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La police en mal d'indics

C’est une maison bleue, plus vraiment adossée à une quelconque colline. Plutôt ouverte aux quatre vents et aux perquisitions. Depuis début septembre, les mises en cause pleuvent sur la haute hiérarchie policière, ou ses hérauts.

Zone interdite

Ce fut d’abord Michel Neyret, n°2 de la PJ de Lyon, estampillé «  grand flic à l’ancienne », de ceux dont le réalisateur (et ancien policier) Olivier Marchal fait ses personnages, Canal + ses séries (Braquo ou Engrenages) et les écrivains le centre de leur polar. Belle gueule, résultats probants dans la lutte contre les stupéfiants, incarcéré fin septembre pour « corruption, trafic d’influence, association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants ». Le genre de concentré dont Zone Interdite, qui en a fait la star d’une de ses émissions, raffole.

Las le bonhomme est accusé d’avoir rémunéré ses indics avec des prélèvements sur les saisies de stups, d’avoir bénéficié de largesses de personnages interlopes….en somme d’avoir trop mangé avec le diable.

Lille des tentations

Est ensuite venu le scandale lillois. Un hôtel de luxe, des prostituées, des rabatteurs comme autant d’indics pour la police et désormais, un soupçon sur la ville. Les bleus lillois ont-ils participé à la mise en place, ou couvert, un réseau de prostitution de luxe, afin de récolter des renseignements sur le milieu de la nuit, ses rencontres, ses combines, et lever ainsi quelques grosses affaires ?

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Squarcini balance Péchenard

Puis est arrivé le tour -attendu- de la très haute hiérarchie policière. Bernard Squarcini, patron de la direction centrale du renseignement intérieur, a été mis en examen pour « atteinte au secret des correspondance », dans le cadre de la plainte déposée par Le Monde. Le Squale a eu la mauvaise idée, selon la juge d’instruction Sylvia Zimmermann, de faire procéder à des repérages téléphoniques sur la ligne de Gérard Davet, gratte-papier du quotidien du soir, après ses révélations sur l’affaire Bettencourt. Objectif : identifier sa source. Après l’épluchage de quatre jours de factures détaillées, David Sénat, conseiller du ministre de la Justice de l’époque, a sautéDétail amusant, l’audition de Squarcini a été dévoilée dans Le Monde par le plaignant. Ou quand celui qui se plaint de voir sa correspondance violée dévoile les éléments d’une instruction en cours.

Et la balade des juges ne va pas s’arrêter là. En ligne de mire désormais, le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, qui a déjà admis avoir demandé à Squarcini de procéder auxdits repérages téléphoniques. Comme une invitation à s’asseoir dans les jolis fauteuils rouges de la doyenne des juges d’instruction du tribunal de Paris… Voire un rendez-vous avec le ministre de l’Intérieur de l’époque Brice Hortefeux, ou son successeur, alors secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant ? Les fauteuils de dame Zimmermann et sa charmante greffière sont si accueillants après tout.

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Avec toute cette agitation évidemment, le poulailler n’arrête plus de piailler. Notamment quant aux différentes lignes adoptées, selon les cas, par l’Intérieur.

Si le ton est on ne peut plus ferme dans l’affaire Neyret ou le scandale lillois, un discours plein de mansuétude est adopté envers les accusés de la très haute hiérarchie policière.

Pas question de demander la démission de Bernard Squarcini ou de Frédéric Péchenard, flics estampillés Sarkozy. « La mise en examen de Bernard Squarcini n’est pas une présomption de culpabilité, c’est une étape de procédure ». Transmis à Michel Neyret, suspendu depuis le 4 octobre, avec cet épitaphe du même Guéant : « C’est un véritable traumatisme pour la police nationale. Il est mis en examen et nous en tirons les conséquences ».

La hiérarchie était contente du boulot de Neyret

Entre les ex-collègues, ami, thuriféraires et ennemis du super flic Neyret, la sentence a fait largement tiquer. Et accentue encore un peu plus le malaise de son arrestation. « C’est un énorme coup derrière la tête pour toute la maison, glisse une haute responsable provinciale. Que lui soit ainsi accusé c’est inimaginable ». L’incrédulité demeure encore le sentiment le plus répandu, teintée d’admiration.

« J’ai encore eu un haut responsable de la police de Nice, et il m’a assuré que lors du passage de Neyret, aucun scellé de drogue n’avait disparu ni n’avait servi à rémunérer des indics », confie un flic affecté un temps à la PJ azuréenne, où le souvenir des exploits de « Michel » reste vivace.

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« Quand il est arrivé, il ne connaissait ni le terrain, ni la région. En trois semaines, il est parvenu à avoir de super tuyaux. Ses indics l’avaient accompagné, siffle ce commissaire admiratif. Il faut bien comprendre qu’avec ses tuyaux, c’était 8 mois d’enquêtes d’économisés ». Avec à la clé des résultats mis en avant par la hiérarchie et le pouvoir, toujours satisfaits de ses états de service et de l’illustration de la lutte contre la délinquance ou le grand banditisme. « On l’a laissé longtemps en poste à Lyon, plus longtemps que n’importe qui, c’est bien parce qu’on était content de ses états de service, confie un flic récemment rangé du service. La hiérarchie doit se regarder en face plutôt que de le lâcher en plein vol et en faire un soi-disant exemple ».

Questions d’indics

Demeure la question de la fidélisation -rémunérations ?- de ces indics. « Avant les années 90, il était fréquent de faire des prélèvement sur les saisies. D’anciens flics à la retraite l’ont confirmé dans les médias. Pour la génération plus jeune, ces méthodes appartiennent désormais au passé ». Sans que de nouvelles consignes, sur les rapports aux sources, aient été posées par la maison Poulaga. Existe bien, depuis la loi Perben II de 2004, un bureau central des sources, anonyme et chargé de rémunérer les indics. A la louche et au résultat. Comprendre qu’ils ne sont payés qu’en fin d’affaire et si le poisson ou la cargaison correspond au bon de livraison. « Un gars qui a pris des risques pour nous est payé en fin d’affaire si elle réussit, évidemment ça ne motive pas, décrit un enquêteur. Et quand un indic me demande de l’argent parce qu’il est dans la merde je fais quoi ? Si je ne lui donne pas, je le perds, si je lui donne je suis hors procédure. Et s’il me paie un café, un resto je fais quoi, je refuse, je perds sa confiance ou alors j’accepte et je peux me retrouver avec une enquête sur le dos ? Si l’on veut d’une police aseptisée ok mais autant le dire et ne pas pousser au résultat. On fera les affaires qu’on pourra. Mais sans sources ni indics, évidemment ce sera moins spectaculaire ».

Et les poulets de ne plus savoir où et comment aller picorer.

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