Guérini sourit, prend la main qui se tend.
« - Vous saluerez votre propriétaire, vous allez lui coûter de l’argent avec les procès qui s’annoncent ?
Et pour se voir alors ? Vous savez bien que j’ai toujours cherché à vous joindre avant d’écrire.
Mais ça fait deux ans que vous écrivez des horreurs sur moi.
Un peu plus, en fait.
Ecoutez d’accord on va se voir. »
L’audience est reportée au 16 septembre. Pas le rendez-vous. Un SMS tombe une heure plus tard. « Venez prendre le café ». Closerie des Lilas, rendez-vous du tout-Paris, Maçon, politique, médiatique. Terrasse ensoleillée, végétale et accompagnée.
Les avocats de l’aîné des Guérini, Dominique Mattéi et Patrick Maisonneuve sourient, cigarillo entre les dents. Ravis de la tournure qu’ont pris les évènements. « Mes avocats auront toute une après-midi à eux pour interroger Montebourg, un café ? ».
« Je suis avec toi Jean-Noël » Roland Dumas
Volontiers. Madame sourit. Avocate elle aussi. Un peu plus taiseux, Rémy Bargès, directeur de cabinet, mis en examen pour destruction de preuve dans le cadre des enquêtes du juge Duchaine, pousse la tasse du nouvel invité.
« Attendez, il faut que j’aille saluer Yvette Roudy », s’excuse Guérini. L’ancienne ministre socialiste des droits de la femme passe par là. Plus tard ce sera Roland Dumas poing levé, canne tendue. « Tiens bon Jean-Noël je suis avec toi ».
Après Gbagbo et Kadhafi, Guérini ?
« Alors vous n’avez pas l’impression que vous vous acharnez sur moi ? ». Pas vraiment. L’enquête existe, les écoutes aussi, le boulot de la presse consiste quand même à enquêter. « Mais vous me traitez de mafieux, de voyou ». Jamais. « Ah je relirais, mais vous n’êtes pas tendre avec moi ». Pas seulement.
« Vous m’avez l’air honnête »
Jean-Claude Gaudin, Renaud Muselier, Patrick Mennucci, Sylvie Andrieux, la classe politique marseillaise a animé les colonnes de Bakchich. Jusqu’aux grandes entreprises des ordures, Suez et Veolia en tête, qui ont le don de passer à travers les mailles des enquêtes judiciaires dans les Bouches-du-Rhône. « C’est vrai je l’ai lu ce papier, ça m’a étonné que vous le fassiez », s’amuse Madame. « Je fais bien de vous parler, glisse Jean-Noël, même si vous m’avez massacré vous m’avez l’air honnête ».
Le coup de l’honnêteté. Une pommade sur l’ego, appliquée avec la même dextérité que son petit frère avant lui. « Mais vous vous trompez, je n’ai jamais pris un euro, un centime, c’est pour cela que je peux marcher la tête haute ». La lettre anonyme qui a lancé les procédures judiciaires qui ont conduit son frère Alexandre en prison six mois ? « Des malveillances venues de mon camp et de mes ennemis politiques ». La presse ? « Aux ordres et parfois je l’attaque quand elle va trop loin ». Mais elle n’invente pas les faits, les écoutes judiciaires, à l’instar de celle où Jean-Noël prévient Alex qu’une enquête va être lancée, même si elle est fausse. L’enquête est alors déjà lancée…
Regards vers les attablés, un petit signe du menton. « Vous voyez bien l’information est fausse. Et avertir son frère d’une possible enquête n’a rien de répréhensible », plaident ses conseils. Aux questions précises, Nono louvoie vers ses avocats, sur lesquels glissent les interrogations. Les mêmes pour lesquelles le juge Duchaine le convoque ce 8 septembre pour une mise en examen.
Le Conseil général des Bouches-du-Rhône a voté deux délibérations le 22 novembre 2004 relatives à la décharge du Mentaure. L’une pour préempter un terrain voisin pour des raisons écologiques, l’autre pour financer des travaux d’extension de la communauté d’agglomération d’Aubagne sur ce même terrain. La gestion de la décharge sera finalement attribuée à Alexandre Guérini par la communauté d’agglomération d’Aubagne. « C’est plus compliqué que cela voyons, il a été demandé de préempter », charment les avocats.
« Certains de mes adversaires connaissent bien le grand banditisme
»
Autre décharge, même défense. La Vautubière dans l’arrière-pays marseillais, gérée par Alex pour l’agglopole Provence. Un conflit oppose la communauté d’agglomération de Salon à petit frère au sujet d’une taxe à payer. Lequel petit frère, selon les écoutes largement relayées par la presse - dont Bakchich-, demande l’intervention de son aîné afin qu’un avocat ami soit désigné. Nono paraît intercéder. Mais la transaction n’aura pas lieu. Alex va payer. « Vous voyez vous-même. Même si notre client s’en rappelait, ça n’a eu aucun effet, c’est un peu mince ! ».
A l’évocation de liens avec le grand banditisme, de ses sociétés qui ont raflé des contrats avec le Conseil général ou ses satellites, Nono reprend la parole. « Je n’en savais rien et d’ailleurs j’ai appris que si je ne connais pas cette famille, certains de mes adversaires la connaissent bien ».
L’allusion à Lou ravi de la politique marseillaise, Renaud Muselier, n’est même pas voilée. Fer de lance du combat anti-Guérini, le tout nouveau patron de l’Institut du monde arabe n’a jamais caché son amitié pour Jean-Luc Barresi, grand-frère de Bernard, parrain présumé du milieu marseillais et des entreprises qui ont bénéficié de largesses du Conseil général. « Vous avez été l’un des seuls à l’écrire d’ailleurs ». Merci pour le coup de brosse, Mme Guérini.
« Oui je fais du clientélisme, on en fait tous
»
Patrick Maisonneuve s’excuse. Un rendez-vous. Légèrement titillé, Jean-Noël aborde le domaine politique. Et lâche les noms. « Tous ceux qui m’attaquent aujourd’hui, les Montebourg, Mennucci, même Muselier, je les ai aidés à un moment dans ma vie, voilà comment ils me remercient. J’étais même proche de Montebourg quand nous soutenions Ségolène Royal ». A leurs attaques, selon lui, une seule origine. « Ils pensent tous que je veux prendre la mairie. Mais il n’y a que des pieux à prendre là-bas, comme à la communauté urbaine. A ma place au Conseil général, je suis tranquille. Là où je suis, je suis libre », ronronne le sénateur avant de lâcher gourmand,« même de me présenter aux législatives ». Et de faire du clientélisme ? « Oui je fais du clientélisme, on en fait tous. Mais avant moi il y avait qui ? Et il faut savoir que je ne suis resté que quatre mois à la tête de la fédération ». Responsable mais pas coupable en quelque sorte. Pas seul en tout cas.
« J’ai appris la politique avec Defferre et je la terminerais comme cela
»
A l’évocation de ses ouailles socialistes, Nono pouffe ou s’esclaffe. Mennucci ? « Il ne va pas me donner de leçon de clientélisme quand même ? » Andrieux ? « Je lui ai dit ce que je pensais d’elle », et cela a été relaté dans le Canard Enchaîné. Le député René Jibrayel après des mois à l’agonir, s’est rangé derrière lui sous les rires moqueurs ?« Oh tu te rappelles Rémy, la grève de la faim qu’il a voulu faire devant mon bureau ? »Relaté dans Bakchich…« Jibrayel je l’ai même soutenu face à François Hollande au moment de la législative de 2007. Hollande ne voulait pas qu’il se présente et laisser la circonscription aux communistes. Je lui ai dit écoute d’accord mais je me présente moi. Jibrayel a été élu. Hollande a été un bon Premier secrétaire, comme Martine Aubry, elle a bien oeuvré au rassemblement. Et je dis ça alors que je ne l’ai jamais soutenue dans un Congrès ». Un soutien gratuit et désintéressé en somme. « Je n’ai pas de regrets. Vous savez j’ai appris la politique avec Defferre. Pas comme bras droit hein, j’ai commencé comme son porte-serviette. J’ai appris la politique avec lui et je la terminerai comme cela ». La plaidoirie devrait ravir le juge Duchaine.
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