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Pas d'amnistie pour les élus corses
Un homme entre, bracelets aux poignets, épaules gardées par une demi-douzaine de gendarmes. L’unique ban public est saturé, la lumière peine à travers les hautes fenêtres de la Cour d’appel, chambre 7 pôle 11 du Palais de justice de Paris. Là où va être rendu l’arrêt sur les plaintes en diffamation d’Ange Santini et Camille De Rocca Serra, pontes de l’UMP Corse, contre le journaliste Enrico Porsia. A leurs yeux, Porsia s’est rendu coupable d’un crime de lèse Seigneur-des-terres : oser affirmer qu’ils ont bénéficié de la bienveillance de l’Etat pour voir leurs terrains, inconstructibles, devenir constructibles. Une histoire corsée.
Lentement, les avocats enfilent leur robe. Me Blanchetier, avocat ès UMP, multiplie les coups de fils à propos du procès entre le ministre Douillet et la présidentiable Joly, autour d’un compte au Liechtenstein, qui a valu à Bakchich une lourde condamnation. Me Comte palabre avec Jean-Marie Kuhn, inlassable dénonciateur des arrangements de Quick et Pierre Haski de Rue89, attaqué par l’entreprise de fast-food.
« - Vous avez un procès ? demande Rue89 à Bakchich -Non pas cette fois.
Ah moi je me suis fait encore mettre en examen !
Par qui ? La juge X.
Ah elle m’a mis en examen une fois, elle est assez sympa non ?
Ca va mais ces procédures c’est lourd !
Oui et pas qu’un peu. »
Et vient la cour. Dans un léger brouhaha, la voie du président se noie. Seule l’oreille bien tendue permet de recevoir l’arrêt. « Affaire Rocca Serra vs Porsia, le premier jugement est confirmé (…) Affaire Santini vs Porsia, le premier jugement est confirmé ». Traduction, Enrico Porsia, auteur de multiples enquêtes sur le Padduc, grand démonstrateur que des élus UMP de l’île ont oeuvré pour rendre constructibles leurs terrains inconstructibles, a eu raison d’écrire ses papiers, de fouiner, bref de continuer à faire du journalisme en Corse.
Seul bémol, la condamnation d’Ange Santini à lui verser 5000 euros pour procédure abusive saute avec l’arrêt d’appel. « Ce qu’il y a de plus ennuyeux avec les procédures, ce sont les frais engagés », a dit entre deux portes Pierre Haski. C’est si simple d’étouffer la presse.
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