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Areva se mine

Derrière les enquêtes et les plaintes autour d'Areva, un enjeu majeur se dessine : le contrôle de mines d'uranium et la filialisation du secteur… 

Bonne nouvelle pour le nucléaire français, 6 mois après Fukushima, le géant tricolore Areva continue d'irradier l'actualité, avec un mois de décembre de haute volée.

 

Ce fut d'abord l'annonce d'un plan social pour ouvrir le bal, puis une provision de fonds pour gérer le scandale Uramin, avant l'annonce d'une enquête interne pour comprendre l'origine de l'OPA amicale  de 2006 sur cette société basée dans les Ile Vierges Britannique achetée près 2 milliards d'euros et désormais soupçonnée d'être une coquille vide. En guise de cadeau de fin d'année, l'ex présidente Anne Lauvergeon, un brin visée par ces annonces, a porté plainte pour  

violation du secret des correspondances, de la vie privée etc…. Jolie contre-attaqe d'Atomic Anne étayée par un rapport d'enquête d'une officine privée sur ses agissements, ses relations (et celles de son  

mari), qui est gentiment arrivé, sous pli anonyme.

 

Un détective pas privé de références

 

 

 

Le nom de l'auteur des investigations n'est pas resté longtemps secret.  Sitôt connu l'origine helvétique de la société d'investigation derrière  l'enquête un nom a circulé. Mario  

Brero. Dévoilée par Match, l'information n'a été que peu reprise. Mais Bakchich a eu le même son de cloche.

 

«Dès qu'on parle de cabinet d'enquêtes privés en Suisse, son nom ressort» explique à Bakchich un entrepreneur d'Outre-Léman. Affable garçon, à la fois bon vivant et rassurant malgré son mètre 90, Mario Brero a commencé très tôt sa carrière de privé, presqu'au sortir de l'Ecole Polytechnique de Lausanne. Son cabinet, Alp Service, naît en 1989, et se fait d'abord domicilier à Gland. Preuve qu'il n'en est pas un, le leader mondial du secteur, l'américain Kroll, fait longtemps  appel à ses services, de même que l'oligarque russe Oleg Déripaska ou même Claude Le Monnier, directeur financier de Romain Zaleski. Pour ce  dernier, Brero fouinera un peu du côté de Lauvergeon et des mines. Actionnaire minoritaire du géant minier Eramet, Zaleski cherche en  

effet à comprendre ce que Lauvergeon souhaite faire de la  participation d'Areva dans la société.

 

 

«Tout le monde l'avait prévenu de ne pas faire bosser Brero, clame un  ancien client - déçu- de l'Italien. Mais il n'en a fait qu'à sa tête». Il? Sébastien de Montessus, jeune cadre très dynamique de 36 ans, formé à l'école superieur de commerce de Paris et ponte d'Areva, désigné par Match comme le commanditaire du rapport désormais désigné Pomerol 4.

 

Un commanditaire, un auteur, une victime. Enquête bouclée? Non, reste le mobile, qui peine encore à se dessiner.

 

Les trous de l'enquête suisse

 

 

«Impossible que Sébastien ait lancé un cabinet sur le dos de Lauvergeon, assure un de ses proches, c'était un de ses homme dans Areva». De plus, l'enquête de Bréro semble s'articuler autour du rachat par Areva d'Uramin, opération à laquelle a assisté Montessus. Aux premières loges. Directeur de la stratégie à l'époque, puis patron du secteur minier, il a par la suite participé à la signature d'un accord avec la Centrafrique qui devait solder le contentieux Uramin. Sous son  seing appraît la mention «administrateur, au nom et pour le compte de Uramin Car Limited». Quel besoin dès lors de lancer un limier sur ses propres traces et vers son propre pré carré?

 

Depuis le départ d'Atomic Anne, Montessus a en effet été promu directeur général adjoint, en charge du Business Group Mines. Un poste  hautement stratégique, surtout depuis le 15 décembre dernier.

 

Passé presque inaperçu, un discret décret autorise désormais Areva à filialiser son secteur minier. En bref à ce qu'une société Areva Mines, dont la maison mère soit actionnaire à 50% gère les gisements  

minéraux disséminés à travers le monde. Une société destinée à être dirigée par De Montessus et à accueillir des actionnaires extérieurs.

 

 

Qui veut des mines d'Areva?

 

Avec les 1,8 milliard d'euros provisionnés par Areva pour compenser les pertes prévues après la découverte du scandale Uramin, le portefeuille d'actifs de la nouvelle société ne se présente pas sous les meilleurs atours. En conséquence, se profile un ticket d'entrée au rabais...et une aubaine pour les postulants EDF, Qatar voire Eramet?

 

 « Avec une action basse, les investisseurs ne pourraient avoir que des bonnes surprises. Si les mines ne sont pas exploitables, ils  auront perdu peu d'argent, si Areva a trop provisionné sur Uramin, que  

les mines sont plus exploitables que prévu alors ce sera le jackpot», analyse Marc Gaoua, membre PS de la commission des finances de l'Assemblée et en charge d'une mission d'audit sur Areva et EDF. 

« Espérons qu'il ne s'agit pas d'une opération financière à plusieurs bandes». Pour quelques milliards d'euros, ce serait trop gros voyons...