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Au Milieu couve l'Etang de Berre
Si l’été s’est achevé à Marseille, la chaleur n’a pas quitté la ville, ni le bureau du juge Duchaine, où les convoqués sont invités à venir transpirer. Une sueur pour donner encore un peu plus de sel au vaste tableau du clientélisme qui sévit dans les Bouches-du-Rhône, patiemment peint par le juge et ses pandores. Nom de code Guernica, le tableau d’un massacre qui a ses grands noms. Dont les sénateurs Jean-Noël Guérini, mis en examen pour association de malfaiteurs, ou Serge Andréoni dont seul un souci de santé a empêché pour l’instant la comparution. Le tour des avocats va également venir. Selon nos informations, Régis de Castelnau attend sa convocation. Et Alexandre Guérini, le frère du président du Conseil Général, va à nouveau gouter dans les prochains jours, à l’indicible joie d’une mise en examen.
A côté des grandes figures de la toile, de plus petits ont été pris dans les filets judiciaires. A l’instar de Raymond Bartolini.
Bartolini, Berre tranquille
Eternel directeur des services techniques de la bonne ville de Berre, élu depuis 2008 à la mairie et à la communauté d’agglomération, l’homme à la moustache a été mis en examen pour « favoritisme », « corruption passive », « blanchiment » et placé en détention provisoire à la prison des Baumettes le 9 septembre dernier. Lui est reproché d’avoir favorisé la société de construction ABT à plusieurs reprises dans des marchés de construction de la ville de Berre. Simple petit coup de pouce à une entreprise en difficulté ?
Pas vraiment, pas seulement. ABT est soupçonnée d’avoir servi de sociétés taxis pour détourner les sommes d’une myriade d’appels d’offres de collectivités locales…et d’être tenue par des hommes proches du grand banditisme. Des conversations téléphoniques entre Damien Amoretti, Patrick Boudemaghe, les gérants successifs d’ABT et Bernard Barresi, légende du milieu marseillais, arrêté en juin 2010 après 20 ans de cavale ont notamment été interceptées par la justice.
Raymond Bartolini avait déjà été entendu au printemps dernier par le juge à propos des marchés de photocopieurs présumés frauduleux. Les enquêteurs l’avaient photographié en compagnie d’Alexandre Guerini et Sylvain Benarouche (surnommé « la photocopieuse » dans les écoutes) sur le parking du Sofitel de l’aéroport de Marignane. Ici, il n’est plus question de l’entremise d’Alex, seulement d’une proximité troublante de l’élu de Berre avec l’équipe du petit chemin d’Aix à Gardanne, l’une des planques de Bernard Barresi en cavale…et siège social de la société ABT.
Le marché fantôme
Plus spécialiste de l’évasion que de la construction, l’entreprise ABT a en effet obtenu plusieurs marchés avec cette commune de l’ouest des Bouches-du Rhône. Le dernier en date, d’un montant de 5 millions d’euros, est celui qui intéresse au plus près les enquêteurs. Il concerne la construction d’un centre administratif à deux pas de la mairie.
Il y a quelques mois, Bakchich avait suivi la piste de cet étrange chantier débuté en 2008, toujours inachevé…et fantômatique ! Introuvable dans les archives numériques du BOAMP (Bulletin officiel des annonces de marchés publics) inaccessible à la sous-préfecture de Salon de Provence, l’appel d’offres du marché avait finalement été présenté à Bakchich par… Raymond Bartolini soi-même.
Et le désormais locataire des Baumettes de sortir, dans un souci de transparence, une pile de documents. Malgré ses justifications, « ABT avait de très bonnes références. Elle avait pignon sur rue et un chiffre d’affaire de six millions d’euros par an. Son dossier technique était énorme avec des gens compétents… ». Du bel et bon ouvrage, qu’un compte rendu de chantiers que Bakchich a pu se procurer vient écorner.
La bande de Gardanne
Y apparait par exemple le nom d’un sous-traitant (agréé par la mairie) inconnu dans le milieu de la construction, OBR. Cette mystérieuse entreprise créée après la clôture de l’appel d’offre, sans référence ni bilan, appartenait en fait à Bernard Barresi, légende du milieu marseillais arrêté en juin 2010.
Gérée par Carole Serrano, sa compagne, OBR a tous les atours d’une coquille vide représentée sur le chantier par un mystérieux J-M B. connu pour être proche du bandit marseillais. La carte professionnelle de Raymond Bartolini avait été saisie sur le yacht qu’occupait Barresi le jour de son arrestation.
En outre, l’architecte et maitre d’oeuvre de ce chantier, Bruno Miranda, apparaît lui aussi dans plusieurs marchés aux côtés d’ABT, marchés étudiés de près par la justice. Lorsqu’on évoque avec l’architecte la présence mystérieuse d’OBR, il est catégorique : « ils se présentaient accompagnés d’un artisan avec lequel on travaille régulièrement. Nous étions en confiance, même si on avait des doutes sur la société : on avait bien vu qu’elle était domiciliée à la même adresse qu’ABT ». L’artisan en question, lui, nous donne une version contraire. « C’est le maître d’oeuvre (l’atelier Miranda) qui m’a appelé pour venir en soutien technique à cette entreprise. On rendait service, c’était un geste commercial. »
Un compte au Luxembourg à l’insu de son plein gré
D’un geste commercial l’autre.
Raymond Bartolini, homme discret et affable, possèderait un compte au Luxembourg. Selon son avocat, « il a été ouvert à l’initiative de Patrick Boudemaghe et devait servir à un investissement immobilier aux Antilles ». Précisément à Saint Martin où l’élu rend fréquemment visite à sa fille (ancienne avocate du Conseil Général !). C’est la découverte de ce compte qui lui vaut d’être mis en examen pour « blanchiment en bande organisée ». Coup dur pour Bartolini qui pensait éviter les ennuis après avoir viré ABT du chantier à grand renfort d’huissiers en 2009, alors que les enquêteurs s’intéressaient déjà à Boudemaghe. Trop tard probablement…
« Il n’y a rien de précis dans le dossier permettant de dire qu’il a reçu des fonds pour favoriser la candidature d’ABT, conteste son avocat Guy Alias. Ce qu’on lui reproche, c’est de connaître Patrick Boudemaghe », ledit gérant de ABT…
Aujourd’hui, Raymond Bartolini, qui affirmait il y a quelques mois ne pas connaître personnellement Patrick Boudemaghe, est obligé de reconnaître qu’ils étaient liés par des projets communs. « Il préparait sa retraite, il voulait créer une SCI », affirme son avocat. Une confrontation entre les deux hommes a été organisée le 27 septembre dans le bureau du juge.
Où la chaleur, au moins, a du lui rappeler Saint Martin.
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