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Valise (s)
« Alors j’ai dit à ma femme, fais la valise, on rentre à Paris ». Comment ne pas évoquer l’ombre rouge de Georges Marchais, puisqu’on est dans les parages de la Fête de l’Huma, et qu’il y a de la valise dans l’air ?
Cela prouve que des valises, il y en a partout, à gauche comme à droite, alors, gaffe aux basses insinuations sur le transit des bagages entre la Françafrique et les ténors de la Droite. On imagine mal Hollande ou Mélenchon pliant leurs effets persos dans un sac de sport, et encore moins Martine Aubry glissant ses dessous chics dans un un sac poubelle pour voyager. Quelle honte de les voir mettre en cause les ténors de la Droite pour des malettes dont on ne sait même pas la marque !
L’ATTACHE-CASE DE L’ONCLE TOM
L’Afrique, pour les Ballladur, Chirac, Villepin, Sarkozy, ce n’est pas un pays avec des gens tout noirs et des dames en boubou qui pilent le mil en remuant leurs loloches, c’est leur famille.
Quand ils se retrouvent avec les grands chefs locaux, ils s’embrassent comme cousin-cousine, ils esquissent des larmes d’émotion, s’il n’y avait pas de photographes ils se rouleraient un patin. On n’oubliera jamais l’affection paternelle qu’avait Giscard pour Bokassa 1er, dont il était pourtant facile de voir qu’il était l’Empereur des Connards, avec sa peau de panthère, son couronnement napoléonien, son slip en crinière de lion et ses diamants en diamant véritable.
Donc, s’ils s’appelaient « papa » et « fiston », c’était du vrai, du ressenti. Tout à fait dans la tradition : quand Sarkozy fait la bise à Merkel, on sent qu’il se force, tandis que lorsqu’il installe la tente du Roi de Libye sur ses pelouses, il le fait comme lorsque le tonton d’Aubervilliers vient passer huit jours de vacances dans le Loir-et-Cher, allez, tonton, laisse les femmes installer la caravane, c’est l’heure du jaune ! Et l’on s’appelle mon frère, mon cousin, papa, maman, la bonne et moi, le gros monarque ouvre son harem, le président ouvre ses jardins comme à la journée du patrimoine, la famille, c’est sacré.
C’est marrant comme la presse, qui sait tout, surtout au Figaro, met la pédale douce sur ces effusions rituelles et familiales, sur ces échanges de cadeaux (une pendulette de Sèvres contre huit cents kilos d’ivoire), sur ces coutumes d’hospitalité bien réchauffantes – mon cousin du Gabon cherche un petit pied-à-terre sur la Côte d’Azur ? un ch’ti manoir en Touraine ? un hotel particulier à retaper avec vue sur la tour Eiffel ? Passez seulement au bureau, on vous donnera des adresses et des permis de construire pour installer des Vélux ! Faudrait voir qu’on les traite comme des tyrans, pour se faire traiter de racistes comme cet auvergnat d’Hortefeux !
MEME PAS RECONNAISSANTS !
Il est donc absolument normal que des petits cadeaux entretiennent tant de belles amitiés. Attention, pas des amitiés diplomatiques, sans chaleur, impersonnelles, guindées : des affections de personne à personne, comme sur Meetic, des gens que les hasards de l’Histoire ont fait se rencontrer et qui s’adorent littéralement.
Les valises de pognon, elles ne vont pas de Sosthène Ier, président démocratique de l’Oubangui -Chari Reconstitué, au gouvernement de la France, elles sont livrées à Edouard, Nicolas, Jacques, Dominique, c’est personnalisé comme les peignoirs du Ritz, il y a même des étiquettes sur les valoches pour pas les mélanger, et des porteurs spécialisés qui ne viennent pas de l’Aveyron profond, non, des éminences grises, moitié noir moitié blanc. Il faut compter les billets ? Je vous en prie, entre amis, c’est la confiance, laissez ça là, à côté du petit noël de L’Oréal …
Après quoi, nos messieurs de la Droite les laissent tomber. On choisit ses amis, on choisit pas sa famille : de l’air, le cousin de Ouagadougouu, le tonton de Yamoussoukro, le frangin de Bangui, le parrain gabonais et tutti quanti. C’est un peu l’histoire de Médor : il ne lui manquait que la parole quand il jouait avec nos gosses, et il a fini attaché au pied du lampadaire sur une aire d’autoroute. C’est la faute à l’Afrique : pas moyen d’avoir une famille stable avec ces ressortissants d’un pays où tous les tyrans sont renversés par d’autres tyrans qu’il faut bien adopter, comme Médor, en les félicitant d’avoir pendu à un croc de boucher le précédent que dans le fond on n’aimait pas vraiment, pour les valises, on continue comme avant, pas de problème, ça roule, ma poule…
Heureusement, il y a des choses qu’on ne peut pas dire. Par exemple, je ne dirai pas que dans ces affaires de valises, il y a ceux qui les reçoivent, pas la peine de vous faire un who is who, mais il ya aussi ceux qui les envoient. Comme il est de bon ton de parler d’une fantastique aspiration de l’Afrique à la démocratie, et même d’en voir des preuves évidences dans des élections libres qui n’ont fait que trente mille morts, je ne dirai donc pas que le temps des valises est bien plus durable que celui des cerises.
VALISES AVALISEES
Le temps passe, la valise reste, et l’Afrique ne fait des progrès que dans les colonnes des journaux. Parce que le contenu des valises est volé à des peuples visiblement prisonniers de leurs antiques servitudes. Parce qu’il ne faut pas dire non plus que l’Afrique a toujours pratiqué l’esclavage, bien avant les colonisateurs : la preuve, c’est pas dans le nouveau programme d’histoire pour la classe de 5e, mais chut, il faut étudier un grand royaume de l’Afrique sud-saharienne – au moyen age, évidemment. Pas question d’étudier les royaumes actuels, d’évaluer le poids de l’islamisation dans la région, de faire la moeurs de Total et d’Areva dans ces paysages. Ni de faire une cartographie de la misère, des tribalismes, de l’illettrisme galopant et des fonds détournés par une bonne douzaine de potentats odieux béatifiés par des parodies d’élection et l’onction lamentable des colonisateurs d’hier, aujourd’hui tellement occupés à se repentir que ça leur bouffe tout le sens moral.
Avec l’Afrique, la France a des relations privilégiées, vous n’allez tout de même pas dire à votre chère tante Irma qu’elle a la gueule de travers, des fringues de pétasse et des moeurs à l’avenant ? Il faut faire preuve de tolérance, autre vertu bien française. La preuve, Kagamé, hier encore traité en terroriste, et maintenant autorisé, façon lady Macbeth, à laver ses mains un peu rougies de sang dans les lavabos de l’Elysée. Ou Gbagbo, en sens inverse, dont on ne sait vraiment plus quoi faire depuis qu’on a pris Ouattara pour beau-frère. Et bien sûr Khadafi, n’y revenons pas, mais Nicolas le Rusé l’a vachement kiffé et peut-être tapé de quelques biftons, va savoir , et maintenant on lui fiche des bombes dans la gueule, famille, je vous hais. On a de nouveaux cousins, espérons qu’ils n’émargent pas tous à Al-Qaïda, c’est con de recueillir un psychopathe dangereux en l’installant dans la chambre d’amis… Au fait, ils ont de grosses valises, à Benghazi ?
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