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Santé

Soyez un bon citoyen : ne tombez pas malade. Ou, si vous êtes vieux, abîmé, souffreteux, ayez la décence de mourir avant d’avoir creusé le trou de la Sécu. Faites un effort de solidarité nationale, crénom, regardez nos amnésiques, la Bettencourt, elle se soigne avec des simples, Servier, le mec du Médiator, il vit sur son stock, et aux dernières nouvelles Chirac s’est fait prescrire de la Corona, non remboursée, pour déchirer ses ultimes neurones. Voilà des Français, des vrais. Pas comme ces pégreleux qui accouchent à tout vent, sortent mal vêtus dans les courants d’air pour pécho le cancer, ou se piquent au Canard-WC avec la seringue du voisin de palier pour se couler dans l’HIV.

LES ENFANTS TRINQUENT

La santé, c’est comme tout : les parents jettent le pognon par les fenêtres, et les générations à venir vont devoir compter sur Lourdes pour dépasser cinquante ans. La génération des ces empaffés de soixante-huitards a poussé papy et mamy dans une maison de retraite médicalisée où, tous les jours, c’est piquouse de trompe-varice, deux comprimés de laxatifs, un cocktail de sels de lithium (pas de marques !) pour voir la vie en rosâtre et un somnifère massif pour que ça ne pleure pas le soir tard. Ajoutez un col du fémur tous les deux ans, la location du fauteuil roulant et du déambulateur, cent vingt séances d’un kiné qui vient une fois sur deux, et hop !, vous avez un vieillard qui vous dévore 500 piastres de sécu par mois.

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Pendant ce temps, les réchappés des barricades se gobergent peinards, un pontage pour papa, douze scanners de la thyroïde pour maman, sans compter le filon ménopause et le pactole cholestérol, ces deux mamelles de l’escroquerie pharmaceutique, et re-hop ! on fait la culbute, 500 piastres derechef, en tout cas chez les bourges, les pauvres, c’est même pas constipé, faute de bouffe, un aspégic pour la migraine et le dos cassé, trois abbé Souris pour les bouffées de chaleur, dommage qu’à force de se caler avec du pain et du jambon bas de gamme ou du cassoulet sucré de récupération ils nous font des obésités paradoxales, ne parlons pas de leurs gosses, des baudruches à six ans, des gras-du-bide gavés de pizza surgelée et de pâtes aux noisettes caramélisées. Et comment on va les soigner, ces gnards, avec le trou dans la Sécu qu’on a ?

SECURITE SOCIALE, S.S. !

C’est d’autant plus regrettable, ce putain de trou, que la Santé, c’est payant. Je veux dire, ça rapporte gros. C’est pas comme la zonzon du même nom, qui ne nous rapporte pas un rond. La santé, c’est des millions d’emplois, mon gars, suppose que demain tout le monde cesse d’être malade, évite des se péter les membres en ski ou en scooter, mette bas dans un fossé, à l’ancienne, façon baba-cool, considère que le cancer est mortel et que la grippe ça se soigne au grog, c’est plus un trou de la sécu, qu’on aura, mais des queues de huit cents mètres à la porte du Pôle-Emploi les jours où il sont pas en grève. Je signale au passage qu’en ce cas, les médecins et les pharmaciens seraient les plus touchés, parce qu’ils sont les mieux payés. Plus de maladie, plus de sécu ; plus de sécu, plus de toubibs, parce qu’à 90%, qui est-ce qui les paie, les toubibs ? La sécu, ou plutôt les cotisations des citoyens, tiens donc.

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Le festival de Scan
© Nardo

IRM, anagramme de RMI

Comme vous le savez, le milieu est plutôt libéral, à croire qu’ils gèrent une petite entreprise dans leur cabinet, à remplir des papiers hygiéniques. Regardez tous ces spécialistes qui ne supportent pas de voir leurs tarifs plafonnés, alors, ils enjambent, ça s’appelle le «  dépassement d’honoraires », tout ce qui est au dessus, c’est pour la mutuelle ou le patient – mais si la sécu ne payait plus les 40 premiers euros, ils feraient quoi, les mecs ? Ils vendraient le second 4x4 et le studio aux Ménuires, tiens. Que de misère ! Dix-huit mois d’attente pour un ophtalmo. Pauvres gars surmenés, les pupilles de la nation, si j’ose dire, si fermement attachés au numerus clausus des spécialités d’internat ! Trois mois pour une IRM, c’est l’anagramme de RMI, mais c’est un pur hasard, les radiologues ne claquent pas du bec à ce point, c’est la seconde profession la plus payée en France après Trésorier-payeur général. Et les pharmaciens, si libéraux qu’ils ont des quotas d’installation pour bousiller la concurrence, une profession plus protégée que ça par l’Etat, faut déjà chercher, y en a, mais au moins ils la ferment. Question de pudeur.

EN BOITE, LE CRABE !

Oui, la maladie, ça coûte cher, mais ça peut rapporter gros. Par exemple, il y a encore de la marge, pour rentabiliser. Regardez les Anglais. Chez eux, il y a une sorte de commission qui décide si ça vaut le coup de soigner les cancéreux. Sale journée, pour le bonhomme qui est recalé. Il apprend à la fois qu’il a un cancer, que c’est incurable et qu’à partir de demain, il raque tous ses soins. On reconnaît bien là le pragmatisme dont se prévalent les Anglo-Saxons, face aux Latins qui, comme nous, sommes de grands sentimentaux travaillés par des idées gazeuses comme l’humanisme, l’égalité, la fraternité. Du coup, ils font des économies monstrueuses, les roastbeefs saignants, on va quasi direct de la biopsie au crématoire, même Hitler n’avait pas imaginé ce circuit court qui permettait d’économiser le Zyklon B. Et aux States, grand pays de la liberté, on a, de même, la liberté de vendre sa maison pour payer une banale appendicectomie.

Aux Etats-Unis, t’as le droit d’être assuré pas d’être malade

Et de raquer à fond perdu des assurances qui refusent le contrat dès que tu as eu un vrai pépin, tu payes pour être assuré, pas pour être malade. Ou alors, faut être riche, donc, t’as qu’à être riche, c’est une leçon de vie, mon gars ! Mais ne vous inquiétez pas, on y vient, chez nous, par petites touches, mais on y vient. Sous Sarko, payer sa mutuelle se sera révélé comme une autre façon de payer ses impôts : en augmentant les taxes sur ta mutu, on prend ton pognon et on l’injecte dans le remboursement de la dette pour amortir la niche Copé, t’as rien vu, le pognon, ça va, ça vient et une main lave l’autre. On dérembourse à tour de bras, sauf les virées en taxi pour aller de chez toi à l’hosto chaque lundi, si t’es un « chronique », histoire de te décourager d’y aller avec ton auto si tu peux conduire, parce que tu paierais l’essence et le parcmètre, faut soutenir les taxis, t’as vu comment ils votent ? Et l’on subventionne encore des cures thermales qui ne soignent que les revenus des bourgades qui les abritent, sinon, c’est de la thalasso sans la mer, mais l’hôtel est payé, il y a forcément un casino, et on peut même cumuler, ici ou là, avec un pèlerinage. Et surtout, on oublie la campagne contre la grippe H1N1, menée avec brio par la mère Bachelot, qui a coûté plus de 2 milliards d’euros dont les deux tiers étaient totalement inutiles – sauf pour les fabricants de masques (150 millions d’euros, + 11 en pédiatrie) et de vaccins (807 millions d’euros, source : rapport Autain, Sénat).

DEUX BOULETS SOUS LES OBUS

Le fond de l’affaire, c’est que pour les gouvernements libéraux capitalistes, il y a deux trucs qui sont comme un boulet, la santé et l’éducation. Obsédés qu’ils sont par tout le pognon qu’on se ferait en coupant les vivres à ces goinfres. Mais c’est duraille, faut une bonne crise pour entamer ces bastilles. Dans de vieilles républiques comme la nôtre, pas moyen de les bazarder comme on a fait des banques nationalisées par Mitterrand, voire par De Gaulle soi-même. Alors, pour rentabiliser le truc, il y a deux techniques. La première, c’est le deux-vitesses : d’abord, on économise à fond sur le service public, c’est toujours ça de gagné ; alors, les clients (c’est comme ça qu’on appelle les citoyens, en libéralisme avancé) vont se faire soigner ailleurs et à leurs frais, pour être convenablement traités. Ne restent à l’école publique et aux urgences que les cas sociaux, les loques humaines et les « défavorisés », ainsi appelés parce qu’ils ne portent pas de favoris. On y vient, on y vient : voyez la prolifération des assurances privées, des cliniques de proximité qui émargent à des fonds de pension qataris, des académies pour cours particuliers, des écoles d’anglais de Wall Street ou de sa proche banlieue, et l’encombrement chez les Bons Pères qui font l’éducation sexuelle à l’œil.

Au besoin, l’Etat met la main à la poche : du coup, ce sont les impôts des parents des enfants de l’école publique qui paient l’école privée, c’est pas finaud, ça ?

Deuxième technique : on dézingue carrément, en montrant des gouffres partout, pleins à ras bord, mais gouffres tout de même, quelle horreur avec les marchés qui s’affolent ! Alors, on les configure comme des niches à profiteurs, voyez tous ces instituteurs qui roulent en Porsche, ces infirmières en blouse Dior, ces « fonctionnaires » ah, putain, le gros mot est lâché, regardez les chacals qui nous dévorent, avec tous leurs privilèges et leurs années d’études insolentes à flemmasser dans les facs en tétant des joints, pour s’engraisser grâce à nos spermatozoïdes aboutis et nos maladies qu’on a la bonté d’avoir !

LA SANTE, OU L’EVASION ?

Le trou, on y est, et pas que pour la Sécu. Jamais on n’est tombé aussi bas : le même jour ou presque, on taxe les mutuelles de santé et on détaxe les chambres d’hôtel de luxe, parce que pour les chambres à plus de 200 euros, 4 euros de solidarité nationale, c’était monstrueux. On lance une attaque d’ampleur nationale sur la fraude à l’assurance maladie (156 millions en 2010, dont la moitié sont imputables à des facturations indues d’hôpitaux et de cliniques privées, et à peine 10% à des prescriptions injustifiées…)  : mais que fait-on contre la fraude fiscale massive ? Au cas où vous seriez troublés par les vœux candides de Sarko, apprenez qu’en août 2011 la France a refusé un accord de régularisation des avoirs détenus en Suisse (l’accord « Rubik », signé avec les Helvètes par l’Allemagne et la Grande-Bretagne) qui lui aurait rapporté environ 4,5 milliards d’euros dès 2012 – au risque toutefois de devoir taxer des copains, si utiles pour graisser une campagne électorale…

Mieux : il y a un député que la réduction fiscale sur les dons aux associations humanitaires scandalise comme si c’était la pire des évasions, il veut la saquer. Pour quelques millions d’euros. Une broutille, en comparaison de ce que bouffent les banquiers et de ce qu’étouffent tous ces fraudeurs dont Bercy a la liste, paraît-il, ça sert à caler un bureau. Pauvre type. A quel degré de bêtise et d’égoïsme le sarkozisme peut-il mener…Tiens, je lui souhaiterais presque un cancer à l’anglaise, si je n’étais pas, bêtement, encore soucieux de décence.

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