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DESSOUS (industriel)
La politique industrielle de la France ne fait plus dans la dentelle. Et ne fait plus rien? Effet d'Aubade...
« Il faut à tout prix garrotter la perte du sang industriel de la France ! ». On ne savait pas que sous le Sarkozy se cachait un Chateaubriand (saignant), dont le style pompeux regorge de gouttes d’eau qui ont mis le feu aux poudres. Hélas ! Le fournisseur élyséen des « éléments de langage » doit racler les fonds de dictionnaire, il n’a plus d’ongles, le pauvre. Une telle métaphore prolongée en allégorie signifie-t-elle que not’Président-qu’on-a se met sans plus tarder à écrire ses Mémoires d’Outre-tombe politique? Ou qu’il se fait du mauvais sang ?
CIAO, PANTIES !
Garrotter, garrotter… Attendez, ça me rappelle quelque chose. Ou plutôt, plusieurs, et pas très agréables : une prise de sang, la piquouse du Midnight Express, Franco, Vlad Dracul. Mais c’est l’hémorragie de l’emploi qui est en cause. Entre 2007 et ce jour, au bas mot, 600 000 emplois industriels ont été bousillés. Par délocalisation, et avec la bénédiction du gouvernement : pendant des années, nos ministres de l’Industrie ont présenté l’implantation d’unités de production à l’étranger comme le signe le plus évident de notre dynamisme économique. Cela ne date pas d’hier. Bien avant la mondialisation officielle, bien avant que la Chine ne s’éveille et que la Slovaquie casse les prix, c’est au Portugal que Citroën a fait fabriquer ses dernières 2-pattes, et on connaît le vieux roman d’amour entre Renault et le Roumanie, commencé sous Ceausescu du temps de la R 12. Il y a comme ça des secteurs industriels entiers qui ont foutu le camp : les godasses, les cocotte-minute, les frigos, la télé, l’imprimerie éditoriale, et en gros tout ce qui concerne le textile. Bref, si on met des barrières douanières hermétiques pour les vêtements importés, la France va ressembler à un camp de nudistes.
Vous voulez changer le monde? Commencez par changer de slip
Acheter français, ça ne marche pas pour les slips, ou alors, il faut se rabattre sur un produit de luxe fabriqué en Dordogne, une ligne (Maginot) dont les modèles portent des noms de sous-marins atomiques (l’Intrépide, le Redoutable, le Vaillant, le Triomphant) et dont le slogan mérite d’être cité :« Vous voulez changer le monde ? Vous voulez changer les choses ? Commencez par changer de slip ! ». Ca ne s’invente pas.
LES MASSACRES DU SOUS-TIF
La mémoire, c’est peut-être ce qui manque le plus en politique. Quand Sarko évoque Vilvorde pour faire oublier Madrange, il jette un voile d’oubli sur Seb, Continental, Molex et tant d’autres. Combien de temps serons-nous attristés par le sort des ouvrières de Lejaby ? La pâte émotive est déjà retombée. Pour rester dans les jolis frou-frous, vous vous souvenez d’Aubade ? Le calendrier à émoustillé nos sens, les ouvrières se retrouvent à poil. Le 16 janvier, un tribunal a refusé de qualifier en « licenciement économique » leur mise à la rue, en 2009. Il est clair que, pour des juges, 3 ans d’attente, quand on est viré de sa boite, c’est un délai raisonnable pour émettre un jugement réfléchi, médité, soupesé, comme on les aime dans la justice française. Un jugement qui prive les cousettes d’indemnités considérables, après la vente de la marque en 2005, une délocalisation en Tunisie en 2007 (140 licenciements), puis une seconde charrette en 2009 (101 licenciements). Ne restent plus qu’une trentaine d’employés, chargés « de la logistique ». Et du calendrier ? Pas trop envie de plaisanter, pour le coup : un gouvernement qui maintient Dassault en survie à coup de subventions pour son Rafale pourrave, ça n’a rien à foutre de quelques dames qui piquent le satin et la dentelle quelque part dans la Vienne ou la Haute-Loire, autant dire, nulle part. Hélas, trois fois hélas : désormais, Aubade et Lejaby, c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Les dessous chics/ ce sont des contrats résiliés/ qui comme des bas résillés/ ont filé. Fin de citation.
LABEL DU SAIGNEUR
Hémorragie d’emplois ? Il serait bien temps qu’on s’en occupe. Mais ce n’est pas tout à fait à l’ordre du jour. On réalisera plus tard qu’une des marques de fabrique du sarkozisme aura été de trompeter sur les grands problèmes, et de bidouiller des machins qui ne marchent pas sur des bricoles nazes. Pour mémoire : la laborieuse transformation des radars en « zones dangereuses », l’achat obligatoire d’un triangle pliable pour les pannes de bagnole, la photo sans sourire sur la carte d’identité, le fameux dossier médical personnel, la mise en fichier des pitbulls, le vote en urgence d’une loi mémorielle…

Là, en contrepoint du naufrage de nos dessous sexy, c’est la secrétaire d’Etat à la famille qui nous a tous surpris. La surprise, c’est d’abord qu’elle existe (ce poste avait disparu pendant le précédent gouvernement) : que ceux qui connaissaient son nom lèvent le doigt. Car elle a même un nom, c’est Claude Greff, et elle s’est (enfin) signalée à l’attention du monde en annonçant un « kit de mariage » destiné à mieux préparer les futurs époux. On imagine une boite à biscuits étanche, genre matériel de survie, avec un mode d’emploi, de la graisse à traire, un canard en plastique, quatre piles AA et un porte-jarretelles made in France (moi, quand je me suis marié, l’Etat m’a offert deux best-sellers montrant clairement les limites du mariage, La Princesse de Clèves et Madame Bovary…) Il ne reste plus que trois mois à Madame Greff pour fignoler ce bijou, mais si elle n’y arrive pas, on s’en passera tant bien que mal. Le changement, ce serait d’abord qu’on s’occupe de faire des choses utiles dans les palais ministériels de la République. Mais ne demandons pas l’impossible.
Et pendant ce temps, le pays attend une politique industrielle, pour pouvoir acheter français. Vite ! Marine cherche en vain un téléphone mobile made in France, Sarko se fournit en Italie, le scooter de Hollande est d’importation et Bayrou s’impatiente, lui qui est obligé de se payer des selles anglaises pour habiller ses pur-sang arabes !







