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La tentation néo-fasciste

Et si les gouvernements, avec leur gestion de la crise de la dette, étaient tenté de nous ramener dans les années 30. Mode d'emploi du voyage dans le temps.

Comme nous l’avons montré dans différents articles, la vraie question posée par la « crise de la dette » est celle de l’économie dirigée ou, en d’autres mots, de « l’Etat-Providence ».

 

La question, sur laquelle nous nous flattons d’être un précurseur, commence à émerger du débat. Le Président du fonds souverain chinois vient de l’aborder ouvertement.

 

En France, dans certains milieux proches de la majorité, on ne manque pas d’insister sur le fait que l’endettement de la France et d’un certain nombre de pays d’Europe (spécialement la Grèce et les pays latins) n’a pas un caractère extraordinaire sur le plan mondial, puisque les Etats-Unis sont également endettés à un niveau voisin de celui de leur PIB et que ……la Jamaïque l’est encore davantage.

 

C’est omettre le fait que l’origine de la dette n’est nullement la même aux Etats-Unis et dans les pays précités d’Europe.

 

Entre dette américaine et européenne, la Guerre

 

Ce n’est pas la première fois dans leur histoire que les Etats-Unis sont endettés à un niveau voisin de celui de leur PIB : c’était également le cas au sortir de la guerre de 1939-45.

 

L’origine de l’endettement de l’Etat se trouve alors très clairement dans les efforts financiers de la conduire d’une guerre, ce qui a, historiquement, toujours été l’origine principale des dettes des Etats (ou, naguère, des monarques).

 

Ce n’est pas pour rien que l’on dit : « l’argent est le nerf de la guerre ».

 

La dette des Etats-Unis trouve donc son origine, comme les analyses disponibles sur Internet le montrent, dans les deux guerres d’Irak, la guerre d’Afghanistan, et les diverses interventions militaires, paramilitaires, ou équivalentes des Etats-Unis ainsi que dans le maintien d’une présence militaire mondiale, correspondant au statut de superpuissance et de « gendarme du monde ».

 

Sans doute, certaines dépenses « sociales » de l’administration OBAMA, sur laquelle la majorité républicaine de la Chambre des représentants ne manque pas, à l’heure actuelle, de faire blocage, ont-elles aggravé la tendance. Mais il ne s’agit que d’une petite proportion de la dette actuelle des Etats-Unis. Celle-ci trouve essentiellement son origine dans cette source classique de l’endettement des Etats qu’est la conduite des guerres.

 

Dès lors, la dette des Etats-Unis, contrairement à celle des pays les plus endettés d’Europe, ne pose pas du tout les mêmes problèmes structurels.

 

Pour assainir la situation des Etats-Unis, il suffira, pour l’essentiel, de réduire les dépenses militaires correspondant à la conduite des guerres et des occupations, et, pour paraphraser Clausewitz à l’envers, poursuivre la guerre par d’autres moyens, c’est-à-dire la politique, la diplomatie, et le prolongement de cette dernière qu’est le service secret.

 

Une faillite française

 

La dette en Europe occidentale n’a pas du tout les mêmes causes : comme le faisait observer, dès 2007, M. François FILLON, la France est en état de faillite du fait, en particulier, qu’elle n’a pas adopté  « un budget en équilibre depuis plus de 25 ans ».

 

Le problème structurel des pays d’Europe, provient du fait, comme nous l’avons déjà souligné, que les dépenses correspondant à la structure même de l’Etat- Providence excédent, pour partie, les possibilités de la pression fiscale et se trouvent dès lors, financées par une dette qui ne cesse de s’accroître, et, qui, contrairement à une dette guerrière, ne saurait se dégonfler par l’arrêt des hostilités ; un accroissement de la dette qui ne saurait cesser et une réduction de la dette qui ne saurait s’amorcer que par des révisions structurelles déchirantes.

 

Pour prendre le cas de la France, dont la dette augmente à la cadence réelle de 100 milliards par an et dont le seul service de la dette, dont le coût ne va cesser de se renchérir, atteint déjà 50 milliards d’euros par an, il faudrait faire 150 milliards d’euros d’économie par an simplement pour que la dette n’augmente pas et sans même que le stock existant se réduise.

 

Pour réduire cet énorme stock de dettes de l’ordre de 1.800 milliards d’euros, même sur 18 ans, c’est encore 100 milliards d’euros par an ‘qu’il faudrait trouver.

 

Des économies de l’ordre de 250 milliards d’euros par an ! 

 

Plus de la moitié du budget de l’Etat et plus du quart des prélèvements obligatoires globaux…

 

Il s’agit naturellement de chiffres très approximatifs, mais de nature à donner un ordre de grandeur.

 

Réduire de moitié le budget de l’Etat ou du quart la totalité des prélèvements obligatoires peut paraître, en première analyse, totalement impossible. Il n’en est rien en réalité.

 

De la rupture...

 

Cela impliquerait simplement l’acceptation, même dans un cadre progressif, d’une réelle politique de rupture, abandonnant les évolutions dirigistes des cent dernières années et revenant aux principes de vertu et de base d’un Etat, dit « gendarme »,  assurant, de manière d’autant plus efficace que sans se disperser, ses fonctions régaliennes – ordre public, justice, diplomatie, monnaie, grandes voies de circulation, patrimoine culturel national, défense, renseignement – et laissant à l’initiative privée ce qu’elle sait faire infiniment mieux que lui, tels que l’ensemble des activités économiques et même celles de formation, de santé,  et, pour une large part, de solidarité.

 

Il s’agirait d’une rupture forte avec les mentalités développées depuis un siècle, les institutions, mais, surtout, les très complexes et très structurés mécanismes du pouvoir qui se sont instituées dans le cadre des économies dirigées.

 

Prenons deux exemples :

 

Les entreprises françaises, notamment les PME sont extrêmement pauvres en fonds propres. C’est une des raisons pour lesquelles elles souffrent difficilement la comparaison avec ces « grosses PME », puissantes, prospères et exportatrices, que nous envions à nos voisins d’outre-Rhin, sous le nom, maintenant popularisé, de « Mittelstand ».

 

Causes : le niveau et la structure des prélèvements obligatoires qui empêchent ces entreprises de constituer des fonds propres, et les obligent à fonctionner avec le soutien des banques.

 

Un officier bancaire de notre connaissance nous disait il y a quelques lustres «  le découvert bancaire, c’est la drogue des entreprises ».

 

Une entreprise ayant le soutien d’une banque peut, en effet, fonctionner quasiment sans fonds propres.

 

Des phénomènes comme le factoring sont venus, notamment dans le monde des services, renforcer cette tendance.

 

Résultats : les PME françaises (et pas seulement les PME d’ailleurs) sont entièrement ou pour l’essentiel dépendantes du monde bancaire.

 

Les banques, 

instituts d'Etat sans maître

 

Qu’est-ce que le monde bancaire ? Pour l’essentiel des établissements déconcentrés du Trésor.

 

Cette qualification pourrait surprendre. Pourtant, si l’on observe le monde bancaire français, on s’aperçoit, même avant que la crise conduise l’Etat à en prendre, même virtuellement, le contrôle officiel, que ce contrôle existait déjà auparavant.

 

Les Banques populaires, les Caisses d’épargne (aujourd’hui unifiées), leur filiale NATIXIS, le Crédit Coopératif, le Crédit Mutuel et ses filiales du Groupe CIC, AXA Banque, la Marseillaise de Crédit et la Banque Chaix, filiales des Caisses d’Epargne, la Société Générale, largement contrôlée par le Crédit Coopératif et le Crédit Mutuel, le Crédit Agricole, LCL, filiale du Crédit Agricole, toutes ces banques, qui représentent 80% du secteur bancaire français ont un caractère pseudo-mutualiste, qui en font des biens sans maître détenus par des technostructures sous le contrôle du Trésor.

 

Pour les assurances, c’est encore plus manifeste.

 

Seules les filiales françaises de quelques banques ou assurances étrangères (Allianz, Barclays, HSBC…) échappent à ce phénomène, mais leur poids en France est très minoritaire.

 

La majeure partie du secteur financier est ainsi entre les mains « mutualistes », ce qui n’est qu’un faux-nez pour dire « étatiques ».

 

 

Les mutualistes, en effet, qui sont appelés par le management de ces organismes à acquérir des pseudo-actions n’ont pas la possibilité de les vendre librement et du fait de leur infinie dispersion n’ont sur les organes directeurs de ces structures aucun contrôle. Le slogan « Le Crédit X…, une banque qui appartient à ses clients » apparaît ainsi comme une simple imposture. Les pseudo-propriétaires ne pouvant disposer de leur propriété, c’est une banque qui, en fait n’appartient à personne, en d’autres termes une technostructure.

 

La technostructure, tout naturellement, fonctionne en symbiose avec sa sœur, la technostructure d’Etat.

 

Ainsi, grâce au niveau des prélèvements obligatoires, ce pays a un secteur économique d’entreprises, en  réalité sous la dépendance de l’Etat à travers les banques, elles-mêmes largement paraétatiques.

 

Aucun pays, officiellement non communiste n’a établi une réglementation professionnelle aussi tatillonne et détaillée que la France. Aussitôt qu’une profession nouvelle, émergeant de l’évolution technologique ou économique, tend à prendre quelque importance, le Parlement et le Gouvernement s’empressent de règlementer l’activité de cette branche de manière à en réserver l’accès et à le contrôler.

 

De l’intermédiation immobilière aux activités de sécurité privée en passant par la boucherie charcuterie, des pompes funèbres à la distribution d’essence, en passant par le transport routier de marchandises ou de voyageurs, de la serrurerie à la formation en passant par la location de voitures de place avec chauffeur, du crédit à l’organisation de vente aux enchères en passant par le recouvrement de créances, du dépannage routier à l’administration de biens en passant par la radiophonie, de la vente de tabac au conseil juridique en passant par la tenue de comptes, de la production d’alcool aux activités privées d’investigation en passant par le courtage en bourse, la liste des activités réglementées, réservées, monopolisées, contrôlées, agréées, sous licences, etc…. est infinie. Il serait d’ailleurs plus facile de dresser la liste des activités non réglementées.

 

Une activité nouvelle se crée-t-elle qu’aussitôt on songe à la réglementer : l’activité de transport par moto taxis s’est fortement développée dans les grandes villes ces dernières années. Cela n’a pas manqué : non seulement l’activité est maintenant réglementée, mais en plus, le simple fait, depuis une loi de 2010,  pour une moto taxi de faire concurrence aux taxis automobiles en stationnant à proximité d’une gare ou d’un aéroport est devenu ….. un délit correctionnel puni d’un an d’emprisonnement !

 

Non seulement le pouvoir tend à doter la quasi-totalité des activités d’une réglementation de nature littéralement corporative, mais, de surcroît, les entrepreneurs de ces activités se précipitent eux-mêmes dans la réglementation dont ils espèrent qu’elle les protège.

 

L’assèchement des fonds propres des entreprises par les prélèvements obligatoires, les conduisant sous la tutelle des banques, elles-mêmes pour l’essentiel paraétatiques d’une part et la réglementation systématisée des professions ne sont que deux exemples.

 

Détricotage

 

Il en est beaucoup d’autres qu’il serait trop long de développer : l’encadrement par la formation, les mécanismes de maillage par les anciens des grandes écoles, les monopoles d’Etat, de droit ou de fait (énergie, transports, tabac, santé, formation…), le milieu associatif subventionné, les conventions collectives étendues et le syndicalisme institutionnel, la tutelle sur les activités artistiques, la politique d’urbanisation et le droit de préemption urbain, le statut de la fonction publique transformant cette fonction en charge d’Ancien Régime, l’inflation législative créant du « non-droit par le droit », l’instrumentalisation du Parlement par les technostructures administratives..

 

Fermez le ban !

 

Ce n’est pas sans raison que certains de l’establishment, lorsque la question se pose d’y apporter des modifications parlent de « détricotage ».

 

On ne saurait être plus explicite : modifier, restructurer, voire déstructurer certaines parties de ce système conduit nécessairement à son « détricotage » d’ensemble, toutes les composantes étant maillées entre elles et la disparition de certaines composantes significatives ne pouvant conduire qu’à une disparition de l’ensemble.

 

Dès lors se pose le problème de fond que, curieusement, très peu de commentateurs abordent, la perte, par les tenants actuels du pouvoir économico-politico-administratif dans ce pays, des manettes qu’ils détiennent à l’heure actuelle.

 

Que vaudrait, après de tels changements, une « note verbale » du Trésor adressée à un banquier chinois qui n’y comprendrait rien pour «couper les vivres » à un entrepreneur, ayant par ailleurs des fonds propres suffisants pour se passer de son concours ?

 

La vraie question, la question fondamentale est donc, aux yeux des « élites gouvernantes » actuelles, la conservation ou non du pouvoir politico-économico-administratif fondé sur l’étatisme.

 

Flatter pour mieux asservir

 

Et ce pouvoir, évidemment, elles ne sont pas disposées à l’abdiquer. C’est sur ce fondement que se développent toutes les propagandes.

 

En ce sens, celle relative aux «acquis sociaux ».

 

Le principe même de l’économie dirigée, ou de l’Etat Providence, est l’octroi au peuple, y compris aux plus modestes de la population, de divers avantages pas nécessairement justifiés, pour que, dans un contexte démocratique ou pseudo-démocratique, ces couches de la population restent acquises au pouvoir en place.

 

L’historien allemand Götz ALI, dont les thèses sont controversées mais qui est respecté dans ses analyses, explique ainsi qu’Hitler s’était acheté d’adhésion du peuple allemand en asseyant sa politique sociale sur la spoliation des juifs et d’autres minorités d’abord, puis le pillage des territoires occupés ensuite.

 

L’idée, pour les classes dirigeantes d’asseoir leur pouvoir sur un dialogue avec les catégories les plus modestes du peuple, en spoliant les catégories intermédiaires, pour s’assurer la base d’une pérennité, n’est pas nouvelle.

 

Louis XI l’avait déjà inaugurée.

 

Tous les éléments sont dès lors réunis pour une tentative d’aventure néo-fasciste, qui pourrait tenter les « élites » politico-économico-administratives de ce pays, dans un contexte de crise, qui a déjà donné, dans l’entre-deux-guerres, le planisme de « X-crise », prémisse de la prétendue « Révolution nationale » de Vichy.

 

Le virage à 180° pris par le Front National dans son programme économique est un indicateur/révélateur. Le développement, au sein de l’UMP de tendances beaucoup plus cohérentes qu’il pourrait y paraître entre la « droite populaire »   de MM. MARIANI, CIOTTI et autres, d’une part, et d’autre part, de la « droite sociale » de MM. WAUQUIEZ et consorts, va exactement dans le même sens.

 

La caution populaire 

du FN et de l'UMP

 

L’idée est de « préserver les acquis sociaux » du « modèle français » quitte à jeter par-dessus bord la liberté économique, la liberté du commerce international, la construction européenne, la liberté des échanges, l’ouverture des frontières, la liberté des changes et de la circulation des capitaux, et last but not least, parce que tout est lié, aussi et pourquoi pas, la liberté des idées. « Le fascisme immense et rouge » de feu BRASILLACH…

 

L’excellent Georges MARCHAIS, un fasciste de gauche comme on n’en fait plus, ne répondait-il pas, en 1977, à la question d’un journaliste lui demandant si SOLJENITSYNE pourrait se faire éditer en France après la victoire de la gauche : « bien sûr, à condition qu’il trouve un éditeur » ?

 

Dans la France que nous prépare le Front National relooké de Mar(x)ine LE PEN et les branches apparemment divergentes de l’UMP en pleine recomposition, la liberté d’expression ne pèsera plus lourd dans un contexte de libertés économiques complètement confisquées dans le raidissement d’un pouvoir aux abois.

 

Dans tout   cela, le peuple, et notamment ses couches les plus modestes, ne sont qu’un faire-valoir. Ce qui importe c’est que le pouvoir reste entre les mêmes mains : des vieilles familles restées puissantes aux énarques associés, des managers cooptés aux nouveaux riches acceptés et des polytechniciens nostalgiques aux mutualistes intéressés, tous conspirent au maintien d’un système qui, avant tout et selon le mot d’un jésuite, le RP Jarlot, assure « la stabilité des familles ».

 

Un système corporatif verrouillé, où le renouvellement des élites s’opère par cooptation.

 

Un système en rupture avec ce siècle pour le maintien duquel, comme dans l’entre-deux-guerres et dans un contexte (pas si) différent, l’autoritarisme politique deviendra un point de passage obligé.

 

La tentation néo-fasciste.

 

Pour que ce qui n’est qu’une tentation ne devienne pas une évolution, libéraux, démocrates sincères, libertaires, modernistes, philosophes, entrepreneurs, créatifs, universalistes, hommes nouveaux, humanistes, minorités doivent s’unir pour opposer à la dérive autoritaire, déjà largement amorcée, une résolution sans faille.

 

La « crise de le dette », qu’une fraction de l’establishment envisage d’instrumentaliser en vue d’un raidissement néo-fasciste, peut être une chance.

 

Pour ceux qui veulent en finir avec ce système de plus en plus verrouillé.