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Seafrance, la nef des fous

Des cris de soulagement et de victoire. Il ne manquait que les larmes de joie. Voilà comment la plupart des 880 salariés de Sea France ont accueilli mercredi 16 novembre la décision du tribunal de commerce de Paris. Il a placé leur société en liquidation judiciaire. Vous avez bien lu : en liquidation. Certes, rien de plus naturel pour une compagnie maritime que de retourner vers l’état liquide, mais quand même.

Sans vraiment insister sur le côté absolument surréaliste de l’affaire, la plupart des médias ont relayé avec envi ce moment de liesse ouvrière. Alors que la crise économique s’enracine comme la chienlit et rend dépressif beaucoup de monde, on ne va pas faire la fine bouche.
Au gouvernement, on apprécie dans une certaine mesure de trouver des salariés si soulagés de voir leur boîte structurellement déficitaire, à l’agonie depuis des mois avec une dette de 240 millions d’euros, cette promise cette fois-ci au cimetière.

Inutile de dire qu’en réalité, une telle réaction collective laisse pantois au cabinet du ministre des transports Thierry Mariani, lequel devrait aller à Calais ce week-end. A la SNCF, jusqu’alors actionnaire à 100 % de Sea France, ce haut gradé dans la hiérarchie n’en pense pas moins : «  C’est sans doute la première fois dans l’histoire de l’humanité que des salariés se réjouissent de voire leur boîte liquidée !  » hallucine-t-il.

Pourquoi un tel bonheur chez les marins ? Parce que les juges ont été plein de compréhension et d’écoute vis-à-vis du tout-puissant syndicat CFDT de Sea France et de son parrain Didier Cappelle, adepte du coup de force.

Liquidé malgré des repreneurs

Les magistrats ont repoussé l’offre de reprise conjointe déposée par deux acteurs crédibles : la compagnie Louis Dreyfus armateurs alliée au danois DFDS, filiale du groupe Maersk qui n’est autre que le numéro 1 mondial du conteneur maritime. Vraiment une sage décision des juges qui ont souligné « le risque de conflit social grave ».

Car les marins quasi-fanatisés menaçaient de couler leurs propres ferries dans le port de Calais. Un sabordage pour de vrai – le sabordage symbolique ayant déjà eu lieu - destiné à éviter d’odieux repreneurs prêts à virer près de la moitié des effectifs.

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Les magistrats ont fini d’apporter de la joie en permettant à la compagnie de poursuivre son activité jusqu’au début 2012. Le temps, rêvent la CFDT et ses troupes de trouver de l’argent – quelques dizaines de millions d’euros - à quêter auprès de la région socialiste du Nord Pas de Calais, voire de l’Etat. Et de peaufiner ainsi sa propre offre de reprise. Laquelle prévoit de garder tous les postes. Mais jusqu’alors, elle n’a pas convaincu le tribunal qui l’a trouvée sympathique.

La bouée CFDT

Le syndicat ambitionne de gérer Sea France via une société coopérative. Une façon de faire correspondre le droit avec la pratique. Depuis des lustres, l’organisation fait la loi à bord des ferries et aussi dans les parages. Les journalistes d’un quotidien local s’en souviennent, qui, un matin, ont vu leur bureau saccagé par la visite amicale d’un commando de marins.

Le leader et ses troupes n’apprécient pas de voir relayé le côté obscur de la gestion de cette boîte ni les turpitudes en tous genres. La Cour des comptes a notamment pointé la discrimination à l’embauche exercé par le syndicat maison. Et la justice a été saisie d’une plainte de la direction pour “abus de confiance”, lasse de voir la caisse des ventes à bord et la marchandise – les bouteilles d’alcool notamment - curieusement siphonnées.

En théorie, le tribunal a accordé un délai jusqu’au 28 janvier à la compagnie. Des employés se réjouissent à l’idée de passer un joyeux Noel. «  Mais d’ici là, il n’y aura plus un sou pour remplir les cuves à mazout des navires » pronostique un connaisseur.
L’espoir fait vivre les adeptes du leader syndicaliste. « A ce niveau ce n’est plus du ressort de Bercy ni du ministère des transports, mais de la mission interministerielle de lutte contre les sectes », essaie de plaisanter un haut fonctionnaire.

Plus dur risque d’être le naufrage de la nef des fous.

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