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Le peuple gronde sur les ondes

«  Ils empêchent les maires de décider maintenant, on croit rêver !  » Premier râle d’un citoyen ordinaire. Nous sommes encore à l’extérieur de l’école Berlier, le conseil de quartier n’a pas commencé et les esprits s’échauffent. Les palabres concernent le dernier arrêt du Conseil d’Etat, les maires n’ont plus l’autorité pour autoriser ou interdire la pose d’une antenne relais. On se gausse du conflit d’intérêt divulgué par le Canard enchaîné. Le rapporteur public Xavier de Lesquen aurait un peu trop fricoté avec Bouygues Telecom avant de se prononcer sur la téléphonie mobile.

Dans la grande salle où des bancs d’école font face à un rétroprojecteur, les habitants du quartier Montmartre-Porte de Clignancourt (18ème) attendent les débats. Entre deux petits fours, un conseiller UMP du quartier se veut mesuré : «  C’est comme dans tout, faut être pragmatique. Si on veut des portables, faut bien des antennes relais. » Dangereux ? Le bonhomme affiche une moue sceptique de ceux qui ne seront pas convaincu facilement et va s’asseoir pour écouter le début des débats.

Les logements sociaux, cibles privilégiées

Mouna Boudi, conseillère de quartier annonce la couleur. « Nous nous posons des questions. J’habite dans un logement social de Paris Habitat et nous remarquons que nos toits sont envahis par ces antennes-relai. Et considérant les risques de santé physique et moral, quel est notre intérêt à accepter ce genre d’installation ? Quels risques pour la santé et surtout celle de nos enfants, quelle incidence sur leurs cerveaux ? Je regrette que les bailleurs sociaux et les opérateurs n’aient pas répondu favorablement à notre invitation.  »

Pour répondre, Etienne Cendrier, porte-parole de l’association Robin des Toits qui milite depuis plusieurs années pour une limitation des ondes et un contrôle plus strict des opérateurs. Présent aussi Pascal Julien, adjoint au maire Europe Ecologie aux espaces verts. Cendrier répond simplement : « Si les antennes relais sont très présentes sur les logements sociaux, c’est pour deux raisons principales. Premièrement, Paris est une cuvette et les opérateurs ont besoin de toits surélevés. Ce qui est le cas pour des logements sociaux qui sont très souvent à la limite du périph’ et surplombe un territoire dégagé. Deuxièmement, les opérateurs obtiennent un maximum de toits en un seul rendez-vous. Très pratique ! Alors que convaincre une copropriété, c’est plus difficile, plus long et souvent plus cher. Puis les résidents d’HLM ne sont après tout que des locataires et finalement, dit-il ironique, déjà chanceux d’habiter en HLM. » Sourires crispés dans la salle.

10 à 30 000 euros pour un an d’antenne relais

Entre 10 et 30 000 euros par an le bail d’une antenne-relais, les têtes tournent assez facilement. Surtout que chaque opérateur installe la sienne. Aussi sont installées 1200 antennes relais à Paris et certains toits peuvent en recueillir jusqu’à 8. Mais si les bailleurs doivent consulter leurs locataires, ils s’abstiennent largement. Ils dealent directement avec les opérateurs qui obtiennent quasi à coup sûr des autorisations de la mairie, « 19 fois sur 20 » précise Pascal Julien. La charte conclue en 2003 entre les opérateurs et la mairie de Paris ne permettait pas réellement de s’opposer à l’installation d’une antenne mais elle avait le mérite de stopper l’anarchie et de réguler les émissions à 2V/mètre de moyenne. «  Une réelle avancée pour l’époque » se justifie Julien. Arrivée à échéance le 15 septembre, un véritable bras de fer oppose les opérateurs et la mairie sur la constitution d’une nouvelle charte.

Des parents inquiets pour les enfants


Paris : Le peuple gronde sur les ondes par bakchichinfo

Marie Claude Godet, une enseignante retraitée prend la parole. Elle voudrait savoir quels risques pèsent sur les jeunes. Huit antennes relais arrosent le lycée Rabelais, le collège Utrillo, un Crous et le Centre universitaire Clignancourt explique-t-elle, «  et je suis très inquiète pour l’ensemble de tous ces jeunes, est-ce qu’il n’y a pas des démarches à faire auprès de la mairie pour les protéger ?  » 

M. Bartoli enchaîne, il représente l’association des locataires Gérard de Nerval et se demande « s’il y a des normes de distance à respecter entre une crèche et ses antennes ?  » « Aucune », lui répond Pascal Julien. « S’il y en avait une, ca voudrait dire qu’il faudrait protéger les enfants partout et pas seulement dans les crèches.  » Une idée qui a pourtant fait son chemin à Bordeaux où toute nouvelle implantation d’antennes émettrices de radiofréquences à moins de 100 mètres d’un établissement scolaire de 12 ans est interdite depuis un an. Ciel même Alain Juppé, le ministre UMP des Affaires Etrangères, active le principe de précaution ! A croire que les voyages rendent prudents.

Faut dire que les citoyens agitent leurs élus. Selon la mairie de Paris, les associations de locataires ou de protection des ondes, l’exposition des enfants inquiète de plus en plus l’opinion. Pourtant aucune étude française ne s’est intéressée à l’exposition des plus jeunes. Une étude européenne, Mobi-kids, a été engagée. Les premiers résultats seront connus d’ici « trois ans » selon Elisabeth Cardis coordinatrice du projet joint par Bakchich mais l’un des chercheurs associés, Joe Wiart travaille pour Orange France…

Etudes sous influence

«  Une étude encore une fois sous influence  » peste Cendrier. Bakchich avait d’ailleurs montré en 2008 quelques accointances troublantes. Robin des toits souligne qu’une loi a été votée en France le 12 juillet 2010 pour interdire notamment le portable à l’école et au collège mais les décrets d’application n’ont toujours pas été promulgués. A croire que la santé des enfants demande une plus longue réflexion.

En Suède, une étude publique menée par Lennart Hardell, professeur d’oncologie à l’hôpital d’Orebro a conclu une pénétrabilité des ondes plus forte pour un enfant.

Cinq fois plus de risques de tumeur

Plus jeune est l’enfant, plus petit est le crâne, plus fort est le rayonnement des ondes dans le cerveau. In utero, les risques sont majeurs. Avant l’âge de 20 ans, il existerait selon l’étude « cinq fois plus de risques de développer une tumeur cérébrale  ». Dans le documentaire Mauvaises ondes de Sophie Le Gall diffusé sur France 3 en mai dernier, deux exemples démontrent à quel point les opérateurs craignent qu’on les accuse de mettre en danger des enfants. Le film montre comment SFR et Bouygues Telecom ont démonté leur antenne relais suite au déclenchement d’une leucémie et d’une tumeur de deux enfants en échange d’un certain silence des parents. Peine perdue, les parents témoignent. Exemple de Bouygues


mauvaisesondesextrait par bakchichinfo

La reunion se termine. « Ca fait peur quand même  » lance penaude une jeune femme à son voisin. M. Anding, qui fait partie d’une association de locataires du quartier repart « satisfait ». Il a appris beaucoup de choses nouvelles, notamment que les assurances n’assurent plus les opérateurs sur les risques sanitaires depuis 2000, «  comme dans le passé pour le tabac, l’amiante et les OGM, c’est fou quand même ! Il faut briser l’omerta sur la téléphonie portable et faire en sorte que les citoyens reprennent le pouvoir sur les entreprises.  »

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Depuis l’été dernier, la mairie de Paris n’est plus sur la même longueur d’ondes avec les opérateurs de téléphonie mobile. La charte de 2003 est arrivée à échéance et les deux parties jouent un véritable bras de fer. (…)
Les mauvaises ondes téléphoniques et la fréquence du son pourraient avoir des répercussions sur notre santé. Bouygues a pris des précautions, histoire de se couvrir en cas de procès.

La téléphonie mobile sera-t-elle le futur scandale sanitaire, à l’instar de l’amiante ou du tabac ? Avant d’avoir la réponse, les assureurs, prudents, ont déjà pris les devants.

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