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Marseille, en attendant la fronde des élus

Cerné par la justice, soumis au ballet des perquisitions, le conseil général des Bouches-du-Rhône demeure présidé par Jean-Noël Guérini, bien peu sécoué par ses élus, malgré sa mise en examen. 

 

 

Ce n'est pas une révolte. Ni même une fronde. Seulement un signe. Deux élus socialistes ont voté contre une délibération de leur président, Jean-Noël Guérini, au conseil général des Bouches-du-Rhône le 27 janvier. 

 

Henri Jibrayel et Jean-François Noyes, les factieux, viennent des quartiers Nord où l'on tire à vue aussi en politique. Leur choix ne procède pas d'une volonté de sanction à l'égard de Nono: la décision concerne le financement du BHNS, bus à haut niveau de sécurité qui doit traverser leurs cantons et sur le tracé duquel ils s'opposent à leur maire de secteur, la sénatrice Samia Ghali. Leurs voix n'ont pas non plus manqué pour que le projet soit finalement adopté. Mais leur comportement, sans aller jusqu'à la dissidence, démontre que l'emprise de Guérini sur ses troupes, conditionnées pour voter d'un seul bloc, s'étiole un peu au sein d'un vaisseau bleu cerné par les affaires judiciaires.   

 

«Il faut peut-être ouvrir une antenne de la gendarmerie ici»

 

«On sent que l'administration est grippée, déboussolée, concède un représentant de la droite. On peut dire ce qu'on veut de Guérini, mais il savait donner une impulsion, faire avancer les dossiers. Là ce n'est plus le cas. Tout le monde attend la suite, sans trop bouger, un peu traumatisé» par une noria judiciaire loin d'être achevée. 

 

Le président, son directeur de cabinet et Jean-François Noyes lui-même ont été mis en examen par le juge Duchaine; nombre de fonctionnaires placés sur écoutes ou passés par la case garde à vue.  

 

La semaine dernière, les gendarmes en charge du vaste dossier Guernica ont de nouveau rendu visite à l'hôtel du département, à la recherche cette fois de documents sur les maisons de retraite, dont ils soupçonnent que certains agréments ont été achetés. 

 

Les bureaux du 9e étage ont encore été perquisitionnés. Une habitude qui fait rire jaune élus et fonctionnaires. «Peut-être qu'ils veulent ouvrir une antenne locale de la gendarmerie ici», s'amuse l'un deux.   Des bons mots loin d'être suffisants pour déloger de la présidence Jean-Noël Guérini. 

 

Motion de défiance fantôme

 

Malgré sa mise en examen pour association de malfaiteurs, le sénateur tient à garder la tête de l'institution jusqu'au bout de son mandat. Et les tentatives pour contrarier sa volonté ne sont pas légion. Une motion de défiance circulerait, selon La Provence. Sans signature, ni même auteur revendiqué, le texte serait l'œuvre d'un mystérieux «groupe des 15», des élus plutôt guérinistes implorant leur patron de protéger l'institution en se mettant en retrait…«S'il y avait 15 socialistes prêts à lui demander, cela se saurait, et leur leader les revendiquerait, ce texte c'est une mauvaise blague, s'il existe pourquoi personne ne l'a vu», persifle un élu, aussi anonyme que prudent. «C'est une manœuvre venue d'un prétendant à la succession, un ballon d'essai», croit savoir un de ses collègues qui n'a pas vu l'ombre d'un texte circuler.  

 

Un condamné pour remplacer un mis en examen

 

Seule menace identifiée pour la présidence de Guérini, le retour annoncé du maire d'Istres, François Bernardini, le titulaire du poste en 1998. Un jeu de bascule électorale lui permettrait de reprendre pied à bord du vaisseau bleu: le conseiller général René Raimondi, candidat aux législatives à Fos, a accepté de lui laisser son siège en échange de son soutien. Dans la balance de sa démission, l'inscription comme suppléante de la 1ère adjointe de Bernardini. «S'il revient, il arrivera sans doute à fédérer, pronostique un de ses anciens affidés. En tout cas il gênera Jean-Noël ». Un scénario aussi brillant qu'audacieux. En 1998, François Bernardini avait été contraint de démissionner de la présidence du département par la justice. Un condamné pour remplacer un mis en examen. Une charmante idée… qui ne pourra germer avant l'été.  

 

Pas de quoi inquiéter Jean Noël Guérini dans l'immédiat. Sûr de son bon droit, le sénateur a même décidé que le Conseil général allait se porter partie civile dans le dossier des maisons de retraite. Délibération adoptée à l'unanimité de ses troupes, quelques heures avant que le président ne se rende au palais de justice avec son avocat….C'était la rentrée du Tribunal de grande instance de Marseille.