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Mafia en France, un prêcheur dans le désert

Conséquence probable de la vague de corruption qui déferle sur l’Europe de l’Ouest relativement épargnée jusqu’à la fin des années 80, le traitement médiatique des sujets de société fait actuellement la part belle à la criminalité en général et aux mafias en particulier.

C’est vrai que le mot est évocateur et fantasmatique : sea, sun, sex, gros calibres et bacs d’acide ; un phénomène illustré par le splendide succès de Gomorra en librairie, savamment orchestré par un plan marketing top-classe : la tête de son auteur, Roberto Saviano, serait mise à prix par une quinzaine de familles calabraises et il ne devrait qu’à sa bonne étoile de ne pas encore avoir été vitrifié à la sortie d’un plateau de télé…

Le marché est donc porteur et le garçon fait des jaloux chez les experts patentés en criminalité qui se désolent de constater qu’en France, ce sont les malheureux Rom qu’on a placé en tête de gondole de ce produit d’appel.

La chasse aux Roms plutot qu’au crime organisé

Pendant qu’on traque le cleptomane unijambiste ou baby-faced, on fait l’impasse sur les mafias, les vraies, qui prospèrent dans l’ombre, se lamente-t-on au sein des think tanks spécialisés qui poussent comme des champignons.

Prenez le cas de Fabrice RIZZOLI par exemple ; le mec est l’Interpol à lui tout seul : auteur d’une thèse sur les mafias italiennes, il est chercheur associé au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (www.cf2r.org) où il anime un cycle de conférences modestement titré « les mafias et la République » dont le thème n°2 («  La France : état des lieux des ‘situations mafieuses’ terre d’accueil des mafias et aire de blanchiment  ») devrait logiquement être sponsorisé par la Place Beauvau…

RIZZOLI enseigne aussi « les sciences criminelles » au Centre d’Enseignement et de Recherche Privées en Analyse de Recherches Criminelles (CERPAC) ; sans parler de ses recherches à l’Observatoire Géopolitique des Drogues (OGD), de ses jobs, moins prenants, de chargé de mission à l’Observatoire Milanais sur la Criminalité (OMICRON) – diantre - ou encore de consultant auprès de la Commission Européenne et d’Officier de Protection au Ministère des Affaires Etrangères…Respect man ! vraiment impressionnant…

Un été sanglant

Avec un tel cursus, on est simplement sidéré de trouver le 23 septembre sous sa signature en version anglaise sur le site flarenetwork.org, un article désolant de banalité, à peine digne d’une rubrique « faits divers » d’un canard de la PQR. Un truc pourtant supposé faire écho aux propos des juges italiens de la Direction Nationale anti-mafia (DNA – voir encadré) et illustrer de manière « punchy » la thèse de ces messieurs selon laquelle, en France, mafia ? connaît pas !

Prenons donc connaissance de ce rapport d’expert sobrement intitulé «  un été sanglant » :

« Comme chacun sait, la mafia est inexistante en France. Peut être la présence du crime organisé mais, de quel genre ? Jetons un coup d’œil sur les récents évènements survenus en France qui justifie pleinement qu’on qualifie les derniers mois d’ ‘été sanglant’

Le 23 août à Aix en Provence, dans l’arrière pays marseillais, un tueur a liquidé de 3 balles un homme à l’extérieur de l’hôpital ( ?). Une dans la poitrine, la seconde dans l’abdomen et la dernière dans le bras. Mohamed, 33 ans, connu des services de police comme un caïd de Vitrolles, n’a pas survécu.

Au sud pleuvent les balles

Il a été abattu devant un commerce utilisé comme un lieu de rendez-vous dans la banlieue d’Aix, à Encagnane.

« Ils sont arrivés à 10 heures du soir, ils ont sorti des tables et des chaises. Pour autant que je me souvienne, ils ont beaucoup bu et fumé des joints et ont fait du bruit jusqu’à 2 heures du matin » a déclaré l’un des voisins « et puis la file de voitures s’est formée, chacun espérant vendre sa came. Nous avons appelé la police plusieurs fois mais sans résultat » ont affirmé de nombreux témoins.

Aix en Provence est une ville prospère où l’on trouve de nombreux clubs et des brasseries pleines de machine à sous. Ici, l’usage de la violence pour défendre son territoire est aussi répandu qu’à Marseille, la région française la plus criminalisée après Paris. Aix est un carrefour névralgique entre l’Italie l’Espagne et la vallée du Rhône. De plus, c’est le siège de la Cour d’Appel.

Les dealers français locaux qu’on nomme « caïd des cités » ne font pas le poids à côté d’autres organisations criminelles françaises comme les Corses par exemple.

La mafia est moins visible au soleil

En Mai la police Dominicaine a appréhendé deux français à l’aéroport de Puerto Plata. Expulsés de République Dominicaine, ils étaient sans doute en train de recruter des « mules ». Un autre individu de 39 ans a été arrêté. Vivant habituellement à Caracas, il possédait un faux-passeport vénézuélien et une fausse carte d’identité professionnelle d’enquêteur des Nation Unies.

48 kilos de cocaïne ont été saisis dans son appartement du « Luth » à Gennevilliers, plaque tournante du trafic de drogue dans la région parisienne. Il avait été condamné par contumace à 15 ans de prison pour meurtre en 2008. Il a également été mis en cause à la suite de la saisie de 110 kg de cocaïne dans un appartement de Neuilly sur Seine en novembre 2010.

Les trafiquants de drogue français ont commencé à faire usage des mêmes méthodes violentes que les organisations mafieuses. A Tarascon dans le sud de la France, un homme à scooter à tiré plusieurs balles dans la jambe d’un individu. Une forme de « Gambizzazione » un message dont fait usage le crime organisé. La victime était recherchée à la suite de sa condamnation à 2 ans de prison, pour tentative de vol en bande organisée. Il a été transféré à l’hôpital de la prison des Baumettes à Marseille.

L’exemple corse

Le tableau ne serait pas complet sans le point de vue Corse. Le 2 août, en Corse, Adrien Chilini a été assassiné. Il était connu de la police pour avoir été accusé d’une tentative de vol dans une banque de Bastia. Chaque année, une trentaine de meurtres sont commis en Corse pour une population totale de 300 000 personnes. 2 élus ont été tués au cours des 6 derniers mois.

Faute de mafia française, il existe des mafieux étrangers. Le 10 juin, dans le cadre de l’opération « Crimini »’ayant conduit à l’arrestation de 180 suspects, la police française a appréhendé un individu impliqué avec les clans calabrais.

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Le 9 juin, en collaboration avec la PJ de Nice, la police italienne a arrêté à Vallauris un résident français né en Italie. Le 25 mars, un tribunal de Toulon a condamné plusieurs membres de la Camorra pour détention d’armes et contrebande de véhicules entre la France et l’Italie. Le chef du réseau est un italien de 30 ans, déjà condamné à 8 ans de prison en Italie pour association mafieuse, extorsion et détention illégale d’armes.

Barresi et Campanella, petits artisans

Personne ne rend spécifiquement compte du crime organisé en France. Pourtant il existe. Et il n’y a pas de contre mesures pour le combattre, tels la confiscation des actifs criminels et leur ré-emploi à des fins sociales. Le 25 mars, un homme de 65 ans à été accusé de blanchiment. La justice accuse le propriétaire de la brasserie « La Belle Epoque » située Cours Mirabeau à Aix en Provence, d’être sous l’emprise du clan Barresi-Campanella, dissous en juin 2010 à la suite d’une importante opération de police.

Si les faits avaient eu lieu en Italie, la police aurait confisqué le patrimoine de l’intéressé et aurait mené des enquêtes détaillées sur celui de leur entourage familial. Au terme d’une procédure judiciaire spécifique, les saisies conservatoires auraient pu devenir définitive, permettant leur transformation pour en faire un centre culturel, une école de la 2ème chance, un foyer pour sans abris, une université contre le crime organisé.

Avec des rapports d’une telle précision, pas étonnant que les mafieux italiens tétanisés préfèrent sévir ailleurs…

Une cécité française

Les spécialistes transalpins anti-mafia ne prennent presque plus de gants pour fustiger l’apparent aveuglement dont feraient preuve les autorités françaises envers les organisations mafieuses italiennes opérant en France.

C’est Vincenzo Macri, juge à la Direction Nationale antiMafia qui semble avoir ouvert les hostilités dès juin 2009 : « de nombreux repentis nous ont signalé la présence de mafias italiennes dans le Sud de la France, notamment issues de la Ngandreta calabraise ; entre 10 et 12 groupes installés dans les villes comme Toulon, Marseille, Nice, Cannes…Il y a déjà eu cette bijouterie ‘Au diamant bleu’, située à Aubagne et le restaurant La Dolce Vita à Marseille, ‘La Marquise’ à Lisieux ; Il y a aussi cet établissement de la mafia à Nanterre, près de Paris…  »

Bientôt suivi par son collègue Alberto Cisterna qui s’est montré plus vindicatif encore : « Qu’est-ce-que vous avez fait contre ces Calabrais qui sont chez vous depuis des decennies ? Ils étaient en fuite ; vous les avez arrêtés par dizaines ? quand l’avez-vous fait ? On parle d’organisation italiennes qui exercent leur violence après en Italie. En France, ils se contentent de racheter vos supermarchés et ne font de mal à personne. En Calabre, en Sicile, ils tuent. Nous sommes la partie offensée de l’inertie des polices et magistratures européennes… »

Quant à Roberto Saviano, entre 2 séances de dédicaces, il nous a délivré quelques flèches délicieusement piquantes : «  Ce sont d’énormes capitaux qui sont gérés par les cartels. Ils sont réinjectés dans le tissus économique légal français. Sans aucun doute. Avec le consentement des banques, des entreprises, des politiques. Attention, je ne parle pas d’un soutien. Par consentement j’entends qu’on sait tout ça mais qu’on ne se donne pas les moyens de lutter contre ces mécanismes. On le fera quand il sera trop tard. Quand on commencera à tuer chez vous aussi…  »

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