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Législatives, les épines de la Rose
A l'approche des élections présidentielles et législatives, et au sortir de primaires rondement menées, la Rose socialiste se (re)découvre des épines.
Le fief de Martine Aubry saigne. Les rebonds des enquêtes judiciaires, du scandale du Carlton de Lille aux affaires financières de Hénin-Beaumont, ont fini par remplir les pages des quotidiens et des hebdos parisiens. Avec à la clé, gros titres sur les frasques sexuelles de DSK et Cie, et, plus gênant encore pour le Parti socialiste, soupçon de financement illégal de la fédé locale, comme l'ont très bien narrés le député Arnaud Montebourg et les Inrocks.
Conséquence directe de la médiatisation, la circonscription du patron de la rose locale, Jean-Pierre Kucheida, ni mis en examen, ni pour l'heure convoqué, a été gelée par les instances nationales. Et le bonhomme d'annoncer partout qu'il a le soutien de François Hollande et qu'il sera, investi ou pas par la direction, candidat dans la XIIe circonscription du Pas-de-Calais.
Au Nord c'était les corrompus?
L'emballement et la découverte d'un supposé système de corruption clientéliste dans le Nord rappelle furieusement une saga âprement développée dans Bakchich. Une histoire qui se passe en Provence, au milieu des moutons, dans le sud de la France au pays des santons: l'affaire Guernica, que d'aucuns, moins poètes que les gendarmes qui mènent l'enquête depuis février 2009, ont baptisé : affaire Guérini.
Clientélisme, clanisme, mise en place d'un vaste système, dénonciation des errements du Parti par Arnaud Montebourg... Les ingrédients ont été mille fois comptés et malaxés dans les articles de presse. Avec à la clé la mise en examen du cher leader du socialisme marseillais Jean-Noël Guérini, et surtout une mise sous tutelle qui ne dit pas son nom de la fédération des Bouches-du-Rhône. Ou du moins l'imposition par la direction nationale des candidats aux législatives... ce qui ne va pas sans quelques risques.
Un brin vexé d'être cloué au pilori par ses anciens amis (voire ses anciens affidés), Nono Guérini paraît tenté de pousser quelques candidatures dissidentes dans des circonscriptions clefs. A commencer par la IVe circonscription du centre ville, promise à Patrick Mennucci. Imprenable pour la droite a priori, la circo englobe le quartier du Panier, fief des Guérini. Et la maire de secteur, la fidèle Lisette Narducci, dans une belle imitation de son mentor, a signalé qu'elle ne s'interdisait rien….
La quadrature marseillaise
Dans les quartiers Nord, le fantasque député sortant, Henri Jibrayel, investi par le parti, se prépare à affronter Rebia Benarioua, conseiller général socialiste fidèle à Guérini, et Karim Zéribi, grande gueule verte. Sans compter l'inimitié qui le lie à la sénatrice-maire du coin, Samia Ghali.
Se superposant au schisme guériniste, jolie matrice de dissidence, survient la révolte verte. Les écolos marseillais ont rejeté l'accord national PS-Europe Ecologie, constatant que les circonscriptions leur étant gentiment laissées (dans les 9/10e arrondissement marseillais notamment), elles ressemblaient à un Chemin des dames électoral. Pléthore de candidatures en vue.
Et les soucis sont loin d'être finis pour la direction du Parti. Un nouveau foyer de contestation commence à bouillir dans le Val d'Oise, plus particulièrement dans la seule circonscription acquise à la gauche, la 8e sur laquelle règne François Pupponi.
Partie de poker dans le Val d'Oise
Le maire de Sarcelles a été brillamment désigné par les militants de la section le 1er décembre, qui ne lui tiennent rigueur ni des perquisitions qui ont frappé sa mairie, son bureau à l'Assemblée ou son refuge en Corse, ni les réquisitions judiciaires touchant aux marchés publics, ni même à l'enquête en cours sur l'attribution des logements sociaux. La direction du parti n'a pas non plus tremblé au moment de l'investir comme candidat, ignorant superbement le réquisitoire supplétif du juge d'instruction en charge du Wagram, qui semble le viser pour «menaces sous conditions».
Las, de petites voix commencent à se faire entendre. Un trésorier et un secrétaire de section ont récemment démissionné, accompagnant leur geste d'une lettre toute en délicatesse à Martine Aubry, partie le 7 décembre. «Après deux années dans nos fonctions respectives, secrétaire de section et trésorier, c'est avec le plus grand regret que nous avons fait le choix de démissionner de nos responsabilités, suite au constat d’importants dysfonctionnements dont nous ne pouvions pas cautionner l'existence au sein de la section, comme l'impossibilité de mener au sein de notre section des débats libres, basés comme il se doit sur la pluralité (des réflexions/pensées), la tolérance et le respect de l'autre. De plus, l'impossibilité de maintenir une indépendance dans l'animation de la section par son secrétaire et les problèmes récurrents des cotisations des adhérents et des indemnités d'élus apportent un discrédit sur l'engagement militant et sur notre parti.» Qu'en termes choisis tout cela soit dit... et appuyé par un exemple.

«La séquence des investitures aux élections législatives de 2012 sur la 8ème circonscription est significative de ces procédés.
Passons rapidement sur l’Assemblée Générale de la 8ème circonscription. Pour en savoir plus nous t’invitons à questionner le camarade de Cergy qui a animé le débat entre Didier ARNAL et François PUPPONI (qui fut d’ailleurs très bon et impartial ; en cela sa présence a permis de limiter ce qui a pu s’apparenter à une parodie de débat).
Cet épisode épique fut, bien entendu, suivi d'un autre pour le moins très surprenant, lors du vote de la section le 1er décembre, épisode qui n'est pas sans poser de nombreuses questions sur la forme et le fond :
Le nombre élevé de votants (beaucoup d’employés municipaux) ; plus de 120 sur les 2 circonscriptions, alors que ces dernières années nous avions entre 50 et 80 votants aux différents scrutins, nous pousse à nous interroger sur la situation des adhérents de cette section et sur le respect des modalités d'adhésion au parti socialiste.»
L'anormale situation de Sarcelles
Diantre, des votes orientés en section, cela semble encore exister au sein du PS, et loin de Marseille… D'autant que de nombreux adhérents semblent officier comme employés municipaux à Sarcelles.
«Nous ne remettons absolument pas en cause le respect des urnes, nous y sommes très attachés, nous savions néanmoins la victoire de François Pupponi certaine.
Cependant, dans le cas présent, personne ne peut être dupe de l’ampleur de ce résultat. Il en est même risible et porte atteinte à l’image de notre parti encore plus après la primaire…
Nous profitons de ce courriel pour dire qu’aucune intimidation ni calomnie (dont l’un d’entre nous deux est victime actuellement) ne nous empêcheront de remettre en question ce qui pour nous, nous semble être contraire aux valeurs de respect, d’équité, de tolérance et de justice qui nous animent comme le plus grand nombre des adhérents du parti socialiste.»
Bref, des soupçons de vote orienté, quelques intimidations, des adhérents étranges...Voilà qui ressemble à une nouvelle épine pour la Rose. D'autant que François Pupponi dispose, dans le Val d'Oise, d'un concurrent socialiste auquel il voue une vieille inimitié. Ancien président du Conseil Général, Didier Arnal s'est d'ailleurs fendu, le 8 novembre, d'une lettre à Martine Aubry, qui l'alerte sur la situation «anormale» de Sarcelles. Sans réponse jusqu'à présent. Peut-être faut-il passer par Montebourg avant ?



