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L'Arbois qui cache la forêt Guérini
Après des mois de publicité médiatique, de PV distribués, et de viol du secret de l’instruction virant à la tournante en réunion, l’enquête du juge Duchaîne sur les marchés publics des Bouches-du-Rhône s’est faite plus discrète. Accaparés par la gestion du cas Guérini au sein du PS, les médias ont lâché les basques des limiers de la section de recherches de gendarmerie. La SR, elle, s’aventure en terre inconnue. Vers Aix-en-Provence, ses sociétés d’économie mixtes, son plateau de l’Arbois. Et mâtine leur Guernica, du nom de code de leur dossier, d’un peu de Sainte Victoire. Du tableau d’un massacre de Picasso à la contemplation de Cézanne. Un brin répétitive.
De Picasso à Cézanne, le tableau des gendarmes
Les pandores ont retrouvé tous les acteurs croisés dans leur volet marseillais.
Au premier plan, 13 développement, la société d’économie mixte du Conseil Général. Son ancien directeur Jean-Marc Nabitz, s’est rendu à la justice après 18 mois de cavale. En cadeau de bienvenue une collerette de mise en examen a été offerte au revenant, avant une mise au frais
Pour le compte du syndicat mixte de l’Arbois, au sein duquel se côtoient le Conseil Général, la communauté d’Agglo d’Aix, et le Conseil Régional, 13 D prend en charge la « pré commercialisation » de la ZAC de la Gare. Une des trois zones dudit syndicat pompeusement baptisé Europole. Quant aux 8000 ha de garrigue à aménager, irrigués depuis 2001 par la Gare TGV d’Aix en Provence, située à une bonne dizaine de kilomètres de la cité du Roy René, c’est encore à 13 D que reviendra la maitrise d’ouvrage.
Les oublis de Patrick Mennucci
Jean-Marc Nabitz et son VRP de l’époque, Patrick Mennucci ont alors pour mission d’attirer des entreprises sur ce territoire. L’élu marseillais aujourd’hui converti à l’anti guérinisme a bénéficié en 2004-2005 d’un placard doré en tant que salarié de la SEM 13D. Une expérience parmi d’autres, dont il préfère ne pas se souvenir. A l’instar de la découverte par les enquêteurs de la carte professionnelle de sa directrice de cabinet sur le yacht de Bernard Barresi, de son ralliement en septembre 2009 à la bannière de Nono annoncée à ses ouailles ou son poste de directeur de campagne du candidat Guérini à la mairie de Marseille….
Avant de lancer les grandes manœuvres encore faut-il placer des hommes sûrs. Et faire place nette. En 2006, Claude Reynoird, le DG du syndicat mixte de l’Arbois est écarté au profit d’un homme sinon du cru, du moins du sérail, Jean Louis Jaubert. « c’est un choix délibéré du président du Conseil Général, Jean-Noël Guerini, peste encore aujourd’hui le haut fonctionnaire. Il m’a remercié alors que je souhaitais rester en poste. Je me suis senti seul, je n’étais pas soutenu par le président de l’Europôle, Alexandre Medvedowsky. » »
Le précieux ingénieur Jaubert
Ingénieur aux blanches moustaches venu du privé, Jaubert, ciotaden d’origine, revient au pays en 2004. Et ses états de service s’avèrent éloquents.
Intervenant au titre d’une société d’ingénierie sur la décharge du Mentaure, gérée par Alexandre Guérini, partie prenante du chantier du centre de secours de La Ciotat, piloté par 13 D et confié à ABT, société de travaux dirigée par Patrick Boudemaghe, soupçonné d’être lié au grand banditisme en général, et à Bernard Barresi, légende du Milieu marseillais dont la cavale de 20 ans s’est arrêtée en juin 2010, en particulier.
D’abord programmé pour devenir patron de la Semidep, émanation du Conseil Général chargée d’aménager les anciens chantiers navals de la Ciotat, Jaubert prend finalement la direction de l’Arbois.
Hasard sans doute, les investissements publics affluent. 20 millions d’euros entre 2006 et 2010, venus de la Communauté du Pays d’Aix et du Conseil Général. Les aménagements se multiplient et 13 D, à la manœuvre, n’oublie pas ABT. En 2007, ABT obtient 3 lots de construction d’un bâtiment pour 1,6 millions d’euros. « J’ai rencontré Boudemaghe pour la première fois dans le bureau de Jean-Marc Nabitz, décrit un architecte lauréat d’un marché public de l’Arbois. Il était incontournable. Il m’a clairement fait comprendre que sa société était “amie” d’Alexandre Guerini. Quant à Jaubert, il doit aussi sa place à Boudemaghe ». L’archi avouera devant les gendarmes avoir versé des commissions sur d’autres marchés au patron d’ABT.
La galaxie Barresi
Inséparable compère d’affaires de Boudemaghe, Bernard Barresi, connu dans le milieu de l’entreprise sous l’alias de M. Gilles a également pas mal traîné sur le plateau de l’Arbois. Avec quelques visées sur les panneaux solaires, dont les appels d’offres du côté d’Aix atteignent pour certains lots 2 millions d’euros. Las. Quoiqu’ayant opportunément modifié l’objet social de la société OBR, contrôlée par sa compagne et passée de l’artisanat aux « activités de distribution d’électricité basse tension, fourniture et pose de panneaux photovoltaïques », le temps lui a manqué. Arrêté avant d’avoir pu postuler. Une anicroche qui ne peut être reprochée à Jaubert, soutenu à bout de bras par Alexandre Guérini, aux fréquentes visites sur l’Arbois.
M. Frère mouille même sa chemise pour sauver la tête du directeur. Confronté à une fronde du personnel, fâché de ses méthodes, vexé par les promotions éclairs auxquelles il procède, Jaubert est menacé. Et même convoqué en mai 2009, en vue d’un licenciement par Alexandre Medvedowsky, président de l’Europole, boss d’un cabinet d’intelligence économique et néanmoins conseiller général.
Les deux Alex négocient
Averti par Jaubert du dessein de Medvedowsky, Alex appelle d’urgence Remy Barges, le directeur de cabinet de Jean Noel guérini au Conseil Général, qui aura cette phrase : « la volonté du président (JNG) c’est de maintenir en poste Jean-Louis JAUBERT ». Message limpide. Aucun licenciement n’interviendra…et Medvedowsky sera intronisé candidat socialiste à la mairie d’Aix quelques semaines plus tard. Des SMS laissent à penser que Monsieur Frère a beaucoup pesé en ce sens.
Depuis la roue a tourné. Vaincu (encore) aux municipales, Medvedowski ne règne plus sur le socialisme aixois. Bernard Barresi dort en prison. Jean-Marc Nabitz également. Alexandre Guérini, après quelques mois en préventive, s’est remis à nager. L’organigramme de l’Arbois a été entièrement recomposé.
Quant à Jean-Louis Jaubert, il a finalement quitté son poste en 2010 pour la direction de Terra 13, la nouvelle société d’aménagement du CG13. Sur sa nouvelle palette, déjà deux collèges à construire et de nombreux projets en perspective…
« Il va falloir qu’on fasse un espèce de point général sur l’ARBOIS pour dire halte au feu ! hein, parce que on va prendre des risques, a prévenu le 28 mai 2009, Rémy Barges en conversation avec Alexandre Guérini, et un jour ou l’autre on va être emmerdé. » Le jour n’a jamais semblé aussi proche.
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